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Dimanche 13 juillet 2008

70

 

                               Lorsque Kérouec, Stacchi, et Fuers descendirent les marches les conduisant aux sous sols, le bruit de la déflagration parvint à leurs oreilles. Ils découvrirent au bas des escaliers Nadine et Thomas.

Kérouec fut stoppé net dans son élan lorsque ses yeux se portèrent sur Nadine. Celle-ci ne ressemblait plus du tout à la jeune femme souriante qu’il avait vu sur les photos figurant dans son dossier. Elle était complètement nue, allongée sur le sol, blottie contre le mur, les genoux ramenés sur sa poitrine. Elle tremblait tout en gémissant de peur et de douleur. Son corps tout entier portait les stigmates des sévices endurés au cours de ces dernières vingt quatre heures. Sa mâchoire était tuméfiée, du menton jusqu’à l’œil gauche, elle avait du sang coagulé plein ses cheveux blonds, son épaule était déformée, probablement luxée, et une multitude de coupures et contusions constellaient ses bras, ses jambes et son ventre. Pourtant habitué aux horreurs de son métier le policier eut du mal à contenir son émotion.

-« Fuers !...Occupe toi d’elle…et appelle le SAMU ».

Thomas, blessé mais conscient était allongé sur le côté.

Kérouec se tourna vers lui.

-« Par où est il parti ?...Vite !! », lui lança t il.

Thomas leva la main et pointa du doigt la direction dans laquelle se trouvait la deuxième issue.

Kérouec s’accroupit un instant à ses côté et lui posa la main sur le genou.

-« Courage…Mon collègue appelle les secours ».

Il se redressa ensuite et reprit avec Stacchi sa course poursuite.

Ils trouvèrent aisément la sortie et déboulèrent à nouveau à l’extérieur.

Kérouec et Stacchi ne virent pas immédiatement jean Louis Poulard, étendu sur le sol à quelques mètres d’eux. Soudain, Kérouec l’aperçu.

-« Ooh ! Putain !!...Merde !!!...Jean Louis !!.... », s’écria t il.

-« Merde !!... », reprit il encore une fois en s’agenouillant aux côtés de son ami.

Celui-ci respirait difficilement, couvert de sang. Sa main était crispée sur son cou d’où s’échappaient de longs filets de sang.

-« Peux plus respirer….Yann….J’ai mal !....Choppes le ce taré…Il s’est barré par ici…il n’a pas trente secondes d’avance……Fonces !..................... ». Réussir à formuler ces quelques mots fut une véritable épreuve pour Poulard.

Kérouec ne perdit pas un instant, il serra fort la main de son collègue en lui souriant.

-« Tiens le coup Jean Louis…Accroches toi….Florent ! Reste avec lui, je continue ».

Kérouec saisit sa maglite et projeta le faisceau lumineux en direction des bois. Il mit en joue son automatique et disparu entre les arbres sur les traces de Baur.

Yann Kérouec ne savait pas encore à ce moment là qu’il venait de parler à Jean Louis Poulard pour la dernière fois…

 

71

 

                                          Philippe Baur courait aussi vite qu’il le pouvait. Son corps nu était zébré d’éraflures diverses causées par les branchages qu’il franchissait. Les ronces, les racines affleurant lui martyrisaient les pieds. Ceux-ci ne tardèrent pas à saigner, ralentissant sa progression. Une cinquantaine de mètres plus loin, il se retrouva face à une rivière dont le débit et la profondeur étaient plus que dissuasifs. Il marqua un temps d’arrêt afin de faire le point sur la situation. C’est à cet instant qu’il sentit une présence se rapprocher. Le bruit des branches écrasées et repoussées trahissaient l’arrivée de ses poursuivants.

Philippe Baur se mit au sol. Presque allongé, camouflé par quelques arbustes. Il calma sa respiration et saisit fermement la lame qu’il avait déjà utilisée deux fois au cours de cette soirée…

                                           Yann Kérouec, arriva aux abords d’une rivière. Il lui sembla peu probable que Baur ait pu la franchir. Il s’abaissa instinctivement, son arme de service bien en main, les poignets croisés, une main tenant l’automatique, l’autre braquant le faisceau de la torche électrique dans le prolongement de la ligne de mire. Il se mit à progresser doucement entre les arbustes bordant la rivière. La température extérieure était largement en dessous de 0°C, le froid était enveloppant, engourdissant. Kérouec sentait ses doigts se crisper sur la gâchette et sur son arme. Il essayait régulièrement de se détendre afin de conserver une souplesse maximale et surtout sa vitesse de réaction. Il parcouru plusieurs mètres. Sans un bruit. Contrôlant sa respiration à chacun de ses pas. Il passa à la hauteur de Baur sans le voir. Celui-ci saisit l’occasion. Malgré les douleurs et l’engourdissement de ses membres, il se lança sur Kérouec. Celui-ci eut à peine le temps de sentir le déplacement de son agresseur. La lame pénétrait déjà son bras droit. Baur enchaîna sur un large balayage qui entailla le front de Kérouec au niveau de la tempe gauche. Les deux attaquent lui firent échapper l’automatique. Celui-ci tomba au milieu des herbes et des arbustes, perdu dans l’obscurité. Kérouec était expérimenté. Il sentit immédiatement qu’il se retrouvait en position d’infériorité. La seule solution était le corps à corps, afin que Baur perde l’avantage de son couteau.

Kérouec se projeta contre Baur le genou en avant tel un bélier. Baur n’eut pas le temps de porter un troisième coup. Il prit le genou en plein dans le foie, ce qui le fit plier et hurler de douleur. Kérouec enchaîna avec deux directs du droit, malgré la douleur sur son bras. Le sang ruisselant sur son visage gênait sa visibilité. Il l’essuya d’un revers de main, lorsque le poing de Baur s’écrasa sur sa mâchoire. Kérouec bascula en arrière, sonné. Il chuta au sol face contre terre. Philippe Baur récupéra la lame de chirurgien afin de porter l’estocade finale.

-« Je vais te saigner connard…. Je vais te saigner comme ton copain… Je vais te saigner comme une truie !!! », hurla t il en se précipitant sur Kérouec.

Celui-ci réussit à se retourner sur le sol et vit son agresseur brandir la lame en se précipitant sur lui.

Le moment était venu. Yann Kérouec repensa en un éclair de temps aux pressentiments qui l’avaient assailli peu de temps auparavant. Il s’accorda une dernière pensée pour sa fille qu’il ne verrait pas grandir. Peut être était ce mieux ainsi finalement. Baur arma son coup. Kérouec perçu dans son regard toute la folie qui l’animait.

Un éclair fulgurant et assourdissant traversa la nuit.

L’épaule de Baur se disloqua projetant un mélange de sang et d’éclats osseux sur Kérouec, encore étendu sur le sol. La balle avait traversée l’omoplate et brisée la clavicule.

Philippe Baur vacilla, perplexe. Yann Kérouec tendit le cou afin de voir qui avait tiré sur l’homme qui allait le tuer.

Philippe Baur pivota afin de faire face à celui qui venait de faire feu sur lui.

La stupéfaction pouvait se lire sur son visage. Face à lui se dressait Julie Bardaillan. Celle-ci tenait fermement  l’automatique que Kérouec avait laissé échapper.

Baur marqua un temps… Baissa son visage…Le redressa lentement en regardant le sang s’échapper en flot continu hors de son épaule. C’est alors qu’il se jeta en hurlant en direction de Julie.

La deuxième balle passa au dessus de sa tête.

La troisième lui emporta la moitié du visage, projetant une myriade de gouttelettes sanglantes mêlées de fragments osseux et tissulaires.

Philippe Baur s’affaissa tel un pantin dont on aurait coupé les guides.

Julie Bardaillan croisa le regard de Yann Kérouec.

L’automatique encore fumant tomba sur le sol terreux dans un bruit sourd.

Julie Bardaillan s’assit sur le sol et se mit à pleurer…

 

72

 

                                      Il était 5h lorsque les équipes du  SAMU du Calvados terminèrent de techniquer et d’organiser l’évacuation des blessés.

                                     Thomas Bardaillan avait plusieurs côtes fracturées et un léger pneumothorax. La plaie à l’épaule était peu profonde et il en serait bon pour quelques points de sutures.

Julie était à ses côtés dans le véhicule lorsque l’ambulancier referma les portes. Elle serrait de toutes ses forces la main de son époux. Elle était choquée. Choquée par les évènements, par le geste qu’elle venait de réaliser quelques heures auparavant. Elle revit Philippe Baur, nu, disparaître en courant dans les bois. Elle se revit s’élancer sur ses traces, à la suite de l’officier de police qui venait également de le prendre en chasse. Elle ferma les yeux. Des larmes roulèrent sur ses joues pour s’écraser sur ses mains…

                                     Yann Kérouec était allongé sur le brancard du deuxième véhicule. Il regardait fixement la perfusion et le gouttes à gouttes s’en échappant. Son bras avait été entaillé profondément et il lui fallait être transféré au bloc. Son front avait été recousu et recouvert d’un pansement compressif.

Il était sauf.

Mais Yann Kérouec était ailleurs. Jean Louis Poulard n’était plus là. Son corps avait été glissé dans un sac plastique. Un de ces sacs dont Kérouec avait trop souvent fait glisser la fermeture éclair.

Son collègue était mort en service.

Mais le plus dur, le plus douloureux pour Kérouec, c’était la perte de celui qu’il considérait comme son ami, la perte de celui qui avait partagé tant d’affaires, tant de coups durs…

Stacchi et Fuers fumaient nerveusement leur clope au dehors. Personne ne parlait…

                                     Dans le troisième véhicule, Nadine était allongée, inconsciente. A l’arrivée des secours et après son réveil, elle avait été parcourue de convulsions. Le médecin du SAMU avait décidé d’emblée de la placer sous tranquillisants. Son épaule était démise, son corps extrêmement meurtri, mais l’atteinte principale demeurait surtout psychologique.

L’examen médicolégal permettrait d’en savoir plus…

                                      Philippe Baur, lui, avait été placé dans un autre sac en plastique. Kérouec s’était violemment opposé à ce que l’on range son corps dans le même véhicule que celui de Poulard. Une autre ambulance avait du coup été appelée…

Philippe Baur avait entretenu une relation incestueuse, cachée de tous, avec sa sœur jumelle. Lorsque celle-ci s’était faite agressée et violée, il l’avait sentit s’éloigner. Ne pouvant l‘accepter, il s’était de son côté progressivement renfermé. L’infection de celle-ci par le VIH avait fini de détruire sa conscience, cédant la place à un esprit beaucoup plus torturé et implacable.  Il l’avait accompagné tout au long de sa maladie jusqu’à son décès dans la demeure familiale. C’est à ce moment là probablement qu’il avait définitivement basculé. Il avait élaboré son plan méthodiquement. Il avait renoncé à tout sentiment d’humanité. Partagé entre son désir de vengeance et des désirs sexuels refoulés. Il avait essayé de retrouver Clarisse…Mais sa quête s’était transformée en course aux chimères….

     

                                        Au dehors, la neige avait repris son envoûtant ballet…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Epilogue

 

 

 

 

 

                               26 Janvier…15h45…

                               

                               -« Clara !.... Arthur !!...Arthur !!!!!...Allez !! Venez!!!....”, lança Thomas de la cuisine où il venait de préparer une vingtaine de crêpes pour le goûter. L’assiette sur laquelle il les avait disposées dégageait un parfum qui fit rappliquer les enfants en quelques secondes. Julie avait sorti une bouteille de cidre du réfrigérateur.

Thomas saisit l’assiette, des serviettes jetables et une bouteille de jus de fruits pour les petits. Une légère douleur, le fit grimacer et marquer une pause.

-« Ca va mon cœur ??.... », lui dit Julie qui avait remarqué la gêne ressentie par son mari.

-« Oui !... Oui….C’est juste quelques douleurs résiduelles…. Ne t’inquiète pas… ». Il plongea alors son regard dans le sien. Il y lu tout l’amour qu’elle pouvait avoir pour lui. Mais aussi qu’elle repensait au mois qui venait de passer… Il savait qu’elle aussi avait énormément souffert de ce qui s’était passé. Julie n’avait peut être pas été blessée physiquement, mais elle avait vu des choses et surtout fait un acte qu’elle n’avait jamais imaginé faire un jour. Elle avait digéré ça… Doucement… Avec le temps… Mais de temps en temps, elle avait encore le regard perdu. Le temps les aiderait se disait Thomas… Le temps atténue bien des choses s’évertuait-il à répéter…

                                L’officier de police Kérouec était venu en personne à sa sortie d’hôpital leur rendre visite à leur domicile pour remercier Julie de lui avoir sauvé la vie. Le personnage était déroutant. Sous une apparente froideur, Thomas avait rapidement comprit qu’il y avait un homme profondément humain, marqué par la vie et terriblement affecté par le décès de son collègue et ami…Yann Kérouec était ensuite parti et ils n’avaient plus eu aucunes nouvelles de lui.

                                Thomas Bardaillan repensa également, tout en dressant la table, à Nadine… Ce qu’elle avait enduré n’était en rien comparable à leurs petits soucis. Nadine après deux semaines d’hospitalisation avait regagné son appartement. Elle avait refusé la prière de ses parents de revenir au domicile familial dans la région bordelaise. Elle avait demandé un report de scolarité à la direction de l’école et avait déjà prévu de reprendre les cours à la rentrée de septembre. La mort de Paul avait été particulièrement dure à surmonter, mais son ami Ludo était très présent. Elle savait depuis un moment que leur relation avait changé… Mais ce n’était pas d’actualité… Elle ne se sentait pas prête à envisager quoi que ce soit. Ludo, lui, avait eu la délicatesse de mettre entre parenthèse les sentiments qu’il pouvait ressentir et se concentrait sur le bien être mental de son amie tout en poursuivant son année…

 

-« Papa !... ».

-« Papa !!?... », clamèrent Arthur et Clara dans un même élan.

-« Euh !....Oui ?...Qu’y a-t-il ??.... », répondit Thomas encore perdu dans ses pensées.

-« ben ! On peut avoir des crêpes ???...On a faim !!... ».

Thomas regarda ses enfants. Son regard se porta ensuite sur Julie. Celle-ci lui adressa un sourire. Elle avait comprit…

-« Pardon mes poulets !!...Je manque à tous mes devoirs !!... », lança t il sur le ton de la plaisanterie.

-« Allez !!! Qui veut être servi en premier ???!!! ». 

 

 

 

FIN 

                                         

       

         

 

   

 

 

 

     

 

    

 

                                            

 

  

 

 

 

 

 

 

 

publié dans : Roman par Cyril Poujoulat
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Dimanche 13 juillet 2008

66

 

                                          Nadine était terrifiée. Elle se redressa péniblement en prenant appui sur un des fûts de chêne présents dans la salle principale. Ses mains douloureuses tremblaient, son corps tout entier la trahissait. Elle qui était pourtant une sportive complète se retrouvait complètement affaiblie, totalement vulnérable. Elle progressa aussi rapidement que possible en se glissant entre les alignements de fûts et en courbant le dos pour ne pas être repérée.

La porte de la cave s’ouvrit soudainement.

Nadine plongea entre deux rangées et se figea dans un silence angoissant.

Philippe Baur, en sueurs se tenait dans l’encadrement de la porte. La douleur était encore très forte. Le sang ruisselait le long de son bras en de grosses gouttes épaisses qui après avoir gagné sa main venaient s’écraser au sol. Baur regarda son bras en grimaçant et essuya le sang grossièrement du revers de la main. Il se tenait toujours à moitié courbé et gardait la main posée sur ses parties génitales endolories.

Il s’était emparé de la longue lame qu’il avait utilisé pour ouvrir le soutien gorge de Nadine.

-« Viens là salope !!!! », hurla t il dans la pièce.

Sa voix était devenue rauque. Presque animale. Ses sens étaient en action. Il allait la trouver. Il la prendrait et il la découperait…Lentement…Longuement. Et il la regarderait mourir. Il ne pouvait en être autrement dans son esprit.

Il scruta l’espace autour de lui à la recherche du moindre son ou bruit pouvant lui indiquer la position de la jeune femme. Il ne perdait pas de vue non plus la porte située au fond et qui menait à l’étage supérieur. Il promena la lame sur l’armature métallique des fûts au fur et à mesure de sa progression. Le son aigu de la lame crissant sur l’acier déchirait le silence.

Nadine serra les dents, se mordit les lèvres jusqu’au sang pour ne pas crier.

-« Nadine…Nadine ?...Viens là ma jolie Clarisse. Viens me rejoindre…Comme au bon vieux temps. J’ai mis la crème que tu aimais tant. Viens là Clarisse… », susurra t il doucement entre ses dents.

Nadine tremblait. Pétrifiée derrière le tonneau qui la dissimulait encore. Baur avait visiblement perdu la raison. La folie avait définitivement prit le dessus.

-« Je ne te ferai pas mal…je t’aime trop tu sais… », renchérit il.

Le silence faisait écho aux appels de Baur.

Celui-ci perdit soudainement son calme.

-« Je vais te baiser petite garce !!!...Tu m’entends ??...Tu ne peux pas t’échapper !!!!...Tu ne ressortiras jamais d’ici !!!! » hurla t il à nouveau.

 

67

 

                                    Thomas pénétra rapidement à l’intérieur de la bâtisse. Il referma rapidement et sans bruit la porte de la cuisine qui donnait sur l’extérieur. Il examina la pièce. Sa respiration était rapide. Son cœur tapait dans sa poitrine. La cuisine était spacieuse avec un plan de travail central au milieu de la pièce. De nombreux ustensiles étaient suspendus à une barre retenue par deux montants au plafond. De nombreux couteaux de cuisine de différents modèles et de différentes tailles étaient également suspendus plaqués contre une barre aimantée. Un peu plus loin, un vaisselier jouxtait le réfrigérateur. Baur y avait rangé de nombreux livres de cuisines ainsi que de la vaisselle en porcelaine. De l’autre côté, un four encastrable faisait lien avec un jeu de plaques halogènes.

Thomas progressait sur la pointe des pieds, les oreilles et les yeux à l’affût.

La porte de la cuisine donnait sur le hall d’entrée. Au centre, un escalier menait à l’étage. Thomas malgré le froid régnant dans la maison sentit la sueur ruisseler le long de sa colonne vertébrale. Il frissonna tout en continuant sa progression. Il posa délicatement un pied sur la première marche de l’escalier en bois. Celui-ci, vermoulu, se mit à craquer plus ou moins bruyamment. Thomas sentit son corps tout entier se tétaniser. Son cœur fit un bond dans sa poitrine.

-« Bon sang !!...Qu’est ce que tu fous là mon pauvre Thomas ??.... », murmura t il imperceptiblement.

Il retint son souffle et entrepris de gravir la marche suivante.

C’est alors qu’il l’entendit.

Le hurlement rauque bien que distant résonna dans l’entrée.

Thomas sursauta.

Il comprit immédiatement que ni Baur, ni Nadine, en admettant qu’il l’ait véritablement enlevé, ne se trouvaient à l’étage. Le cri semblait émaner du sous sol. Il redescendit prestement les deux marches et scruta l’espace autour de lui. Il y avait forcément une porte menant au sous sol. Restait à la découvrir.

 

68

 

                                   Yann Kérouec et Jean Louis Poulard, avaient le plan géographique du secteur entre les mains. Ils repérèrent ainsi rapidement le chemin à utiliser pour se rendre à la hauteur de la propriété dans laquelle Baur s’était réfugié. Ils bifurquèrent sur le chemin de terre qu’avaient emprunté Baur et ses poursuivants et ne virent donc pas le monospace des Bardaillan garé une centaine de mètres plus loin. Poulard pesta à l’égard des Ponts et Chaussées tandis que le break dodelinait sur les chaos et les « nids de poules ».

-« Putain Yann !!...Ces ploucs sont pas foutus d’entretenir leurs routes… Si ça continue, je vais gerber !!!... », lança t il visiblement excédé.

-« Fermes la Jean Louis ! ». Le ton était sec. Inhabituel.

Jean louis Poulard ralentit, interloqué, et tourna son visage vers Kérouec. Celui-ci lui fit signe de se taire d’un doigt sur la bouche. Il lui fit également signe d’éteindre les phares. Il désigna ensuite la bâtisse sur leur gauche dont les lumières du ré de chaussé étaient allumées.

-« Désolé de t’avoir coupé un peu sèchement mais on y est… Plus un bruit ! Passe le message aux autres… ».

Poulard transmit rapidement et à voix basse les instructions à ses collègues par le biais de la radio embarquée tandis que Kérouec vérifiait le remplissage du chargeur de son arme de service.

Ils ne virent pas Julie Bardaillan se faufiler entre deux arbres pour ne pas attirer l’attention. Celle-ci ne les quittait pas des yeux et regarda les deux voitures se garer le long du chemin légèrement en retrait. Elle vit les quatre hommes en sortir et progresser rapidement vers l’entrée de la propriété. L’averse de neige s’était arrêtée. Seuls subsistaient quelques rares flocons qui virevoltaient dans l’air glacial.

Julie comprit immédiatement en les voyants que les quatre hommes étaient de la police.

Elle les observa se positionner de chaque côtés du portail. Ils marquèrent un temps d’arrêt, passèrent autour de leur bras des brassards de couleur rouge. Il lui sembla qu’ils se concertaient sur la marche à suivre. Une chose était certaine : ils étaient armés. Trois tenaient en main un revolver, et le quatrième, un fusil à canon scié.

-«  Thomas…Barres toi…Ca devient dangereux…. », songea t elle.

Un instant plus tard, les quatre hommes investissaient la propriété après avoir forcé la serrure du portail et disparaissaient dans l’obscurité.

Si la nuit n’avait pas été aussi sombre, le visage de Julie aurait fait peur tant il était blême…

 

69

 

                                     Baur progressa silencieusement dans les travées, nu, le bras ensanglanté et armé de la lame de chirurgien qui lui servait pour les dissections. Son apparence aurait pu faire sourire, mais il avait d’autres idées infiniment plus funestes en tête.

Nadine se pencha doucement sur le côté. Elle le vit à environ dix mètres de sa position. Elle repéra également la porte menant probablement à l’étage supérieur et avec un peu de chance, à la sortie. Il fallait réfléchir et vite… Prendre une décision. Baur progressait rapidement. L’effet de surprise était passé.

Nadine respira lentement en prenant une grande inspiration. Elle essaya de rassembler les forces qui lui restaient. Elle pouvait y arriver. Elle s’en savait capable. Son corps fut parcouru d’un frisson. Elle était quasiment nue elle aussi. L’espace d’un instant elle regarda ses épaules, ses bras, ses jambes, son ventre couverts d’ecchymoses. Elle était sale, salie… Les larmes montèrent rapidement mais elle les écarta d’un revers de main. Ce n’était plus le temps de se plaindre ou de se morfondre. Son regard se fit plus dur. Elle se détendit soudainement et s’élança vers la porte. Elle hurla en même temps, comme pour se motiver encore plus, rassembler ses forces. Elle parcouru rapidement les premiers mètres. Elle ne sentait plus la douleur. La décharge d’adrénaline et le stress l’avaient complètement anesthésiée. Elle n’eut pas un regard vers Baur. Ne pas le regarder. Conserver l’objectif.

Elle sentit son bourreau se mettre en mouvement.

Elle lança sa jambe droite pour gravir les premières marches lorsqu’un choc fulgurant la projeta contre le mur recouvert de crépis. Sa tête heurta le montant de la rampe de l’escalier, tandis que son épaule s’écrasait dans un craquement  contre le mur. Sa respiration fut coupée nette. Elle revit le matin où Baur l’avait agressé.

Celui-ci venait de la percuter à pleine vitesse. Sa grande taille et son poids avaient avec l’inertie une puissance phénoménale. Baur s’égratigna tout le flanc gauche contre le mur. Ils roulèrent tous les deux en bas de l’escalier. Baur était puissant et se redressa rapidement. Son regard avait perdu toute humanité. Sa respiration était rapide.

-« Tu pensais vraiment que tu y arriverais ma belle ? ».

Nadine était au sol, son épaule déformée. Baur la saisit par les cheveux et approcha son visage meurtri près du sien.

-« Ecoutes moi bien… Ecoutes moi attentivement », lui dit-il doucement.

-« Tu veux que l’on fasse ça ici ?…maintenant ?… Pas de soucis. Je suis prêt ».

Sur ce, il arracha le dernier rempart vestimentaire de Nadine. Celle-ci était sonnée, tétanisée. Le visage de Paul lui passa devant les yeux.

Baur la plaqua au sol sur le ventre en lui maintenant les mains et se coucha sur elle. Nadine sentit son sexe contre elle. Elle ouvrit la bouche pour hurler mais son cri s’étrangla dans sa gorge.

Soudain, Baur bascula sur le côté.

Le bruit sourd du choc la ramena à la réalité. Elle se recroquevilla rapidement ramenant ses genoux contre sa poitrine et vit Philippe Baur, la bouche et le nez saignant abondamment étendu un peu plus loin. Celui-ci tentait de se relever tout en crachant de longs filets de salive et de sang.

Devant elle, debout, se tenait Thomas Bardaillan.

La surprise pouvait se lire dans leurs yeux. Nadine avait le regard complètement hagard, stupéfaite par la présence de son formateur. Thomas, lui était ébranlé. Il dut détourner ses yeux du corps de Nadine. Il se retourna vers Baur et lui décocha un violent coup de pied dans le thorax déclenchant un grognement de douleur chez celui-ci. Baur retomba au sol.

Thomas se tourna à nouveau vers Nadine et se mit à genoux près d’elle.

-« Nadine !... Nadine !...Vous m’entendez ?...Levez vous !...Vite !... Foutons le camp d’ici !!... ».

-« Oui….Oh oui !!.........Je vous en prie ». lui dit-elle en prenant appui sur son bras. L’instant d’après elle s’effondrait en sanglots dans ses bras…le corps parcouru de spasmes incontrôlables.

-« dépêchons nous !... ».

Ils parcoururent rapidement les quelques mètres les séparant de l’escalier et gravirent aussi rapidement possible les marches usées par le temps, qui menaient à l’étage. Thomas et Nadine arrivèrent en haut des marches. Thomas poussait la porte de communication avec l’épaule quand il sentit une main le saisir par l’épaule et le tirer violemment en arrière.

Baur était sur lui. Celui-ci écarta Nadine d’un coup de coude, l’envoyant au bas des escaliers, inconsciente. Thomas vacilla en arrière, se retint à Baur et ils basculèrent tous les deux à la suite de Nadine.

Baur se redressa le premier. Il lança un bref regard sur sa proie étendue juste à côté.

Il se tourna ensuite vers Thomas. Celui-ci avait atterri lourdement sur les marches. La douleur dans sa poitrine avait été fulgurante. Le craquement clairement perceptible.

Thomas tenta de se redresser doucement tout en gémissant. Sa main droite tenait son côté gauche. Il respirait difficilement.

Baur s’approcha de lui en brandissant la lame acérée.

-« Tu n’aurais pas du venir chez moi sale petit fouineur… je vais te vider…Tu pourras te regarder crever ensuite…… ».

Le fracas d’une porte que l’on enfonce à l’étage attira soudainement l’attention de Philippe Baur.

Les cris lui parvinrent, légèrement atténués, mais tout à fait audibles.

 

-« Police ! ».

-« Police !!!... Monsieur Baur !!!!....Philippe Baur !!!!....Nous entrons chez vous….Montrez vous….Maintenant !!!! ».

Yann Kérouec avait le bras, tenant son automatique, tendu. L’autre, en appui juste dessous. Il progressait rapidement et méthodiquement couvert par ses deux collègues. Les règles de l’exploration en milieu confiné ressortaient…Instinctivement…

 

                                        Baur se retourna vers Nadine. Celle-ci était toujours allongée au sol, il se tourna ensuite vers Thomas Bardaillan qui se redressait tant bien que mal. Il s’élança vers lui la lame en avant.

Thomas perçu l’attaque et ne pu que tenter de l’éviter en donnant un coup de reins sur le côté. La lame que Baur avait placée à hauteur de son thorax, n’atteint pas la cible voulue et manqua le cœur. Thomas ne réussit cependant pas à parer complètement l’attaque. La lame que tenait son assaillant lacéra son épaule et le choc le renversa en arrière.

Baur se redressa rapidement et se mit à courir vers l’arrière de la salle. Il savait qu’une petite porte, discrète, permettant le transit des fûts vers l’extérieur, se trouvait à l’opposé de l’escalier.

La porte, à double battant de bois, était sertie de ferrures. Baur ouvrit rapidement les deux panneaux et s’élança dans l’escalier de pierre. Le conduit, était sombre, mais Baur le connaissait par cœur. Il gravit rapidement les quelques mètres le séparant d’une deuxième double porte menant sur l’extérieur. Il se propulsa contre les battants les ouvrants à la volée.

La nuit était noire. Le froid s’engouffra dans le conduit. Quelques amas neigeux s’écrasèrent sur ses épaules et sur le sol. Philippe Baur ne sentit rien, malgré sa nudité. Ni la neige, ni le froid.

Face à lui, à environ cinq mètres, une silhouette fit volte face, surprise par l’apparence quasi tribale de la créature qui lui faisait face.

Jean Louis Poulard avait pris la décision de monter la garde à l’arrière de la maison, mais il n’avait pas vu dans l’obscurité, et en raison des ramifications du lierre qui la recouvrait, l’ouverture donnant accès à la cave.

Poulard croisa le regard de Baur. Instinctivement son bras se redressa pour le mettre dans la ligne de mire de son « spécial police ». Le coup de feu parti déchirant d’un éclair l’obscurité. Le bruit fut assourdissant. Baur s’était jeté sur lui et lui avait décoché un coup d’épaule malgré la blessure infligée par Nadine. Sa vitesse et l’effet de surprise lui permirent de dévier le bras de Poulard.

Sous le choc, celui-ci lâcha son arme. Baur reprit ses appuis. La lame encore couverte du sang de Thomas Bardaillan siffla dans l’air et entailla profondément la base du cou de Poulard, évitant ainsi la protection du gilet pare balles que celui-ci avait revêtu.

Poulard recula immédiatement en portant la main à son cou tandis que Baur ramenait à nouveau son bras. La deuxième attaque fut tout aussi rapide, la lame, cette fois, vint se planter à l’oblique dans la cage thoracique du policier, juste au niveau de l’aisselle droite. Celui-ci expira bruyamment tout en s’affaissant. Poulard tenta de se retenir sur le sol, mais il ne put qu’entre apercevoir la silhouette de Baur qui s’enfuyait en direction de la lisière des bois… Celle-ci dansait devant ses yeux tandis que l’officier perdait son sang en de longs filets formant rapidement une tache sombre sur le sol…

 

publié dans : Roman par Cyril Poujoulat
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Jeudi 3 juillet 2008

59

 

                                                  Philippe Baur déposa le corps de Nadine enveloppé dans une couverture sur le perron de la petite villa familiale. L’air était glacial. La neige tombait en un rideau de plus en plus opaque. La rudesse de l’hiver le fit sourire.

Il fouilla dans la poche de sa parka, et en retira un trousseau de clefs. Il resta quelques instants à humer l’air de la campagne normande. Cette odeur lui était familière. Combien de fois l’avait il senti sans même y prêter attention ?... Il revit Clarisse…Sa beauté…Son corps…Cette union interdite dans laquelle il s’était perdu…

La clef tourna doucement dans la serrure. La porte s’ouvrît. Une odeur de renfermé régnait à l’intérieur. Mais il était vrai que cela faisait des mois que Baur n’était pas venu.

Il saisit le corps de Nadine au travers de la couverture et la traina sur le sol jusqu’à l’entrée de la cave.

La maison des parents de Philippe Baur était décorée avec un goût ancien, mais qui correspondait idéalement à l’ambiance des lieux. Les tapisseries, sous l’effet de la cigarette et du chauffage, étaient jaunies et grises dans les angles des murs. Une fine couche de poussière s’était déposée sur les meubles. Quelques audacieuses araignées avaient tendu leur mortelle œuvre d’art de ci de là. Baur se saisit à nouveau du trousseau de clef et déverrouilla la porte donnant accès à la cave située au bas d’un vieil escalier taillé dans du chêne.

Il porta le corps de Nadine sur son épaule et descendit les marches. Un vieux néon illuminait faiblement les lieux, mais Baur aurait pu les parcourir les yeux fermés.

Si la maison était relativement modeste vue de l’extérieur, ses sous sols étaient nettement plus vastes. Cela était du au fait que la maison des Baur était une ancienne distillerie de calvados et que ses caves avaient été agrandies afin d’y élever et stocker le précieux nectar.

Il déverrouilla à nouveau une porte donnant accès à une petite pièce sombre.

Baur pénétra à l’intérieur et y déposa sans ménagement Nadine. Celle-ci poussa un gémissement, mais resta inerte sur le sol.

Baur fouilla à nouveau dans sa poche. Son zippo glissa entre ses doigts, le capuchon bascula faisant surgir la flamme. Baur alluma les quatre bougies rouges situées sur la grande table placée sur le côté droit. La lumière douce des bougies envahit timidement la pièce. Si Nadine avait été consciente, elle l’aurait vu au premier coup d’œil. On ne pouvait y échapper. Un immense portrait de Clarisse Baur trônait au dessus de la table, accroché contre le mur. Tout autour, des photos de la jeune femme, des bougies, des cierges, de tailles variables, des bijoux… Baur avait installé un véritable petit autel afin de rendre hommage à sa sœur.

Au milieu de la pièce, un lit pour une personne était installé. Les draps étaient poussiéreux et couverts de taches dont l’origine restait en point d’interrogation. Baur se saisit à nouveau du corps de Nadine et le posa sur le lit.

Tout comme dans la cave de son appartement parisien, Baur possédait des chaînes reliées au mur. Il passa les bracelets métalliques à Nadine. Celle-ci se mit à geindre en tentant d’écarter les membres, mais ses forces lui faisaient défaut. Un instant plus tard, elle était à nouveau menottée, cette fois ci au quatre membres. Elle était allongée sur le dos. Baur la contempla. Elle était couverte de contusions, d’éraflures, de coupures, griffures… Ses sous vêtements avaient perdu leur blancheur. Il passa sa main sur son visage, sur son cou, puis descendit doucement effleurant sa poitrine, son ventre, son sexe…

-« Chuttt !! » murmura t il pour lui-même.

-« Tu es trop pressé Philippe Baur !.... il faut d’abord te préparer… Ensuite, tout sera permis…Absolument tout…Et elle pourra crier autant qu’elle veut…. », rajouta t il le regard acéré.

Il lui donna un baiser, tentant d’insérer sa langue entre ses lèvres et se redressa en souriant.

-« A tout à l’heure Clarisse… A tout à l’heure ma douce… ».

 

60

 

                                                      Thomas et Julie Bardaillan venaient de quitter l’aire de stationnement sur laquelle ils avaient garé leur monospace. La nuit était d’un noir profond, la lune étant complètement masquée et la couverture nuageuse intense.

Le rai de lumière dispensé par la lampe torche balayait la petite route et les ornières. Sur les côtés, des arbres sombres s’élevaient formant un rideau lugubre enveloppant le passage. Les flocons de neige virevoltaient dans la lumière et se déposaient délicatement sans un bruit sur le sol boueux et gelé. L’averse neigeuse gagnait en intensité. Thomas plaqua les pattes de sa chapka afin de conserver la chaleur que lui procurait la fourrure de lapin. Julie, elle, avait enfoui son menton dans son écharpe. Elle serrait fort la main de son mari.

Leur progression était lente, leur attention concentrée sur le moindre bruit qui pourrait leur signaler une présence ou trahir la leur.

Julie se posait des tas de questions… N’étaient ils pas inconscients ?... N’étaient ils pas allés trop loin ?... Et si Baur était étranger à tout ça ??

Non ! ce n’était pas possible… Les indices, les liens étaient trop évidents. Elle pensa à Arthur et Clara, probablement endormis à cette heure tardive, dans les deux petits lits d’appoint que possédaient les parents de Thomas. Elle les aimait plus que tout au monde…

Thomas perçu son trouble.

-« Ca va mon cœur ? ».

-« Oui…oui, je pensais aux enfants… », répondit elle.

-« Ne t’inquiètes pas…On les retrouve demain… Et puis, on va pas prendre de risques. On observe juste. Et si on voit quelque chose de louche, on avertit les flics !... ».

-« Oui… ».

La neige commençait à former une fine couche sur leurs vêtements. Le froid enveloppait leurs mains, engourdissant leurs phalanges. Thomas souffla sur ses doigts crispés sur le manche de la lampe torche.

Au bout de quelques dizaines de mètres, ils se retrouvèrent devant une petite intersection avec un petit chemin de terre rempli d’ornières qui montait tout droit entre les arbres et les hautes herbes bordant le passage.

-« C’est là Julie !! », lui souffla doucement thomas.

-« Tu es sur ? ».

-« Certain !! ».

Ils s’arrêtèrent quelques instants afin d’évaluer l’espace qui les entourait, puis, reprirent leur progression en remontant le chemin de terre.

Celui ci serpentait entre les différentes petites propriétés. Les haies d’arbres et les murs d’enceintes masquaient le contenu des cours intérieures et les abords immédiats vieilles maisons normandes.

Régulièrement, Thomas tendait son cou entre les haies des propriétés, ou par-dessus les portails à la recherche d’un éventuel 4x4 sombre qui pourrait ressembler à celui de Philippe Baur.

-« Thomas !!... On va finir par avoir des ennuis !... Si on nous repère, les gens vont nous prendre pour des cambrioleurs et appeler les flics… ».

-« T’inquiètes Julie… Je reste discret !.... ».

Julie sourit… Thomas et elle étaient aussi discrets qu’un couple de lucioles dans l’obscurité.

La neige tombait toujours en un épais rideau. Le froid, avec la nuit devenait encore plus rigoureux… Julie avait les orteils engourdis dans ses vieilles converses. Sa respiration dégageait régulièrement un nuage de condensation qui se dissipait rapidement dans l’air glacé.

Cela faisait déjà une demi heure qu’ils progressaient. Les maisons se faisaient plus rares. Sur la gauche, une vieille ferme normande à colombages avait été visiblement retapé et transformé en une superbe villa. Enfin, pour ce que leurs yeux arrivaient à en voir dans la pénombre.

Même si Julie et Thomas ne le laissait pas transparaître, la fatigue commençait à s’installer. La journée avait été longue, le trajet pour Honfleur, la décharge d’adrénaline de toute cette histoire de fous, leur périple nocturne…

C’est alors que Thomas se figea et éteignit sa lampe torche. L’obscurité enveloppa complètement les deux visiteurs. Sur la droite, une propriété, discrète, clôturée et fermée par un portail de bois. Ce n’est ni le portail, ni la bâtisse, somme toute de taille modeste, qui attirèrent l’attention de Thomas, mais le véhicule garé le long du mur de gauche sous un espèce de auvent. La nuit était d’un noir profond, mais Thomas l’aurait reconnu entre mille. Il n’avait d’ailleurs pas cessé de le fixer tout au long du trajet les séparant de Paris, si ce n’était ces quelques minutes où il l’avait perdu au moment du péage…

-« Julie ! C’est ici !....Pas un bruit… Il y a de la lumière dans la maison… ».

-« Tu es sur que c’est ici ? ».

-« Regardes sur la gauche… ».

Julie, elle aussi, remarqua le 4x4 sombre garé .

-« Qu’est ce qu’on fait maintenant Thomas ?... On va quand même pas rentrer ?...Si ? ».

-« Non Juju… Je donnerai cher en revanche pour savoir si Nadine est à l’intérieur…».

-« Moi aussi… », répondit elle.

-« Bon aller !...Je rentre ! », lui lança Thomas.

-« Tu déconnes !! Tu fais pas ça Thomas !... Non !...C’est trop risq…. ». Thomas venait de lui fermer la bouche avec son doigt.

-« Chuttt mon cœur… Fais moi confiance….Je fais juste le tour de la maison pour voir s’il y a quelque chose d’intéressant. Je reviens dans cinq minutes… ».

-« Bon sang mais tu es fou !... ».

Thomas ne l’avait pas laissé finir qu’il avait déjà enjambé le montant du portail. Son geste avait été rapide et silencieux. Un instant plus tard, il disparaissait dans l’obscurité.

 

61

 

                                             La flamme du briquet éclaira de sa faible et furtive lueur l’habitacle du break. Il était deux heures quinze du matin. Cela faisait maintenant une demi heure que Yann Kérouec et Jean louis Poulard s’étaient lancé sur les traces normandes de Baur…

Derrière eux, un autre véhicule, plus léger, avec deux autres collègues de la section que dirigeait Kérouec, dont Eric Stacchi, roulait tout aussi vite, roues dans roues.

Les informations étaient vite tombées. L’adresse de la résidence secondaire de Baur. Celle-ci était situé à proximité de Honfleur et juste à côté de La Rivière Saint Sauveur…Quant à Clarisse Baur, la jeune femme avait été agressée par un toxicomane il y a dix ans de cela. Outre le viol, celui-ci lui avait fait « cadeau » du HIV. Clarisse Baur avait déclaré rapidement la maladie et s’était éteinte en moins d’une année. Son abattement et sa résistance aux thérapeutiques avaient précipité son décès. L’agresseur, lui, avait été jugé irresponsable et placé en centre psychiatrique. Il avait par la suite été relâché et avait été retrouvé mort , quelques semaines plus tard, égorgé, dans une ruelle sordide jouxtant le boulevard Ney. L’enquête s’était soldée par une fermeture du dossier. Sans suites.

Les derniers jours de Clarisse Baur s’étaient déroulés dans la maison familiale. Kérouec en était certain, Baur ne pouvait être que là. Cette affaire sentait la vengeance. Un des plus vieux motif du monde pour massacrer son prochain…

Pendant le temps que Kérouec avait passer à monter le groupe d’intervention avant leur départ, Poulard, lui, s’était chargé de joindre la gendarmerie locale. Le gendarme de permanence avait noté les coordonnées de l’adresse de Baur et avait prévenu qu’il en réfèrerait à son supérieur dès que celui-ci rentrerait.

Poulard conduisait. Il avait toujours aimé conduire la nuit. Le calme avant la tempête comme il disait souvent. Kérouec, à ses côtés venait d’allumer l’énième cigarette de la journée, et sirotait un gobelet rempli du café qu’ils avaient emmené dans leur thermos.

-« Tu clopes trop Yann !... Tu devrais ralentir, tu sais… ».

-« Mourir de ça ou d’autre chose Jean Louis… ».

Poulard souffla. Il voyait son supérieur et ami sombrer de plus en plus. La vie l’avait abîmé. L’issue de tout ça ne pouvait être que dramatique.

Sur l’ordinateur de bord, les nouvelles en lien avec l’affaire continuaient de tomber. Leurs collègues restés sur Paris, avec l’aide de la « scientifique » regroupaient des informations. La cave de Baur parlait telle un livre ouvert. De nombreuses traces et empreintes montraient clairement que Nadine n’était pas la première victime que Baur ait amené dans les sous sols de son immeuble. Des résidus de sang et d’autres liquides biologiques, des fragments d’ongles incrustés dans le sol et les murs, une molaire, avaient été retrouvé. Le matériel informatique de Baur était toujours en cours d’analyse. On avait cependant retrouvé de nombreux fichiers de renseignements sur des victimes de Baur et sur d’autres personnes inconnues. Des fichiers photographiques avaient été également récupérés. Leur contenu était sans ambigüité… Philippe Baur s’était mis en scène. Les actes et scènes que Kérouec visualisait sur l’écran lui donnèrent la nausée. Il grimaça et jeta sa cigarette dans l’air glacial.

-«  T’as des news Yann ? », lui lança Poulard avec un air interrogateur.

-« Accélère Jean Louis…Il faut qu’on serre ce tordu le plus vite possible… Avant qu’il ne fasse la même chose à cette pauvre fille… ».

Un carnet avait également été retrouvé avec plusieurs noms barrés sur une liste en contenant une quinzaine. Pierre Vasseur faisait partie de cette liste, de même qu’Alexia Leforêt. Nadine était le dernier nom inscrit.

-« Son tableau de chasse…. », pensa Kérouec.

Sur les bureaux avaient également été retrouvés des bocaux dont le contenu était parti en analyse biologique dans les services de la police scientifique. Selon les premiers rapports, il s’agissait de restes humains. Non identifiés pour l’instant.

Bien qu’anecdotique, on avait également retrouvé l’intégralité de la discographie des Doors, dont le crépusculaire titre « the end » qui était encore affiché en lecture sur le dossier de l’ordinateur au moment où celui-ci avait été retrouvé. Le fichier avait déjà été lu plus de trois cent quatre vingt fois…

Tout en consultant ces informations, Kérouec visualisait Philippe Baur. Il l’imaginait en train de perpétrer ses horreurs en écoutant cette chanson mythique des Doors.

-«  ce type est fou…Il ne s’arrêtera que si on l’arrête… » pensa Kérouec.

Il y avait quelque chose de troublant dans le comportement de Philippe Baur. Yann Kérouec était fatigué mais suffisamment conscient et lucide pour se rendre compte qu’il possédait lui-même ce côté autodestructeur. Cett