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Roman

Samedi 3 octobre 2009

Langeon quitta enfin le sous sol. Après un bref temps d’hésitation, il se dirigea sur le boulevard Rochechouart en direction du carrefour Barbès. Au dehors, il y avait foule. Les communautés nord africaines et africaines se mélangeaient dans un kaléidoscope de couleurs et de dialectes. Quelques vendeurs à la sauvette jouaient au chat et à la souris avec les flics en civils tout en tentant de refiler contre dix ou vingt euros, une casquette Dior, un sac Hermès ou des lunettes de chez Dolce et Gabana. Les prix, bien évidemment étaient imbattables…. Preuve de la contrefaçon, instaurée en argument de vente. Un peu plus loin, le grand magasin Tati était déjà surpeuplé. Sur le sol, aux alentours, gisaient une quantité considérable de détritus… Comme si le quartier, plutôt pauvre, ne méritait pas le même entretien qu’ailleurs…

Langeon s’arrêta. Après s’être mis sur le côté, il sortit son téléphone portable… Thomas eut tout juste le temps de rentrer discrètement dans un magasin de chaussures. Tout en faisant mine de regarder les prix, il surveillait Langeon. Celui ci manifestait à nouveau une grande nervosité. Thomas tenta de capter le sujet de la conversation mais Langeon était trop loin. De plus, celui-ci utilisait de nombreux mots de ce qui semblait être de l’arabe, rendant peu compréhensibles les bribes interceptées. 

Au bout de quelques minutes, Langeon reprit sa route. Il arriva au carrefour entre le boulevard Rochechouart et le boulevard Barbès. La concentration humaine était à son comble. Un peu plus bas, en partant sur la droite se trouvait l’hôpital Lariboisière que connaissait bien Thomas pour y être allé plusieurs fois du temps où il était, lui aussi, infirmier aux urgences. Le bassin de vie avait évolué. Les populations immigrées étaient toujours très présentes, mais la faune des junkies en mal d’un « fix » semblait s’être progressivement dissoute. Cela bien évidemment était faux. Ceux-ci s’étaient tout simplement déplacés vers d’autres endroits. Thomas repensa aux récits de collègues qui racontaient que les cafetiers allaient jusqu’à percer les petites cuillères pour éviter que celles-ci ne servent à diluer « la blanche », avant qu’elle ne dévore le corps d’un pauvre type  ou d’une pauvre fille, partagé entre errances, larcins et tapinage sur les maréchaux… cette pensée le ramena encore une fois aux évènements passés et à la funeste entreprise de Philippe Baur…

Tout en étant absorbé par ses pensées, Thomas poursuivait, aussi discrètement que possible sa filature…

Langeon s’enfonça bientôt dans des rues adjacentes. La foule avait considérablement diminuée. A l’angle d’une rue, Il pénétra dans un bar pmu dont l’état de délabrement n’avait rien à envier à celui du quartier. La bâche sensée protéger la terrasse était d’une crasse qui interdisait l’identification de la couleur d’origine, et elle était de plus parsemée de déchirures. Les montants en acier du système de déroulement étaient rongés par la rouille. Dehors, quelques chaises de jardin en plastique et un parasol, tentaient d’égayer quelque peu les abords. Quatre vieux jouaient aux dames… Deux jeunes originaires d’Afrique du nord, portant des vêtements traditionnels qui couvraient leur pantalon de jogging et baskets parlaient à voix basse tout en tirant, chacun leur tour, une bouffée du narguilé qui était contre leur table. L’atmosphère du quartier était pesante, les regards appuyés. Thomas ne se sentait guère à l’aise avec le sentiment d’être perçu comme un intrus. L’espace d’un instant, il pensa à sa décision de suivre Langeon…

Fallait-il le suivre ?

Etait ce vraiment l’homme dont lui avait parlé Julie ?....

François Langeon réapparut accompagné d’un homme portant la barbe et les cheveux ras, le visage dur, et dont les yeux se promenaient tout autour de lui, le regard soupçonneux. L’homme lui donna un paquet. Il lui remit en échange une enveloppe…Thomas était posté à environ vingt mètres du café et il ne pouvait entendre les mots échangés entre Langeon et son interlocuteur.

François Langeon s’assis à la terrasse et commanda un thé à la menthe. Ses sens étaient aux aguets. Il repensa aux flics devant les urgences de Fortin. Pourquoi étaient ils venus encore une fois ? Ils étaient plus nombreux, visiblement tendus. Ils semblaient chercher quelque chose. Se pouvait il qu’ils soient sur sa trace ?. Son esprit s’envola vers Claire Samson. Elle lui avait échappé… il avait vu le flic plonger tandis que les passants criaient… Puis, il avait vu les pompiers… Il avait du rentrer chez lui…insatisfait… frustré. Il s’était déjà imaginé en train de la prendre puis de lui ravir ses mains… il se sentait perdre le contrôle…. Il le savait depuis qu’il s’était laissé aller à frapper une deuxième fois sur Fortin. Il se savait traqué désormais ou près de l’être… il ne retournerait pas chez lui… il n’y retournerait plus. La perte de son butin le souciait, mais il sourit en imaginant les yeux du premier flic qui rentrerait dans son antre… sa peur… son dégoût…

Il était en manque… Il se rappela une phrase que lui avait dite un vieil afghan… :

-« Le goût du sang appelle le sang… », lui avait il dit en désignant les corps de trois talibans que des rangers américains avaient débusqués dans une grotte voisine de son village.

Le vieil homme avait raison… François Langeon avait apprit à tuer… Il savait le faire… et il aimait le faire…

Il avait payé Yassine…Il lui avait commandé une fille… une jeune…pour faire ce qu’il voulait. Yassine lui avait donné une adresse à proximité…où la « rencontre » aurait lieu. Langeon le connaissait depuis l’Afghanistan… ils s’étaient rendu de nombreux services. Langeon couvrait notamment  les activités de prosélytisme de Yassine au sein de son ONG et il passait de la documentation de propagande en échange d’argent ou de femmes.

Yassine se pencha vers Langeon, la main sur son épaule…

-« Elle sera à toi dans une heure mon frère… Ne l’abîme pas trop !! », lui dit il avec un rire gras mettant en avant les éclats dorés de ses plombages et les yeux brillants.

Thomas, à l’abri des regards, et dissimulé, sous un porche, resta ainsi un long moment, n’osant pas bouger… Environ une heure plus tard, Il vit Langeon saisir son téléphone et se lever…

En pleine discussion, celui-ci se dirigeait rapidement dans le quartier et emprunta sur la droite une ruelle délabrée. Thomas fut obligé de se découvrir et lui emboita le pas à bonne distance…

Langeon se faufilait le long du trottoir entre les poubelles et les détritus. Les immeubles étaient tous d’un gris décrépit et sans âme. Les fenêtres aux vitres sales étaient pour la plupart fermées, voire condamnées. Quelques hommes aux traits fatigués déambulaient…visiblement sans but…pour tuer le temps d’un quotidien maussade où ils n’avaient pas réussi à dégoter de job à la journée.

Thomas, tout en s’enfonçant dans ce quartier à la suite de Langeon se sentait de moins en moins à l’aise….Le temps radieux en début de matinée, était à nouveau en train de s’obscurcir… les nuages s’amoncelaient de plus en plus nombreux, ne laissant que peu de place aux rayons lumineux. Les rues, déjà étroites, n’en paraissaient que plus sombres.

Langeon s’arrêta enfin devant une porte dont la peinture verte n’était qu’un lointain souvenir. Il contrôla le numéro puis lança furtivement un coup d’œil de chaque côté.

Thomas n’avait pas d’autre endroit pour se soustraire à la surveillance de Langeon. Il fit donc mine de continuer son chemin tout en prenant un air absorbé et pensif…

Langeon composa un numéro de code puis ouvrit la porte et s’engouffra dans la courette intérieure…

 

                                                                39

 

                                             -« Madame Bardaillan… je suis heureux de vous revoir… même si j’aurais préféré que ce soit dans d’autres circonstances… Cela fait longtemps….Presque un an et demi, non ?…. », dit Kérouec à Julie avec une lueur de tristesse dans le regard.

-« Oui monsieur Kérouec… je vois que vous non plus vous n’avez rien oublié de tout ça… », lui répondit elle.

Yann Kérouec sourit. Il avait déjà entendu une partie des personnes présentes à la formation. Celle-ci avait été d’ailleurs largement perturbée par les évènements.

-« Oh ca oui, je dois avoir une sale tête aujourd’hui, mais la nuit a été dure… Mon équipière a été agressée cette nuit…Elle a eu chaud…Elle devrait s’en sortir mais ca n’est pas passé loin… ».

Fuers et Stacchi étaient là eux aussi. Tous unis par le drame qu’ils avaient vécu.

-« Kérouec…Dites moi… c’est en lien avec le meurtre de l’infirmière ? », demanda t elle…

-« je ne devrais pas vous le dire madame Bardaillan ou si vous me permettez de vous appeler Julie, car l’enquête est en cours…Mais oui… Claire a été attaquée vraisemblablement par celui qui a tué votre collègue… ».

-« Claire ?... la jeune femme qui est venue hier ? ».

-« Oui !!... Pourquoi ? ».

-« Et bien écoutez…Je…je crois que je connais celui qui a fait ça… ».

Yann Kérouec se figea, la regardant, incrédule.

-« Pardon ??...Comment ?... ».

Julie ne lui laissa pas finir sa question.

« Votre collègue Claire m’a posé une question hier à laquelle je n’avais pas vraiment de réponse, mais la lumière m’est apparue hier soir… Elle m’a demandé à la fin de notre entretien si quelqu’un travaillant à Fortin avait des cicatrices sur les mains… je n’ai pas vu sur le coup mais j’ai compris hier soir… », enchaîna t elle.

-« Qui ??!!.... ».

-« Langeon… Monsieur Langeon… un des intervenants. Il a les mains couvertes de cicatrices…plutôt moches…. Il devait nous faire cours ce matin, mais il n’est pas venu… ».

Les yeux de Kérouec brillaient d’une intensité guerrière. Claire avait eu du nez. Un sixième sens même !. Elle avait lancé la question comme un hameçon, espérant que cela puisse parler à quelqu’un ou lui évoquer des souvenirs... Elle était passée très près de Langeon…

Kérouec se détourna et héla Stacchi.

-« Eric….Tu vas voir tout de suite le chef de service. Tu vérifie l’identité de ce François Langeon, son adresse, tout… puis tu vérifie au fichier central… cette fois ci je crois qu’on le tient notre « tueur aux suppliciées »… », lâcha t il, rageur.

 

                                          Une heure plus tard, Kérouec et son équipe quittaient les urgences.

Le domicile de François Langeon était identifié.

Kérouec avait contacté Langman pour avoir une équipe. La certitude était de mise cette fois ci. Les informations arrivaient petit à petit sur l’ordinateur portable que tenait Fuers sur ses genoux, assis à l’arrière du véhicule.

Stacchi, lui, conduisait, nerveux.

Yann Kérouec, assis comme passager, pensa à Claire…

-« On le tiens Claire…. », songea t il.

                                                                     40

 

                                          13h40… Julie Bardaillan était circonspecte. Elle avait essayé de joindre Thomas pour avoir de ses nouvelles et des nouvelles des enfants, mais n’avait pas réussit à le joindre. Elle venait d’essayer chez ses parents, puis chez ceux de Thomas, et là, elle avait apprit que Thomas avait confié les Clara et Arthur à ses parents. La mère de Thomas, quelque peu embarrassée et inquiète avait dit à Julie la raison de son absence. Depuis, personne n’avait de nouvelles de lui.

La sonnerie de son iphone retentit soudain, tout en affichant sur l’écran le portrait de Thomas qu’elle avait téléchargé. Elle décrocha fébrilement.

-« Thomas ???!! ».

-« Julie !... C’est moi… Ecoutes, je ne peux pas beaucoup parler car je suis dans la rue… », répondit il.

-« Bon sang Thomas, t’es où ???!!!.... Tout le monde s’inquiète !!... C’est quoi cette histoire ??... J’ai eu tes parents…. », lâcha t elle désemparée.

-« Je suis désolé mon cœur… Je voulais simplement surveiller les abords des urgences pour être sur que tu ne cours aucun danger… Seulement, voilà, j’ai trouvé le type dont tu m’as parlé… ce Langeon. Je l’ai croisé dans un couloir de l’hôpital. Il a vu les flics devant les urgences et il a fait demi-tour… Je suis sur que c’est lui Julie… Des yeux bleus, des cicatrices sur les mains…et un air sans une once d’humanité !!... Je n’avais pas trop le choix… C’était le suivre ou le perdre…. ».

-« Mais tu es où là ???... Thomas…. », rajouta t elle tout en soupirant.

-« Je suis dans le secteur de Barbès… Ton Langeon est pas net… Il vient d’entrer dans un immeuble là…. Je surveille… ».

-« Putain Thomas !!!.... Mais qu’est ce qui t’a prit ?.... Tu crois que ce que l’on a vécu y a un an n’étais pas assez risqué ???!!.... Tu as failli y rester !!... », explosa t elle tandis que les larmes coulaient sur son visage.

Thomas s’aperçu alors des risques qu’il était en train de prendre. Il regretta son choix. Mais il était trop tard pour regretter.

-« Thomas… J’ai vu Kérouec dans la matinée… Il était avec les flics qui sont venus dans le service ce matin. Je lui ai donné les infos que j’avais sur Langeon. Ils sont restés un moment, puis ils sont tous partis très rapidement. Je crois qu’ils vont le coincer Thomas…. ».

-« Je vois pas comment Julie !... Ce mec ne me semble pas habiter ce quartier…. Tu as un numéro pour joindre Kérouec ?? ».

-« Euh… Non………Mais j’ai les coordonnées de Claire Samson, sa collègue ».

-« Ok mon cœur… Donne moi son numéro que je la prévienne. ».

-« Le soucis Thomas, c’est que cette fille a été attaquée hier soir par Langeon. Elle est à l’hôpital, plutôt mal en point si j’ai bien compris ce que m’a dit Kérouec ».

-« Merde…. ».

-« Bon écoute Julie…Je suis désolé pour tout ça… J’aurai pas du y aller seul…Je te donne l’adresse où Langeon est rentré… Appelle les flics… Demande leurs les coordonnées de Kérouec, et passe lui le message… Je t’aime mon cœur…. Je reste là en attendant… je te rappelle s’il y a du nouveau…. ».

Julie prit immédiatement son agenda et griffonna à la hâte l’adresse sur une des pages de notes…

-« Bon sang Thomas… Ne prends pas de risques… C’est le boulot des flics tout ça… ».

-« T’inquiète mon cœur…Je reste à distance… Bisous », répondit il juste avant de couper son portable.

Julie raccrocha, puis composa, dans l’instant qui suivi le numéro des renseignements. Une bonne vingtaine de minutes plus tard, après avoir eu le commissariat de quartier, puis la préfecture de police, puis le Quai des Orfèvres, le poste de Kérouec sonna enfin…

 

                                                                        41

 

                                                     Thomas venait de raccrocher… Il était mal à l’aise. Il culpabilisait d’avoir inquiété Julie.

-« Quel con !!! », songea t il presque à voix haute.

Cela faisait déjà une demi-heure que François Langeon avait disparu derrière la porte massive à double battant. Thomas s’était posté une vingtaine de mètres plus loin, sur le trottoir opposé, assis sur un banc. Trois personnes étaient sorties de l’immeuble depuis qu’il était là. Une vieille dame, armée de son « york » et de son caddy, et deux hommes, dont un, trapu, au visage fermé… peu engageants. Ceux-ci étaient déjà montés quelques instants plus tôt…

Thomas s’impatientait. Il venait de promettre à Julie de faire attention. D’un autre côté, la curiosité qu’il éprouvait le titillait. Il était allé jusqu’ici…. Alors, un peu plus ou un peu moins…. Et puis, il ne prenait pas de risques…

Il inspecta à nouveau les alentours…déserts… puis son regard se dirigea vers l’entrée de l’immeuble…

Il se mordilla les lèvres, les toucha machinalement du bout des doigts…. Puis se leva…

-« Let’s roll… », lâcha t il entre ses dents…

 

                                                                      42

 

                                                      Cela faisait déjà deux jours que Nadia était enfermée dans une cave. Elle avait pu communiquer avec deux autres filles, elles aussi séquestrées dans des caves voisines. Elle avait comprit au travers des échanges avec ses codétenues que d’autres filles, comme elles avaient transité au même endroit.

Nadia avait seize ans… des cheveux noirs comme l’ébène et des yeux bleus…héritage de ses ancêtres kabyles. Tout avait commencé en rentrant du lycée, alors qu’elle se dirigeait vers le bloc D de la barre hlm où elle vivait avec ses parents et ses deux petites sœurs. Elle n’avait pas vu la fourgonnette blanche, parsemée de rouille et de tags, garée aux abords de l’école. Elle n’avait pas non plus remarqué l’homme, vêtu d’un bleu de travail, qui s’était mis à la suivre sur le trajet du retour.

Le reste avait été très rapide. A un feu tricolore, la camionnette s’était arrêtée au bord du trottoir… elle, arrivait à la hauteur de celle-ci. L’homme qui la suivait s’était rapproché. Lorsque Nadia était arrivée à la hauteur de la porte coulissante, celle-ci s’était brusquement ouverte. Elle avait à peine eut le temps de tourner son visage que déjà elle se sentait comme soulevé et poussée à l’intérieur. La suite était plus flou…. Un chiffon sur la bouche et le nez….des bras qui l’emprisonnent… Une odeur étrange…désagréable…. La sensation d’avoir chaud, des vertiges….Puis plus rien… Elle n’avait même pas eu le temps de résister…

Elle s’était réveillée en début de soirée, la tête lourde. Après avoir passé une bonne demi-heure à reprendre ses esprits, elle avait commencé à sonder l’endroit où elle se trouvait. Elle avait ainsi repéré les deux autres filles, prisonnières dans les caves voisines. Il y avait Yasmina, dix sept ans et Roselyne, quinze ans. Toutes étaient apeurées et frigorifiées. Yasmina leur avait expliqué qu’elle avait déjà entendu parler de filles qui avaient été enlevées… Là où elles s’étaient misent toutes les trois à avoir vraiment peur, c’est qu’aucune d’entre elles n’avaient été retrouvées….

                                                           Il devait être environ midi lorsque deux hommes étaient descendus dans le couloir menant aux caves. Nadia avait tendu l’oreille pour percevoir le moindre échange verbal entre eux.

Leur pas était lourd…Lent…trainant… Comme si une certaine monotonie enveloppait leur venue. Son cœur avait faillit sortir de sa poitrine lorsque le cadenas fermant sa geôle s’était ouvert. Les deux hommes dans la pénombre s’étaient dirigés sans un mot vers elle. Elle avait tenté de les questionner tout en se débattant. Le plus petit des deux, trapu, lui avait tordu le bras jusqu’à une position proche de la rupture. Elle avait crié tout en pleurant. L’autre homme lui avait fermé la bouche de sa main tout en promenant l’autre sur ses seins. Celui-ci s’était immédiatement fait rabroué par le plus petit, dans un arabe qui n’était pas celui de la littérature.

Nadia, qui comprenait plus ou moins sa langue maternelle avait saisit que le plus petit des deux ne voulait pas qu’on la touche car il fallait qu’elle soit « intacte ». Ce simple mot avait renforcé le sentiment de terreur qui l’animait.

Les deux hommes lui avaient mit une cagoule sur le visage et l’avaient trainé sans ménagement jusqu’à ce qu’elle avait identifié comme étant une fourgonnette. Elle avait voulu résister, se débattre, mais rapidement les coups avaient plu et l’avaient incité au silence. Secouée de part et d’autre des parois de la camionnette, les mains liées derrière le dos, elle avait ainsi attendu une bonne heure avant d’être débarquée sur la chaussée.

On l’avait porté… dans un hall, …dans des escaliers… Puis on l’avait posé au sol… brutalement, lui arrachant un gémissement de douleurs… Des pas….des échanges verbaux furtifs…des pas à nouveau… une main venait de se poser sur elle. Elle frémit. La main empoigna la cagoule lui interdisant toute vision. D’un geste brusque on la lui ôta. La luminosité lui fit plisser les yeux. Gênée, elle grimaça tout en essayant de distinguer l’univers qui l’entourait.

La première chose qu’elle vit fut ses yeux…. Des yeux d’un bleu hors du commun….

 

                                                                    43

 

                                                    Le pavillon était en vue…

Yann Kérouec et ses hommes se faufilaient depuis quelques minutes le long de la route guidant jusqu’au domicile d’un certain François Langeon, membre dirigeant d’une association non gouvernementale s’affichant sur des terrains comme l’Irak, l’Afghanistan ou encore, le Myanmar. Kérouec n’aimait pas la situation. Une maison isolée, une route unique pour y accéder, peu de moyens de camouflage… Si Langeon était chez lui à surveiller, il y avait de fortes probabilités qu’il les repère.

L’équipe de Langman, elle progressait de l’autre côté en coupant à travers champs… Six hommes… Six hommes habitués aux séquestrations, aux forcenés retranchés… Six hommes disposant de moyens techniques et d’armement hors du commun… Kérouec savait que cette fois ci serait la bonne… Restait à espérer surprendre « l’objectif » avant de lui permettre de réagir.

Les autres maisons du voisinage se trouvaient à environ cent mètres. Un voisin, sortant son chien vit les trois policiers se faufiler le long d’une haie. Fuers le remarqua aussitôt et lui fit signe de rentrer chez lui. La demande ne tolérait que son exécution. L’homme tira brusquement sur la laisse, trainant son chien dans son sillage et disparu à l’intérieur de sa maison.

                                                 Le ciel s’était progressivement obscurci…

Des nuages sombres et menaçants couraient dans le ciel. L’air s’était rafraîchit… le vent se levait… Kérouec était en position aux abords de la maison, aux côté de Fuers. Stacchi, lui, était de l’autre côté du portail. La tension se lisait dans leurs yeux. Gilets pare balles… brassards… chargeur plein…une balle dans la chambre…cran de sûreté relevé… Stacchi le « Sig » coincé dans la ceinture, était de plus armé d’un fusil à pompe.

Un léger grésillement dans l’oreillette de Kérouec…

-« Langman… Mes hommes sont en place… C’est quand vous voulez… », lâcha d’une voix monocorde le chef de l’équipe du GIPN.

-« Kérouec… J’avance… je sonne… Cinq secondes et vous entrez par derrière… ».

-« Ok… ».

-« Top départ… », enchaîna Kérouec d’une voix déterminée.

A SUIVRE !!!

Dimanche 13 septembre 2009

                                                                34

 

 

                                            Julie Bardaillan était assise dans le lit. Elle tentait de remettre un peu de clarté dans ses réflexions. L’officier Samson, qu’elle avait vu la veille, lui avait parlé d’un détail à l’allure anodine et qui n’avait guère éveillé son attention à ce moment précis. L’entretien n’avait d’ailleurs rien apporté. Mais la question de Claire Samson au moment de la quitter lui était revenue en tête…

«Y a-t-il quelqu’un parmi les participants à cette formation qui ait des cicatrices sur les mains ? » …

Le repas du midi, le premier jour lui était également revenu en mémoire… Les échanges, …, les convives,… et… les mains de Langeon ou Langeois… Elle ne se souvenait plus très bien. C’était un des intervenants… Un humanitaire… Il leur avait parlé avec une passion communicative de son séjour en Afghanistan. Il avait des cicatrices plutôt vilaines sur les deux mains. Elle les avait remarquées parce que celui-ci tentait de les masquer tout en conversant avec son vis-à-vis lors du repas. Cela n’avait, alors, pas éveillée davantage sa curiosité.

Pourquoi Samson lui avait elle posé cette question ?...

Y avait il un lien avec le meurtrier de Véronique Bazin ?...

Est-ce que cet homme participant à la formation avait quoi que ce soit à voir avec tout ça ?...

 

-« Julie ?... Tu es réveillée ?... », lui demanda Thomas sur un ton cotonneux.

-« Thomas…Je repensais à mon entretien avec la fliquette…la collègue de Kérouec… Elle m’a posé une question qui m’a tracassé toute la journée…. », lui répondit elle.

Julie commença alors à expliquer à Thomas l’origine de son trouble.

Celui-ci, malgré la fatigue et l’heure pour le moins, tardive, se redressa, et alluma la veilleuse…. Une heure plus tard, ils étaient tous deux en train de siroter un café dans la cuisine, perplexes, ne sachant que faire.

Thomas était allé voir si les enfants dormaient bien. Clara et Arthur respiraient doucement dans leur sommeil…. Julie et lui avaient silencieusement poussé leur porte de chambre pour ne pas troubler leur sommeil.

Il était inquiet. Il s’était voulu rassurant auprès d’elle pour ne pas l’alarmer, mais il craignait pour sa sécurité. Il ne s’était pas rendormi. Il restait une journée de formation à faire à Fortin pour Julie, et il s’arrangerait pour surveiller les choses… Il tairait bien évidemment ses intentions à Julie pour ne pas l’inquiéter ou l’agacer…

 

                                                                      35

 

                                       Warren et Betty Langster étaient à Paris depuis trois jours. Leurs enfants leur avaient offert un voyage d’une semaine, pour leur retraite, dans la ville où ils avaient toujours rêvé d’aller. C’était la première fois qu’ils quittaient le sol américain. Warren avait été policier toute sa vie tandis que Betty, travaillait dans une crêche.

Ce soir là, ils étaient allés dîner sur une péniche, comble du romantisme… Ils avaient ensuite décidé de marcher un peu avant de retourner à leur hôtel.

Il était presque 23h… Ils étaient enlacés, accoudés au parapet de pierre du pont sur lequel ils se trouvaient. Ils regardaient les lumières de la nuit parisienne, malgré la fraîcheur et la pluie…

                                        Warren n’aurait pas su, au premier coup d’œil, identifier ce qu’il venait d’apercevoir dans les remous de la Seine. Ce n’est que quand il la vit pour la deuxième fois qu’il comprit qu’il y avait quelqu’un en péril dans les eaux sombres sous le pont. Passé un moment de stupéfaction, il saisit le bras de Betty et lui montra la jeune femme qui tentait de surnager. Betty porta les mains à sa bouche d’effroi.

Ils regardèrent affolés autour d’eux. C’est là que Warren reconnu les gyrophares qu’il avait si souvent vu tournoyer au cours de sa carrière. Une voiture de police était à quelques dizaines de mètres d’eux. Il se rua dans leur direction en battant des bras…

 

                                                                       36

 

                                       0h40… Yann Kérouec sauta hors de son lit. Il était rentré deux heures plus tôt. Il n’était pas passé au « Physalis » ce soir là. Il était parti fatigué du « 36 »… L’enquête marquait le pas malgré le lien avec l’hôpital Fortin, et sa relation ambigüe avec Claire Samson occupait le reste de ses pensées…

Il s’était fait un café en arrivant et s’était couché dans la foulée. La sonnerie de son téléphone l’avait brusquement tiré de sa torpeur.

Il enfilait ses chaussures puis glissait son « Sig » dans le holster de ceinture qu’il portait lorsqu’il fit une brève pause pour réaliser les informations qu’il venait de recevoir… Claire Samson… Sa collègue avait été repêchée un peu plus d’une heure plus tôt par la brigade fluviale. Les sapeurs pompiers l’avaient ensuite prise en charge et avait appelé le SAMU. Claire venait d’être transférée en réanimation à la Pitié Salpétrière. Son état était sérieux… Kérouec n’avait rien pu savoir de plus.

                                     La porte de l’appartement claqua et après avoir dévalé trois par trois les escaliers de son immeuble, Kérouec sauta au volant du vieux break banalisé qu’il utilisait de temps en temps.

Premier tour de clef… pas de contact….

Deuxième tour de clef… Toujours rien…

Kérouec frappa rageusement le volant en hurlant….

-« Putainnn !!!... Tu vas bouger !!! ».

Le troisième tour de clef fut le bon. Le break hoqueta un coup, puis le moteur se mit à vrombir. Kérouec aurait probablement perdu l’ensemble des points de son permis ce soir là, mais il réussit en moins de dix minutes à gagner la Pitié Salpétrière. A la radio, il reçu des nouvelles de Fuers et Stacchi. Ses deux collègues avaient également été prévenus. Ils étaient en route et arriveraient sur place dans la demi heure.

-« Jean Louis….Pas elle…Dis moi qu’elle va s’en tirer… », dit Kérouec, seul dans la voiture comme s’il parlait à son défunt collègue… Il était effondré. La nouvelle l’avait complètement sapé…  Outre les souvenirs de Poulard qui l’assaillaient, Kérouec pensait à Claire… A cette jeune femme qui était entrée dans sa vie sans qu’il l’ait voulu et qui remuait en lui des choses qu’il pensait à jamais enfouies…

A peine garé, il se mit à courir tout en tentant de s’orienter dans le dédale de ruelles et de passages que comptait l’hôpital. L’air était froid. La pluie tombait toujours, fine et faible… Un crachin comme il en connaissait dans sa Bretagne natale aurait il pensé si Claire Samson n’emplissait pas toutes ses pensées…

 

                                          Kérouec arriva devant le pavillon où se situait le service de réanimation. Il était en nage malgré la fraîcheur de la nuit. Son visage était fatigué, ses traits tirés. Il pénétra rapidement dans le bâtiment et trouva Stacchi, Fuers et De Partel devant la machine à café. S’il s’attendait à retrouver ses coéquipiers, la présence de son chef le toucha.

Dès qu’il rentra, les trois hommes se tournèrent dans sa direction. Stacchi avait les yeux rouges et cachait tant bien que mal l’émotion qu’il ressentait. Fuers, plus froid d’habitude était également très marqué. De Partel, enfin, alla à la rencontre de Kérouec…

-« Yann… ». Il était rare que Kérouec entende son chef l’appeler par son prénom. Il fallait en général que la situation soit délicate. La dernière fois que Kérouec l’avait entendu l’appeler avec un tel ton d’humanité, c’était lors des obsèques de Poulard…

-« Yann… Elle est vivante…Mal en point mais vivante… On attend le bilan du médecin… ».

-« Putain chef… Que s’est il passé ?.... Que foutait elle dans la Seine ?? ». Kérouec avaient les mains qui tremblaient.

-« Yann… Nous pensons que Claire a été victime de celui que vous et votre équipe avez appelé le « tueur aux suppliciées », ou qu’en tout cas, il avait l’intention de l’ajouter à la liste de ses victimes… Il l’a visiblement attendu sur la péniche où elle habitait. D’après les premiers relevés, il y a eu lutte sur place. On a également retrouvé son voisin dans son appartement… mort… Un certain Louis de Fay. Les causes de son décès restent à préciser mais il est clair qu’il n’est pas mort de cause naturelle. Il semblerait que Claire ait réussi à s’enfuir pour finalement atterrir dans la Seine, volontairement ou involontairement. Elle était en train de se noyer lorsque deux touristes américains l’ont repéré… Ils ont prévenu des collègues en uniformes. Un des gars à plongé tandis que les autres appelaient la fluviale et les pompiers… Elle est arrivée vivante mais dans le coma… On n’en sait pas plus pour l’instant Yann… Je… Je suis sincèrement désolé », ajouta t il en posant sa main sur l’épaule de Kérouec.

Kérouec lui sourit doucement puis fit volte face et écrasa son poing sur le dossier du siège se trouvant sur sa droite faisant éclater le bois.

Tous se tournèrent vers lui… Collègues et soignants…

-« Putain…Tu veux la guerre espèce de salopard… Je vais te la donner… Sans concession…. Et je te regarderai te vider… », sifla t il entre ses dents. Jamais Fuers et Stacchi ne l’avaient vu aussi déterminé…

Les portes battantes s’ouvrirent soudain… Un brancard poussé par deux infirmiers sortait des boxs de réanimation. Kérouec tendit son cou pour vérifier si Claire respirait, mais ce n’était pas elle… le lit de réanimation portait une vieille femme pâle comme une morte. Des tuyaux semblaient s’échapper de tous ses orifices… Kérouec détourna son regard en serrant les poings…

Comment allait elle ?....

Comment allait il la découvrir ???

Un homme habillé d’un pyjama vert sortit presque en même temps. Son regard balaya le hall. Son badge rouge l’identifia tout de suite comme médecin. Ses yeux se portèrent ensuite sur De Partel. Il vint à leur rencontre. Yann Kérouec le regarda s’avancer comme si celui-ci progressait au ralenti. Comme si chaque mouvement était découpé. Il guettait la moindre expression dans le regard du médecin qui pourrait lui donner de l’espoir… Il ne vit rien… L’homme semblait tout aussi exténué que lui…

-« Monsieur De Partel ?... Euh… Commissaire De Partel ?... », lança t il en dévisageant les quatre hommes.

-« C’est moi !.... ces messieurs sont les collègues de mademoiselle Samson… Comment va-t-elle ??... », répondit De Partel.

Le médecin avait la quarantaine, les cheveux courts, poivre et sel, et une barbe naissante. Il semblait porter sur ses épaules les souffrances de ses patients et de leur famille. Eric Stacchi l’observa en se faisant la réflexion que le métier de leur interlocuteur devait parfois être encore plus difficile que le sien…Comment aborder les proches ?...les familles ?...

-«Bon… Messieurs….Je vais aller droit au but… Votre collègue à eu une chance extraordinaire… Je pense que la rapidité d’intervention des secours associée à ses capacités physiques lui permettra de se remettre rapidement… Attention !... je ne dis pas que l’accident dont a été victime l’officier Samson est anodin… Elle a inhalé une quantité importante d’eau… Son état respiratoire était très limite…Nous avons hésité à l’intuber à son arrivée… Cependant, ses capacités respiratoires s’améliorent doucement sous oxygénothérapie classique. Elle est endormie pour l’instant. Son éveil est encore difficile mais on ne peut plus parler de coma comme à son arrivée… je pense qu’avec un bon traitement antibiotique, une semaine d’hospitalisation et quelques examens elle devrait être sur pieds…. ».

Yann  Kérouec prit la parole…

-« Docteur…. Risque t elle des complications ???... des séquelles ?.... », demanda t il d’une voix mal assurée.

-« Sur le plan neurologique, il n’y a pas d’inquiétudes à vous faire. Son cerveau à souffert du manque d’oxygène, mais les secours ont pallié à cet état suffisamment rapidement pour évité tout dommage important… Rassurez vous… ».

-« Ok…. Est il possible de la voir…Même quelques instants !!... », ajouta t il.

L’homme en pyjama vert fronça les sourcils.

-« Hummm… Théoriquement non », répondit il sèchement.

-« ….Mais… Compte tenu de la situation je vous accorde quelques minutes… je vais demander à une infirmière de vous accompagner »…

 

                                     Claire Samson était toujours inconsciente. Son drap estampillé « Assistance Publique Hôpitaux de Paris », la couvrait à moitié. La blouse jaune de patient couvrait le reste de son corps. Son visage était tuméfié à l’endroit où Langeon l’avait frappé… La tubulure de la perfusion s’échappait de son bras pour regagner une poche de plastique contenant ce qui semblait être de l’eau.

Fuers et Stacchi étaient repartis enquêter auprès du couple d’américains qui avaient prévenu les secours… de Partel, lui était rentré se coucher.

L’infirmière amena une chaise à Kérouec…

-« Merci… ».

-« De rien », lui dit elle en ayant presque déjà tourné les talons.

Yann Kérouec s’assit près du lit médicalisé de Claire. Il souffla en observant le sol…. Redressa la tête et la contempla… Même mal en point et blessée il la trouvait belle…le médecin l’avait briefé sur les blessures… Rien de bien sérieux. Un hématome au visage et à la tempe qui mettrait une bonne semaine à régresser, et une blessure à la cuisse, un peu plus sévère mais qui n’avait pas atteint l’artère. Une dizaine de points de sutures avaient suffit, Quant à son poignet droit, le radius était cassé mais non déplacé…

Les lèvres de Kérouec tremblèrent…

-« Parait qu’il faut parler aux personnes inconscientes Claire… je sais pas si c’est vrai…. C’est pas facile…J’ai…Je… Je voulais juste te dire que j’ai eu très peur de te perdre… C’est tout…. », lui dit il doucement en lui caressant la main qu’il venait de prendre.

-« On l’aura Claire… Je te le promets… »…

 

                                                                   37

 

                                           Mardi…8h20…

Julie Bardaillan était partie depuis quelques minutes. Thomas appela ses parents qui résidaient à une dizaine de minutes de chez eux pour leur demander de garder les enfants le restant de la matinée afin qu’il puisse aller surveiller les abords du service où Julie suivait sa formation. Si Julie avait eu connaissance de ses projets, elle l’aurait probablement traité de parano, et se serait même inquiétée….

Une demi heure plus tard, Thomas s’engouffrait dans le métro parisien.

 

                                         Yann Kérouec avait passé la nuit au chevet de Claire, grâce à la gentillesse de l’infirmière présente. Les parents de Claire avaient été prévenus. Ils devaient monter de Juan les Pins et seraient là d’ici quelques heures. Il était resté en contact avec Fuers et Stacchi qui eux aussi avaient passé une nuit blanche. Les conclusions de la veille confirmaient les hypothèses de De Partel.

                                         Il était 8h45 lorsque Fuers et Stacchi retrouvèrent Kérouec devant l’entrée piéton de La Pitié. Kérouec leva son regard vers le ciel. Il faisait beau. Pour la première fois depuis des jours, le soleil réussissait enfin à s’imposer dans le ciel parisien. Quelques nuages se déchiraient sous le vent qui s’était levé.

Il était pâle, les traits tirés par le manque de sommeil. Ses cheveux en bataille étaient battus par le souffle du vent. Son regard était déterminé.

Fuers perçu cette apparente froideur, se détachement de l’environnement, chez son supérieur.

-« Yann… Tu vas bien ?... Et Claire ???.... Comment s’est passé sa nuit ?... », demanda t il sur le ton de l’inquiétude.

-« Elle va mieux… Elle est réveillée mais elle est faible…. Trêve de discours les gars, la meilleure chose à faire, c’est d’aller coincer ce pourri.. ! », lança t il tout en réajustant son arme de service et en vérifiant qu’il possédait des munitions en quantité suffisante. Il ne parla pas des larmes dans les yeux de Claire lorsque celle-ci s’était réveillée en fin de nuit. Il ne parla pas non plus de la peur qu’il avait lu dans ses yeux…

-« Fuers… Prend le volant… Stacchi, fais passer les gilets pare balles… Quelque chose me dit que l’on va en avoir besoin aujourd’hui. En route pour les urgences de Fortin !!!... Je suis persuadé que notre homme est dans les environs… », ajouta t il tout en allumant une cigarette.

Le break démarra rapidement. Fuers mit le gyrophare et la sirène pour se faufiler dans les méandres de la circulation parisienne.

 

                                                                      38

 

                                               Sa main s’arrêta sur les deux portes battantes du couloir qui donnait sur l’esplanade… Son corps se figea… Aux aguets… la première chose qu’il avait remarqué était la voiture. Un véhicule typiquement policier. Un break banalisé… Il les vit dans un deuxième temps. Ils étaient apparemment trois. Il ne se souvenait plus de deux d’entre eux mais il connaissait bien le troisième… C’est en le surveillant qu’il avait pu repérer sa jeune collègue et le chemin que celle-ci empruntait pour regagner la péniche sur laquelle elle vivait. Il ressentit un violent accès de frustration en repensant à cette femme qui lui avait échappée d’aussi peu. Il serra les poings…

Il devait faire cours dans trois minutes, mais il savait qu’il ne le ferait pas. La police était sur sa trace… Il avait été imprudent… Il avait péché par orgueil… Quelque chose lui échappait cependant… Il ne comprenait pas comment les flics pouvaient faire le lien aussi facilement avec lui…

-« Putain de flics…. », marmona t il tout en faisant volte face. Il fit demi tour rapidement et s’enfonça dans le couloir principal du bâtiment.

                                     

                                               Thomas ne le remarqua pas de suite. Il était allé se chercher un café à la cafétéria de l’hôpital et tentait de boire le liquide brûlant tout en surveillant les abords des urgences. Ce n’est que lorsque Langeon se détourna subitement dans le couloir que son attention fut attirée. Par ses yeux tout d’abord… d’un bleu profond… et froids comme l’acier… Puis, par ses mains… Thomas Bardaillan posa son café sur le rebord de fenêtre sur lequel il était accoudé. Cet homme était celui dont Julie lui avait parlé…. Il prolongea son regard au-delà des portes battantes et aperçu Kérouec et ses collègues devant les urgences. Il comprit alors qu’il fallait agir.

Langeon s’éloignait rapidement.

Deux solutions apparaissaient. Prévenir Kérouec au risque de perdre de vue Langeon, ou tenter de suivre celui-ci et prévenir la police par la suite. Sa décision ne supporterait pas de temps de réflexion. Thomas se mordit la joue dans un mélange de nervosité et d‘hésitation puis se lança sur les pas de Langeon.

                                       Il se revit un an et demi plus tôt lors de l’affaire Baur, alors qu’il suivait celui-ci avec Julie dans leur voiture. Il avait alors faillit y laisser sa vie.

-« Putain Thomas !!!... Qu’est ce que tu es parti à faire ??!!!.... », marmonna t il tout en sortant de l’hôpital.

Langeon marchait rapidement. Au bout d’une centaine de mètres, après avoir traversé les deux rues suivantes, il descendit dans le métro. Thomas hâta son pas et disparu lui aussi dans les entrailles du sous sol parisien. Langeon était nerveux. Il se retournait régulièrement. Thomas tentait de rester à bonne distance pour ne pas se faire repérer tout en gardant un œil sur sa proie. Langeon s’immobilisa en bout de quai. Thomas le dépassa et s’arrêta un peu plus loin. Il y avait du monde. Des cohortes de parisiens se pressaient pour regagner leur lieu de travail. Les feux de la rame de métro percèrent les ténèbres, puis, le bruit assourdissant des wagons entrant en gare prit le relais.

Thomas risqua un bref regard en direction de Langeon. Il vit celui-ci monter dans le wagon et l’imita sur l’autre entrée.

Langeon s’assit sur un des strapontins tournant le dos à Thomas. Le métro était bondé. Thomas se retrouva pour sa part, coincé entre une troupe de jeunes écoliers qui conversaient bruyamment et quelques étrangers, sacs au dos, et dont le français alourdi par un accent canadien très prononcé trahissait la provenance.

Langeon était imperturbable. Les stations défilaient. Après une bonne demi heure, un changement, et après une autre demi heure, Langeon se leva enfin et descendit à la station Anvers…

A SUIVRE...

Vendredi 4 septembre 2009

                                                                        32

 

                                     Julie Bardaillan avait appelé Thomas, vers 13h… Celui-ci était en train de ranger les restes du pique nique lorsque les vibrations de son portable attirèrent son attention.

                                     La voix de Julie au téléphone était « blanche ». Rapidement, Thomas comprit l’origine de cette angoisse.

                                     La formation avait été annulée pour toute la journée. Certaines personnes dans le groupe étaient des proches de Véronique Bazin. Le choc avait été rude. Lemours avait du faire appel à la Cellule d’Urgence Médico Psychologique de l’hôpital. Personne ne se sentait de recommencer les cours … En tout cas, pas aujourd’hui…

Julie avait retrouvé Thomas, et tous deux étaient allés se promener rue du Commerce. Elle avait acheté quelques vêtements pour Arthur et Clara, tentant ainsi de s’occuper l’esprit… Ses efforts avaient été vains. Un mélange des évènements présents et passés s’affrontait dans ses pensées… Pourquoi se trouvait elle encore mêlée à une aussi sordide affaire ?...Pourquoi elle ?...

Julie n’avait pas de réponse.

Elle ne voulait pas se faire entraîner dans de nouvelles péripéties. Thomas avait eu de la chance la dernière fois. Et Julie savait qu’il valait mieux éviter de trop provoquer la chance…

Et pourtant….

Quelque chose titillait son intellect… un quelque chose qu’elle ne parvenait pas à distinguer… Quelque chose qu’elle avait vu ou entendu dans la matinée…

                                     La soirée se passa sur le canapé, avec les enfants. Clara avait supplié pour regarder une série télévisée… Arthur, bon public, avait suivi, enthousiaste…

Vers 22h45, Julie et Thomas couchèrent les enfants et s’installèrent dans leur lit pour lire un peu avant de s’endormir. Thomas avait commencé le dernier Maxime Chattam. Julie ne comprenait pas comment il pouvait lire des romans aussi effrayants après avoir vécu des faits similaires, mais Thomas était un homme et la psychologie masculine lui échappait parfois comme elle aimait le rappeler à son mari.

                                    Julie, elle, avait bien essayé de lire un magasine, mais son esprit était ailleurs…

Ils éteignirent les lumières sur le coup des 01h du matin… Thomas s’endormit rapidement tenant Julie entre ses bras. Celle-ci était restée les yeux « plein phare » un bon moment… Puis elle avait sombré, elle aussi.

                                    03h15… Julie Bardaillan ouvrit soudainement les yeux dans l’obscurité. Sa respiration était saccadée, rapide. Son regard dans la pénombre traduisait tout l’étonnement et l’incrédulité qu’elle ressentait face aux pensées qui l’assaillaient. Elle resta un moment ainsi, à moitié assise, en appui sur le coude, la bouche entre-ouverte. Puis, reprenant ses esprits, sa respiration retrouva son rythme normal.

Julie savait désormais ce qui la tracassait dans sa matinée passée à Fortin…

 

                                                                            33

 

                                      Claire Samson posa son doigt sur l’interrupteur tout en retirant sa clef de la serrure. Mais rien ne se passa.

-« Merde !.... », jura t elle.

Claire connaissait bien son appartement flottant et savait que l’installation électrique avait comme désagréable habitude de faire sauter les plombs plus que de raison.

Elle ne fit pas immédiatement le lien avec la lumière allumée chez son voisin.

Elle se dirigea à tâtons vers le compteur électrique situé à l’avant.

Son bras droit se souleva sans qu’elle ne l’ait souhaité, tandis que son genou gauche se dérobait sous elle. La clef de bras pratiquée fut rapide, lui arrachant un cri de douleur et de surprise. Son corps se retrouva projeté en avant contre le mur. Celui-ci arrêta net l’élan de Claire, lui coupant la respiration. Son corps était fermement  plaqué contre la paroi. Un avant bras lui maintenait le visage contre le mur tandis qu’une main lui appuyait avec force et précision dans ses lombes, lui arrachant un gémissement.

Elle l’entendit alors pour la première fois. Une voix grave, sans vie, sans âme… Sans la moindre compassion…

C’était lui… Le tueur des « suppliciées »…

C’est Fuers qui avait trouvé ce surnom. Il était resté…

-« Alors Mlle Samson… On rentre seule ?... Ce n’est pas très prudent !... Surtout avec un petit cul comme le tien… », lui dit il sur un ton grivois à l’oreille.

Claire avait tous les sens en éveil. Les années de formation, d’entraînement revinrent… comme par miracle. Elle perçu immédiatement le petit relâchement dans l’étreinte de son agresseur tandis qu’il se penchait pour lui parler.

La main de celui-ci s’était déjà posée sur ses fesses… Elle n’eut pas le loisir d’aller plus loin. Claire avait réussi à dégager un de ses coudes. Dans un mouvement de recul très violent, celui-ci s’enfonça dans l’abdomen de l’homme plaqué contre elle.

La surprise tout autant que la douleur lui firent lâcher prise. Claire saisit sa chance immédiatement, malgré la peur… la décharge d’adrénaline dans tout son corps la galvanisait. Elle se dégagea rapidement dans l’obscurité et décocha un coup de pied rotatif qui atteignit François Langeon sur le côté droit de la cage thoracique. Le deuxième coup de pied porta à hauteur du genou de celui-ci, le forçant à se fléchir sous le coup de la douleur. Claire enchaîna au jugé avec une série de coups de poings au visage.

S’il n’y avait eu l’obscurité les coups auraient probablement portés, mettant Langeon hors d’état de nuire…

S’il n’y avait eu l’obscurité,François Langeon aurait pu voir le visage incrédule et rageur de Claire au moment où elle sentit son poing glisser sur son épaule…

Celui-ci bien que sonné par l’attaque de la jeune femme déplia son bras avec puissance dans un mouvement de balayage horizontal. Son poing, dur comme une masse heurta violemment l’arcade sourcilière et la tempe de Claire. Celle-ci fut presque mise KO tant la violence du coup était importante. Elle fut projetée sur la petite table en verre que lui avait offert Louis pour son anniversaire. Le plateau se rompît avec fracas. Claire ressentit une violente douleur dans la cuisse droite. Le verre avait entaillé le jean qu’elle portait à hauteur de la cuisse. Elle sentit rapidement, malgré l’obscurité le liquide chaud se répandre sur sa cuisse…

Elle tenta de se redresser, mais ses yeux ne percevaient que de petits éclats de lumière blanche… sa vue était trouble… Elle du se retenir à ce qu’elle perçu comme étant son canapé…La tête lui tournait… Elle avait envie de vomir…

Langeon s’était redressé… Il se tenait au dessus d’elle. Ses yeux étaient habitués à l’obscurité.

-« Il est temps d’en finir petite pute… Tu vas adorer ce que j’ai prévu pour toi… On prendra tout notre temps…. », lui dit il tandis qu’il armait son poing…

 

                                 Un spectre blanc balaya la pièce, révélant les silhouettes de Claire et de Langeon.

-« Hey !! Qui êtes vous ??... Claire !?... Qu’est ce qui se passe ?? », lança Louis De Fay, sur un ton qui se voulait dissuasif. Celui ci se tenait devant l’entrée, enveloppé dans un peignoir et tenait à la main une lampe torche.

Il n’eut pas le temps d’en rajouter. Le corps de Langeon s’était déplié rapidement. Celui-ci balaya l’air d’un coup de pied qui fit éclater les lèvres et la joue gauche de Louis.

L’impact passé, il se redressa, à demi conscient. Il sentit le flot de sang se répandre dans sa bouche et se mélanger aux dents déchaussées et cassées  qui lui avaient blessées les joues et la langue lors du choc. Une multitude de gouttelettes de sang avaient été projetées dans la pénombre.

Incapable de réagir, il laissa échapper sa lampe torche sur le sol. Le rayon de lumière balaya la pièce puis le plafond avant de se fixer sur le mur de droite.   

Il sentit deux bras enserrer violement son cou. Il ne put retenir le puissant mouvement rotatif. Le craquement de ses vertèbres cervicales et leur rupture fut le dernier son que son esprit put analyser. Un éclat de douleur lui traversa toute la colonne vertébrale… son corps s’affaissa sans un bruit.

Langeon pivota sur lui-même pour se retourner en direction de Claire, lorsque celle-ci s’élança, le coude en avant, en direction de la porte d’entrée.

Claire Samson avait très bien comprit qu’elle était inférieure à son agresseur en cas de confrontation physique directe. L’effet de surprise ne lui avait que très temporairement profité…

Son coude pris Langeon au niveau de l’épaule le faisant basculer sur le côté dans un geignement… Mue par un instinct primaire de survie, elle sauta par-dessus le corps de son ami Louis, gisant sur le sol tel un pantin désarticulé, et s’enfuie au dehors en heurtant violemment au passage le chambranle de la porte…

A l’extérieur, l’air était vif et la pluie avait reprit à nouveau…

La lueur des réverbères se reflétait sur les pavés mouillés et polis par le temps. Claire sentit l’air froid de la nuit envahir ses poumons tandis qu’elle essayait de maîtriser sa respiration. Le quai était désert. Quelques péniches étaient amarrées un peu plus loin, mais aucune ne semblait habitée. La grande majorité de celles ci servaient occasionnellement pour des salons ou comme salle de réception. Toutes les lumières étaient éteintes.

Claire s’élança le long du quai. Un rapide coup d’œil sur sa moto la dissuada de tenter de la prendre. Son agresseur ne lui en laisserait pas le temps… Un deuxième coup d’œil en arrière… Il était là… Dans l’encadrement de la porte s’élançant déjà à sa poursuite. Une bouffée de terreur la gagna. Elle revit les corps mutilés des jeunes femmes qu’ils avaient retrouvées. Claire hurla d’une voix rageuse et étranglée tout en accélérant en direction du passage la ramenant vers le boulevard et sa circulation. Ses foulées étaient rapides. Les heures de gymnastique, de piscine et de courses à pieds montraient leur bienfait. Claire progressait aussi vite que ses muscles le lui permettaient. L’intensité de la douleur dans sa cuisse blessée était insignifiante. Elle ne la ressentait plus. Elle ne fixait que le plan incliné lui permettant de s’échapper tout en accélérant son rythme. Sa poitrine lui faisait mal, ses poumons la brulaient.

Elle ne le voyait pas, mais elle le savait derrière elle… proche…

Claire allait atteindre la rampe lorsque sa cheville gauche partit sur le côté en pleine course, la déstabilisant. Elle perdit l’équilibre pour aller s’affaler de tout son long sur les pavés. Elle sentit un craquement dans son poignet droit lors de la réception. La douleur lui vrilla la main et gagna rapidement tout son bras. A nouveau, elle gémit de douleur.

Elle se retourna, le souffle court en direction de la rampe. Il était là. Son visage était partiellement caché par l’obscurité mais elle devinait son sourire de contentement. François Langeon bloquait l’accès à la rampe et s’avançait vers elle. Il avait rejoint Claire en fin de course et n’avait eu qu’à la déséquilibrer en lui faisant basculer le pied de sa main.

Claire regarda rapidement autour d’elle. Il n’y avait pas d’échappatoire. Elle se rua alors, en désespoir de cause, sur le ponton derrière elle, sautant maladroitement la barrière qui en interdisait l’accès et tenta de gagner la péniche amarrée un peu plus loin.

Elle allait s’engager sur la passerelle menant à celle-ci, lorsque deux mains la saisirent par les épaules et la firent basculer en arrière, l’envoyant à terre. Claire vit Langeon penché au dessus d’elle.

-« Tu es à moi maintenant… », lâcha t il, essoufflé.

Elle tenta de sa main valide de lui asséner un crochet qu’il évita. Il du pour cela la lâcher temporairement…

Malgré sa vision troublée par le coup reçu dans la tempe, Claire en profita, et enchaîna aussitôt. Elle se redressa légèrement en prenant appui sur son coude gauche et décocha un violent coup de pieds entre les jambes de Langeon.

Celui-ci s’effondra sur elle dans un grognement de douleur, tentant à la fois de la saisir et de protéger ses organes génitaux endoloris.

Claire se dégagea et tenta à nouveau de gagner la péniche amarrée.

François Langeon, malgré la douleur s’était redressé et reprenait sa charge. Il se saisit d’une gaffe sur le ponton et utilisa le crochet de celle-ci pour retenir Claire alors que celle-ci allait tenter de gagner l’échelle menant au pont supérieur. Celle-ci l’évita et gravit, en s’aidant de ses mains, les barreaux de l’échelle. Le pont supérieur était désert. Pas la moindre arme permettant à Claire de renverser la supériorité physique de son poursuivant. Elle se retourna et le vit armé de sa gaffe, se dirigeant lentement vers elle tout en verrouillant les possibilités pour elle de s’échapper à nouveau.

Claire réalisa qu’elle ne pouvait plus fuir. C’est alors qu’elle les remarqua… Elles étaient comme elle les avait imaginées… Son regard venait de se poser sur les mains déformées et parcourues de terribles cicatrices de son agresseur. Elle avait raison… depuis le début… Une bien maigre consolation en cet instant se dit elle. Elle recula contre le bastingage tout en scrutant les remous de la Seine dans l’obscurité. Il y avait environ cinq mètres de hauteur. L’eau en cette saison ne devait pas dépasser les huit ou dix degrés et elle savait les courants violents. Son œil droit était presque obstrué par l’hématome en formation et son poignet lui envoyait des décharges terriblement douloureuses.

Langeon l’observa pendant une ou deux secondes, le temps semblant suspendu.

-« Tu sais te battre ma jolie… Tu sais faire mal…Moi aussi…Tu verras… », dit il en resserrant l’espace le séparant de la jeune femme.

Claire Samson regarda machinalement le ciel. Des gouttes de pluies lui couvraient le visage. Tout autour d’eux, les lueurs blafardes des réverbères tentaient de gagner un peu de place sur l’obscurité. Elle enjamba alors rapidement la barrière la séparant du vide et s’élança à la rencontre de l’eau. Son corps recroquevillé heurta violemment la surface glacée des eaux de la Seine. Elle disparu dans les ténèbres en retenant sa respiration et tenta de s’éloigner de la zone où elle avait plongée.

Sur le pont, François Langeon était stupéfait. Passé un moment de flottement, il enfonça rapidement sa main dans son blouson et en ressortit l’arme qu’il gardait toujours avec lui. Celle-ci était équipée d’un silencieux. Langeon repéra rapidement le point d’entrée dans l’eau de Claire et vida son chargeur tout autour de l’endroit ou Claire avait disparue. Le silence ne fut que très légèrement troublé par les « plops » du silencieux alors que l’automatique vomissait la mort.

Sous l’eau, Claire était aveugle… sans repères dans les eaux sombres… Le froid forma rapidement un étau l’enveloppant tel un linceul. Les courants l’entrainaient vers le fond. Claire tenta désespérément de lutter mais ses blessures l’handicapaient. Malgré ses années de compétition nautique, elle sentait ses forces l’abandonner. Sa cage thoracique lui semblait être sur le point d’imploser. C’est alors que sa main creva enfin la surface de l’eau… elle était à environ trente ou quarante mètres de la péniche…mais les courants l’entrainaient à nouveau. Elle sentit ses jambes, puis ses bras s’engourdir… Elle était épuisée… Elle bu la tasse… une fois…puis deux… Elle eut une vision de la dernière victime, fugace…, puis de sa mère, absente lors de la remise de son insigne…, de Kérouec enfin… puis, ce fut le néant…

A SUIVRE...

Samedi 29 août 2009

                                                               Deuxième partie.

  

     

                                                                            29

 

                          Paula était au comble de l’excitation et de l’énervement. La crise d’angoisse ne se calmait pas. Sa respiration était haletante. Ses seins se soulevaient au rythme de ses inspirations, tendant encore un peu plus le caraco, déjà trop petit, qu’elle portait ce soir là. Son eye liner avait coulé, tant elle avait pleuré, lui dessinant des sillons grotesques sur le visage et faisant ressortir encore un peu plus le gloss qu’elle avait étalé à la hâte sur ses lèvres entre deux clients…les gyrophares de l’ambulance des pompiers lui faisaient mal aux yeux. La lumière, à l’intérieur, l’enveloppait d’un halot blafard. Cela faisait une demi heure qu’elle était là, ainsi, allongée sur le brancard, recouvert d’un drap de « l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris », à l’arrière du camion.

C’est Christina, avec qui elle partageait son studio et ses errances qui avait décidé d’appeler la police après l’avoir trouvée prostrée et en larmes devant le corps qu’elle venait de découvrir. Le client, lui, avait disparu dans la nuit, probablement pour échapper à une notoriété dont il se serait volontiers passé… Paula ne cessait de se signer tout en récitant des extraits de la Bible et en invoquant la Vierge… Le malaise était survenu ensuite. La police, devant son état avait jugé utile de prévenir la régulation des pompiers.

Paula avait d’abord cru à une mise en scène de quelques jeunes gens attirés par le phénomène gothique, mais elle avait rapidement réalisé que quelque chose n’allait pas lorsqu’elle s’était aperçue de l’absence de mains chez la victime. Le reste de ce qu’elle avait vu lui resterait à jamais en tête…

 

                               Claire Samson était arrivée sur les lieux depuis environ quinze minutes, lorsque Kérouec déboula. Fuers et Stacchi étaient également présents, de mêmes que deux voitures de police ainsi qu’une voiture banalisée de la BAC. Les pompiers se chargeaient de la malheureuse qui avait découvert le corps. L’équipe de l’identité judiciaire était en attente.

                                Les gyrophares perçaient de leurs lueurs les ténèbres, donnant aux arbres jouxtant l’allée une allure inquiétante. Sur le bas côté à proximité de l’ambulance des pompiers, d’autres travailleuses de la nuit étaient en pleine discussions, à force de cris et de grands gestes. Les policiers en tenue présents tentaient comme ils le pouvaient d’obtenir des déclarations sur ce que les témoins avaient pu voir. La difficulté étant d’avoir des témoins… la majorité des prostituées présentes étaient des travestis, originaire pour bon nombre d’Amérique Latine et dépourvus de papiers en règles ou de cartes de séjours. Autant dire qu’elles rechignaient à témoigner…

                                Yann Kérouec descendit rapidement du taxi qu’il avait pris pour rejoindre la scène de crime. Son regard se porta immédiatement sur Claire. Un regard timide qu’il n’avait pas d’ordinaire… presque confus. Claire sentit sa gêne, mais ne releva pas.

-« Stacchi… Comment a-t-elle été découverte… ? », lança Kérouec.

-« Salut Yann… Ben écoutez, c’est la pute dans l’ambulance qui est tombée dessus en entraînant un client dans les sous bois. Le mec s’est barré illico, vous pensez bien… Elle, elle a véritablement vu l’état de la victime. Elle a fait ensuite une sorte de crise d’angoisse et c’est sa copine qui a appelé police secours… », lui répondit le jeune homme.

-« C’est elle ? », enchaîna Kérouec en désignant Paula, installée en position demi assise sur le brancard de l’ambulance.

-« Oui… Enfin… C’est eux !... C’est un mec Yann !... l’illusion n’est pas vraiment trompeuse… ! », rajouta Stacchi avec un sourire.

-« J’avais remarqué… », lâcha Kérouec sur un ton presque irrité…

-« Occupez vous d’elle et de ce qu’elle a vu et fait… Ah !...Et…Eric…. Avant d’être un trav, un trans ou quoi que ce soit, c’est avant tout un être humain…Alors, vas y mollo… », compléta Kérouec avant de tourner les talons tout en demandant à Claire de venir avec lui…

Stacchi était jeune… Peu expérimenté… Les jugements de valeurs étaient faciles et rapides à faire… parfois trop… Kérouec se souvint des années passées aux mœurs. Les heures de planques dans une voiture garée à observer le ballet des prostituées et des voitures. Les identifications de souteneurs, les passages des dealers qui se pointaient, plus rapides qu’un livreur de pizza, pour dépanner untel ou unetelle en héro ou en crack. Il se souvînt également de ces filles qui se faisaient défoncer le visage pour un bout de trottoir volé à une consoeur. L’omerta était totale… Kérouec eu un flash et revit Lucia…Une des rares dont il n’ait pas oublié le prénom… dont il n’oublierait jamais le prénom. Celle-ci était originaire du Costa Rica… Elle avait commencé la drogue à douze ans…le trottoir à treize. Un dealer sur place lui avait fait miroiter l’Eldorado en Europe, et en avait fait une « mule »… Après deux voyages, elle avait arrêté et s’était établi en France, en fuyant le réseau qui l’avait utilisé, chose rare et gonflée pour une « fille » de la rue. Elle était des rares à être à son compte. Elle connaissait tout le monde. Kérouec l’avait embarqué bon nombre de fois. Une sorte d’amitié s’était installée. Un respect pourrait on dire… Kérouec l’avait plusieurs fois sortie de l’ornière… Elle en échange, n’hésitait pas à lui refiler discrètement quelques tuyaux… leur collaboration s’était poursuivie ainsi jusqu’à ce qu’elle l’appelle un soir, paniquée. Un membre de son ancien gang l’avait reconnu et lui avait promit de repasser avec d’autres et de la punir… Lucia était terrorisée… réellement… Kérouec était passé outre sa hiérarchie et avait décidé de partir la secourir avec son collègue de l’époque. Il était arrivé trop tard… Il l’avait retrouvé, dans une contre allée… On lui avait ouvert les joues des lèvres jusqu’aux oreilles. Son crâne n’était plus qu’une bouillie sanglante dont s’écoulait encore un mélange de sang et d’os brisés. On lui avait coupé les seins et enfoncé une bouteille dans le rectum que l’on avait prit soin de briser en lui administrant par la suite de très violents coups. Une telle barbarie avait profondément marqué Kérouec… Il n’avait pu que constater le décès… …Il avait décidé de quitter les mœurs ensuite… Mais il connaissait la misère de la vie de ces êtres qui tapinaient pour quelques dizaines d’euros….

-« Yann ?... A quoi penses tu ?... », lui demanda Claire tandis qu’ils s’engageait sur le petit bout de sentier, banalisé par les premiers flics qui étaient arrivés.

-« Humm…Rien Claire…Juste un flash de mes années passées aux mœurs… Ahh !...On arrive !! », enchaîna t il.

Claire repérait les lieux tout en progressant. Elle avait également fixé autant que possible les visages des personnes présentes aux alentours. Fuers de son côté avait emmené une mini caméra numérique afin de garder une trace de toutes les personnes présentes ce soir là…

Ce fut la lampe de Kérouec qui « l’accrocha » la première…

Elle était là… Comme les autres…

-« C’est lui …. Pas de doutes…. », laissa échapper Kérouec dans un souffle.

L’odeur de l’humus humide, mêlée à celle de moisi était entêtante dans le sous bois. La pente du sentier était glissante et les arbustes leurs griffaient leurs vêtements… Les caractéristiques de la victime étaient similaires aux autres… : Une  femme …Jeune…Plus de mains…des moignons marqués par des coups…une plaie monstrueuse lui ouvrant le ventre du périnée jusqu’au nombril, des ecchymoses un peu partout…Et toujours cette position de suppliciée… Une fois encore, il était évident que le corps avait été déplacé. Les traces de sang étaient peu nombreuses sur le sol autour de la victime.

                                  Kérouec et Samson restèrent ainsi une bonne heure à examiner la victime. Ils avaient été rejoint par l’équipe de l’identité judiciaire…le travail de fourmi des experts en indices était en marche… Laborieux…Méticuleux…

                                  Kérouec  décida qu’ils ne pouvaient rien faire de plus. Il quitta les lieux, non sans un regard en direction des « filles » qui travaillaient sur le boulevard. Il venait de fixer une réunion d’urgence…immédiate… au « 36 »…

 

                                                                                30

 

                                   Lundi… 8h45…

                                   La main se posa sur son visage sans qu’il ne la sente. Un doigt dessina ses traits jusque sur ses lèvres. Ce fut le chatouillis qui l’extirpa des bras de Morphée… Thomas bardaillan ouvrit les yeux soudainement, et vit Arthur, penché au dessus de son visage, sous l’œil goguenard de Clara. Il grogna tout en se tournant, puis s’étira…

-« Hummmmm…Quelle heure est il ??... », lança t il d’une voix encore ensommeillée.

-« Il est presque 9h Papa !!!... Tu as dit que tu nous emmenais au parc ce matin !!... », lui répondit Clara.

-« Hummm ah oui c’est vrai ….. ».

Thomas se redressa dans le lit, prit encore quelques instants afin que son regard s’habitue, avant de se lever…

                                    Le weekend avait été très agréable. Le samedi après midi s’était passé au Jardin d’Acclimatation, avec Julie et les enfants. Quant à la soirée, elle s’était poursuivie au cinéma pour voir les dernières aventures du héro de chez « Pixar ». Une journée rêvée pour les enfants en somme. Aujourd’hui, pour le premier véritable jour des vacances, Thomas avait promit le parc s’il faisait beau…Et il faisait beau !. Julie avait acheté tout ce qu’il fallait pour le pique nique. Les températures étaient encore fraîches, mais Arthur et Clara avaient tellement insisté qu’elle avait cédé, à condition qu’ils gardent leurs sweetshirt sans râler.

Julie, elle était repartie à Fortin pour ses deux derniers jours  de formation. Elle avait pris un petit déj succinct, une douche rapide, et s’était évanouie dans la lueur encore timide du soleil et l’air frais du matin.

                                   Thomas après s’être doucement réveillé entre un café et quelques tartines, se lança dans l’organisation de la journée….rythmée !...

 

                                    10h35… Julie Bardaillan était assise à côté de son collègue Manu, dans la salle de cours. L’exposé du matin était intéressant et la pause, courte. Manu et elle s’étaient tout de même pris un café tout en se racontant des nouvelles du service. La plupart des autres participants arrivaient eux aussi au compte goutte pour la deuxième partie de l’exposé. C’est alors que Julie la vit pour la première fois. Elle portait un blouson de moto, ses traits étaient fins, de la classe sans être guindée et une expression sur le visage qui l’inquiéta d’emblée. Et ce, d’autant plus que Patrice Lemours, le patron des urgences de Fortin, et Josette Legoff, la surveillante, étaient également présents et portaient le même air sur leur visage. Ce fut Patrice Lemours, qui prit la parole en premier, leur expliquant que le reste de la séance de ce matin était annulé et reporté au lendemain en élargissant le créneau horaire. Lemours était de ces hommes qui vont droit au but et qui n’aiment pas les préambules à rallonge. Il présenta rapidement Claire Samson, et leur expliqua la situation… : la police avait retrouvé dans la nuit de samedi à dimanche le corps de Véronique Bazin, dans le bois de Boulogne,  assassinée… Claire Samson avait demandé à Lemours de taire les similitudes entre ce meurtre et celui de Lucie Férand. Elle avait d’ailleurs occulté les détails les plus durs…

La rumeur d’effroi dans l’assistance se propagea avec une rapidité glaçante. Véronique Bazin était infirmière dans un autre hôpital que Fortin, mais cela faisait monter à deux le nombre de victimes en lien avec l’hôpital. Julie avait immédiatement compris que cela ne pouvait être une coïncidence…

Elle sorti avec les autres, accompagnée de Manu sur le perron des urgences. Celui ci alluma une cigarette tout en commandant un nouveau café.

Julie Bardaillan sentit ses jambes frêles comme du coton. Pour la première fois depuis presque huit ans, elle eut envie d’une cigarette, mais se ravisa. Tous les évènements de « l’affaire Baur » lui revinrent en tête, parasitant tout autre fonctionnement intellectuel.

-« Ca va Juju ??.... », lui demanda Manu qui avait remarqué le trouble soudain de sa collègue et la pâleur qui avait envahit son visage.

-« Oui Manu… T’inquiètes… C’est juste que cela ne me rappelle pas de bons souvenirs…. ».

-« Oui… Je me doute…. Mais Baur est bel et bien mort Julie… Tout ça est fini…. ».

                             Julie savait que Baur était mort… Elle ne le savait que trop bien… Le poids de l’arme se rappela à son souvenir, les éclairs de lumières, l’incrédulité de Baur lors du premier coup, puis son visage partiellement emporté par le troisième… Elle s’était effondrée ensuite. Kérouec, le flic chargé de l’enquête l’avait pris dans ses bras, malgré ses blessures, pour la calmer et l’avait rassuré jusqu’à ce que Thomas, blessé également ne les rejoignent… Alors, oui… Julie savait qu’elle avait tué un homme… qu’elle avait tué Philippe Baur…

                              Les discussions autour d’eux allaient bon train. L’officier de police Samson avait été rejointe par un de ses collègues, dont le visage n’était pas inconnu pour Julie, mais qu’elle ne remettait pas dans l’immédiat. Les deux officiers interrogeaient les différents participants à la formation.

 

                              Claire Samson était tendue ce matin… Pour la première fois depuis le début de l’enquête, un lien venait d’être fait entre deux victimes. Les deux, mêmes si elles ne se connaissaient pas et même si la dernière ne travaillait pas réellement à Fortin, avaient cet hôpital en commun. L’une pour y travailler, l’autre pour y suivre une formation.

La nouvelle la plus importante était tombée ce matin. Patrice Lemours avait confirmé à Claire que Lucie Férand et Véronique Bazin avaient toutes les deux suivi cette même formation… Le lien était devenu évident… Le tueur avait pêché par excès de confiance… La traque était ouverte…

C’est l’identification de Véronique Bazin qui avait précipité les choses. Son corps avait été découvert dans le Bois de Boulogne, dans les ruelles « chaudes » parcourues par les travestis et leurs clients. Là aussi, le lieu témoignait de l’excès de confiance du tueur…

Ce sont les parents de Véronique Bazin qui avaient donné l’alerte. Ils étaient passés tôt chez elle le dimanche matin pour lui amener des courses…leur manière à eux de la soutenir dans la vie quotidienne. L’absence de réponse les avait étonnés. Munis d’un double des clefs, le père de Véronique était entré. Il avait découvert les traces de lutte bien que peu nombreuses dans le salon. Mais c’est en découvrant les restes du chat qu’ils avaient compris que la situation était grave. L’alerte à la gendarmerie avait été rapide. La mère de Véronique proche de l’hystérie y avait fait un malaise. Puis était venue l’attente, les questions… Sur ses habitudes, ses fréquentations, son métier, sa vie intime… Des questions sources de douleurs pour les Bazin. Soulagement ou point d’orgue de leur accablement, la nouvelle était vite arrivée… Une jeune femme avait été retrouvée dans le bois de Boulogne. Certains signes physiques concordaient. Des inspecteurs de Paris étaient venus les chercher. On les avait emmenés à l’Institut Médico Légale. Kérouec, présent à ce moment là avait tenté d’aider les parents dans cette terrible épreuve consistant à identifier un corps. Il les avait prévenus des mutilations évidentes. Il avait tu dans l’immédiat le viol probable et l’acharnement sur l’abdomen de la jeune femme. Celle-ci était recouverte d’un drap qui permettait de dissimuler le bas de son corps…. Camille Bazin, la mère, n’avait pas eu besoin de plus… elle s’était à nouveau  effondrée à la vision du visage qu’elle avait tant chéri. Claude, le père avait du se retenir aux montants du brancard puis s’était violemment détourné en émettant un hurlement étranglé, mélange de rage et de douleur…

Yann Kérouec avait fait le lien avec son équipe très rapidement… les parents avaient dans leur réponses aux gendarmes mentionnés que Véronique était en formation à l’hôpital Fortin. Une simple confirmation auprès de ceux ci avait entériné la nouvelle…

Lorsque Claire Samson assistée d’Eric Stacchi reçurent Julie Bardaillan, le déclic se fit immédiatement pour Stacchi. Il revit Poulard entre ses bras dont la vie fuyait inexorablement le corps… L’annonce de l’identité de la femme assise en face de lui confirma qu’il ne rêvait pas. Julie comprit alors dans les yeux du jeune homme ce qui l’intriguait chez lui…

-« Madame Bardaillan ?... Julie Bardaillan ?... C’est bien vous ?? », lança t il presque timidement en posant sa main sur l’avant bras de Claire qui ne comprenait plus.

-« Oui… C’est bien moi… Vous étiez à Honfleur vous aussi c’est bien ça ??... Vous étiez avec l’officier Kérouec ??!!..... », lui répondit elle.

L’un et l’autre avaient tenté d’oublier cette funeste aventure… Stacchi avait eu du mal à la reconnaître d’emblée…et il en était de même pour Julie. Il faisait nuit ce jour là, les traits de julie étaient couverts de larmes et de terre… Stacchi lui-même, était sous le choc de ce qu’il venait de vivre… Son premier mort…, un collègue… et dans ses bras… alors la vision qu’ils avaient tous eu les uns des autres était forcément biaisée par toute cette tragédie.

-« Oui…. », répondit il doucement.

Claire Samson comprit enfin à ce moment là le lien unissant son collègue à cette femme qu’elle s’apprêtait à interroger.

Les consignes de Kérouec étaient claires. Poser des questions, mais ne pas laisser penser à l’éventuel tueur que l’on était sur sa trace. Claire et Stacchi avait donc omis les questions trop floues ou portant sur les caractéristiques physiques ou psychologiques non avérées de l’homme qu’ils traquaient. Ils avaient en revanche bien observés les différentes personnes présentes. A chaque entretien, le regard de Claire se posait sur les mains des personnes interrogées… Julie Bardaillan était la dernière à être entendue et rien n’était apparu pour l’instant. Claire Samson commençait presque à croire que tout ça n’était q’une coïncidence. Stacchi était troublé par ces retrouvailles avec Julie Bardaillan. Il était « à côté » dans ses questions et Claire l’avait perçu.

Elle connaissait bien l’affaire Baur… les nouvelles et leur interprétation se faisaient tout aussi rapidement dans la police qu’ailleurs. Elle étudiait Julie de son regard perçant. Julie Bardaillan lui donna l’image d’une femme forte et fragile à la fois… capable de soulever des montagnes pour les siens…l’entretien lui confirma cette impression de force. Julie Bardaillan était quelqu’un de professionnel dans son job, habituée à gérer des situations délicates et plutôt téméraire de tempérament…

Après une vingtaine de minutes d’entretien, Claire du se résoudre à reconnaître qu’elle n’avait aucune piste tangible… Et pourtant… La solution n’était pas loin… Elle en était convaincue…

Stacchi s’était absenté pour aller voir Lemours afin d’avoir la liste de tous les intervenants ayant participé à la formation…

Claire se leva pour quitter Julie Bardaillan. Elle la remercia d’une poignée de main amicale. Au moment de franchir la porte, Elle lui lança :

-« Julie !... Juste avant de vous laisser… Y a-t-il quelqu’un parmi les participants à cette formation qui ait des cicatrices sur les mains ? »…

Julie marqua un temps d’arrêt en réfléchissant.

-« Euhh… Non…Pas à ma connaissance… mais je n’ai pas forcément fait attention… », lui répondit elle.

Claire lui sourit et les deux femmes se séparèrent.

Au dehors, les nuages avaient à nouveau envahis le ciel… la pluie avait repris…

 

                                                                                  31

 

                                      21h45…

                                      Claire Samson et Stacchi étaient rentrés en fin de matinée au « 36 ». Là, ils avaient mis à plat les différentes informations recueillies avec Kérouec et Fuers. Les premiers résultats du labo étaient tombés confirmant les sévices infligés à Véronique Bazin. Le plus terrible était que ceux-ci lui avaient été administrés alors qu’elle était encore vivante. Les interrogatoires à l’hôpital Fortin n’avaient rien montrés de concret. La présence sur les lieux de Julie Bardaillan avait néanmoins remué Yann Kérouec, même s’il ne la soupçonnait bien évidemment pas… le reste de l’après midi avait été calme. L’équipe devait rencontrer le lendemain le reste des intervenants absents ce jour là.

                                       Claire enfila son casque après avoir mis le contact de sa moto. Le moteur ronflait doucement dans la cour du « 36 ». Elle enfila ses gants tout en regardant le ciel. La nuit était tombée, la pluie s’était arrêtée mais le sol restait humide. Claire jura à voix basse, maudissant les aléas climatiques.

Elle repensa, tout en franchissant la barrière règlementant l’accès au « 36 », à l’attitude de Kérouec. Celui-ci n’avait pas eu d’attention ou de mot particulier à son égard… Elle-même n’avait pas provoqué le moindre échange… l’attirance était présente mais l’enquête phagocytait leur relation naissante. Elle sourit à l’idée d’imaginer cela comme une relation…

La moto traversa rapidement une part de la capitale pour rejoindre le pont Bir Hakeim. Claire Samson y louait à un ami de son frère la moitié d’une péniche. L’autre moitié était occupée par Louis, dont le voisinage lui était agréable. Celui-ci, était issu d’une branche de la noblesse parisienne, mais il vivait en marge de celle-ci. Son homosexualité avait été mal perçue dans son milieu. Il avait donc prit ses distances et s’était installé sur les quais où son don créatif s’épanouissait au travers de ses sculptures. Sa rencontre avec Claire l’avait comblé. La jeune femme et lui s’étaient d’emblée entendus. L’opportunité de cette location bon marché était une chance pour Claire. Pour rien au monde elle n’aurait troqué sa « demi péniche » se plaisait elle à dire…

Elle mit environ quinze minutes pour regagner le quai n°3 sur lequel elle résidait. Celui-ci était désert. L’éclairage, discret. Les lumières chez Louis étaient allumées. Elle sourit tout en imaginant celui-ci en train de sculpter le corps d’un bel éphèbe… la moto s’immobilisa à proximité de la barrière donnant accès au ponton de monter à bord de l’embarcation. Claire ôta son casque qu’elle posa sur une des branches du guidon puis mis en place la chaîne sur la roue arrière. Elle farfouilla dans son sac à dos pour trouver ses clefs…

Une fourgonnette grise était garée une vingtaine de mètres plus loin, tous phares éteints…

A SUIVRE...

Jeudi 20 août 2009

La porte donnant sur le cellier s’était ouverte sans bruit. Véronique Bazin s’arracha à son entreprise de libération et tourna difficilement son visage vers le bas de l’escalier, comme alertée par l’imminence d’un danger. Langeon était là. Il la regardait d’un air amusé.

-« Tu n’aurais pas du sortir ta main ma chérie…Tu aurais pu l’abîmer… mais ne t’inquiètes pas, je vais en prendre grand soin… », enchaîna t il avec une lueur de convoitise dans le regard.

Véronique leva de sa main tremblante et meurtrie la lame en direction de son ravisseur. Langeon sourit.

Ce fut la dernière fois qu’elle s’en servit…. 

 

                                                               26

 

                                  Vendredi… 6h10…

                                  La machine à café émit un léger ronronnement tandis que le nectar s’écoulait doucement dans la tasse que Thomas avait placé. Une odeur de café et de torréfaction emplirent l’espace de la cuisine. Thomas était encore ensommeillé… il caressait machinalement son épaule, effleurant sa cicatrice... Après avoir englouti un jus de fruit et quelques biscuits, il se dirigea vers le salon et s’affala dans le canapé pour suivre les informations. Passé la page météo toute aussi déprimante que celles des jours passés, le journal aborda la série de grèves qui pourrissaient la vie du gouvernement, la guerre en Afghanistan qui s’enlisait avec un nouvel envoi de troupes, la mort des suites d’une longue maladie d’une chanteuse à succès….etc….Aucunes allusions à ce qui semblait être le meurtre d’une infirmière de l’hôpital Fortin. Thomas était en mode pause comme il aimait le dire. C'est-à-dire éveillé, mais pas encore présent. Il soufflait doucement sur son café tout en plaquant la tasse chaude contre son ventre par-dessus son teeshirt… un léger frisson le parcouru. Les températures étaient encore fraîches et l’humidité ambiante des derniers jours ne faisait que renforcer cette impression. C’était sa dernière journée de travail. Le soir, il serait en vacances. Julie, elle, travaillait encore une semaine. La deuxième semaine serait en commun…Elle était partie ce matin là un peu plus tôt pour passer dans son service donner des cartons à une collègue en plein déménagement, avant d’aller à Fortin. Clara et Arthur, eux, étaient encore couchés…

Thomas prit une petite demi heure pour sa toilette et se dirigea ensuite dans les chambres des enfants pour sonner le rassemblement.

-« Aller les minus !!! Debout !!!....C’est l’heure ». Une caresse à Arthur, perché en haut de sa mezzanine toute neuve, un baiser à Clara dont les yeux papillonnaient de sommeil, et il se dirigea à nouveau vers la cuisine pour préparer le petit déjeuner des enfants.

Ce fut Arthur qui déboula le premier en chantant que les vacances approchaient….

-« Oulahhh !! On va se calmer jeune homme !!!...Il est 7h10 !! Les voisins dorment encore eux !!! », lui lança Thomas. Clara arriva dans la foulées préoccupée par les sorties au parc envisagées avec ses copines.

Son regard les enveloppa… Ils grandissaient…vite… la vie passait vite…Il fallait en profiter…Ne perdre aucun des moments passé auprès d’eux…

                                 8h15… Thomas et les enfants partirent pour l’école.

                                 Il était 8h50 lorsque Thomas franchit la grille de l’école…la sienne…Celle où il enseignait…

                                  Le programme de la journée ne l’enthousiasmait guère… Il devait corriger un tas de copies qu’il avait rechigné à attaquer jusqu’alors, habitué qu’il était de la dernière minute… c’était son mode de fonctionnement…Le travail dans l’urgence. Il attaqua après avoir pris un café en compagnie d’Eric, assis sur le muret situé à côté de l’entrée de l’école. La valse des bonjours et des sourires au fur et à mesure que les étudiants arrivaient allait bon train.

La matinée fut calme. Thomas s’était enfermé dans son univers musical. Les écouteurs du Ipod dans les oreilles, il se laissait entraîner par les refrains tout en corrigeant ses copies.

Il arrêta aux alentours de midi, le ventre tenaillé par la faim. Le bilan était plutôt bon côté résultats d’examens… Une majorité tendaient vraisemblablement vers la moyenne et au dessus. Thomas avait cependant noté les quelques « perles » qui pouvaient se retrouver dans les copies. Un étudiant avait notamment placé le canal séminal au niveau du schéma de l’oreille… Position relativement incongrue qui l’avait bien fait rire… les autres perles étaient constituées de fautes d’orthographe, d’écriture sms, et d’autres coquilles de ce genre…

Thomas fila rapidement s’acheter une boite de sushis chez le traiteur asiatique, voisin de l’école, et regagna la salle de détente où lui et ses collègues prenaient leur repas… La salle était quasi comble… Eric était là, accompagné de Nathalie, Paula, Ghislaine et les autres… la discussion portait sur les mises en situations professionnelles… ces évaluations que devait subir les étudiants infirmiers au cours de leurs stages… Ghislaine était en train d’exposer sa dernière entrevue avec une étudiante. Les remarques qu’elle en tirait étaient comme à l’habitude… métaphysique !!!... Thomas s’assit en face d’Eric qui leva les yeux au ciel, comme pour implorer le silence de Ghislaine. Celle-ci était lancée dans son monologue… Thomas la regarda pensivement tout en dégustant l’assortiment de sashimis, sushis et makis qu’il s’était acheté…

Ghislaine Nuche devait avoir quarante, quarante cinq ans… Guère plus. Elle n’était ni attirante, ni laide. Le genre de personne passe partout. Ses lunettes à monture noire posées en équilibre sur le nez, associées avec une tenue vestimentaire quotidiennement composée d’un tailleur strict lui donnait un air d’institutrice. A la réflexion, Thomas se dit qu’il ne l’avait jamais vu en pantalon. Son style était d’un classicisme parfait. Thomas se mit à sourire lorsqu’il la vit passer ses doigts dans ses cheveux bruns en entortillant une de ses mèches. Ghislaine avait de nombreux tics, notamment celui de se lisser les cheveux de cette manière ce qui ne cessait de l’amuser ainsi qu’Eric et d’autres collègues. Thomas repensa également aux quelques fois où il l’avait surprise en train de se parler à elle-même dans les quelques miroirs que l’on trouvait dans les bureaux… Ghislaine Nuche était un être à part… Décalée sur le terrain et immédiatement repérée par les nouveaux étudiants…

Après dix bonnes minutes passées à l’écouter énoncer toutes les idées saugrenues dont elle était capable, Thomas et Paula entamèrent la conversation sur les programmes télé diffusés la veille au soir… la pause déjeuner se poursuivie encore une bonne demi heure, puis Thomas regagna son bureau et se remit au travail tout en écoutant « Once I was »… Un vieux standard de Tim Buckley…

 

                                                                 27

 

                                              La journée de Julie avait commencée relativement tôt. Elle avait fait un détour par son hôpital, et était passée dans son service d’urgences… « Monseigneur », un habitué des lieux que l’équipe avait pris en affection était en train de ranger, devant la porte de la douche, ses affaires dans l’un des nombreux sacs qu’il portait tout au long de ses journées de sans domicile fixe. A l’intérieur du premier box, Marie, sa collègue était aux prises avec un monsieur dont la corpulence était impressionnante. Celui-ci, le teint jaune citrin, l’abdomen gonflé, tendu comme une outre et parsemé de veines superficielles, trahissait avec une quasi certitude un problème d’ascite… Julie lui adressa un clin d’œil tout en lui montrant le tas de cartons qu’elle portait sous son bras…

-« Marie !! », chuchota t elle.

-« je te mets les cartons pour Inès dans l’office alimentaire..ok ? »

-« Ok Julie !...Tu ne devais pas aller à Fortin aujourd’hui pour ta formation ?? », lui répondit Marie.

-« Si si !!...D’ailleurs, je ne suis pas en avance… tchao… et bon courage… », lui lança t elle, avec un sourire entendu tout en refermant les portes à soufflet du box.

 

                                                  Lorsque Julie Bardaillan franchit l’enceinte de l’Hôpital Fortin, la pluie venait de reprendre. Le ciel tourmenté s’était progressivement obscurci. La journée s’annonçait une fois de plus relativement morose sur le plan de la météo. Après avoir garé la voiture sur un des emplacements de médecin, toutes les autres étant déjà pris, Julie se hâta de gagner le porche des urgences. Manu apparu alors dans l’encadrement… un café à la main, la cigarette dans l’autre.

-« Salut Juju !!... », lui adressa t il avec toute sa bonhommie et sa gouaille.

Julie regarda sa montre…8h40…Elle avait finalement rattrapé son retard et était même en avance.

-« Salut Manu !!!..Ben alors ! Tu es tombé du lit ce matin ?? », lui dit elle avec un sourire gentiment moqueur.

-« Mouai… Panne d’électricité à la maison !!... pas de cafetière, pas de grille pain !!... Ca m’a gonflé !!... Du coup je suis parti plus tôt !!...Et j’ai ramené des croissants et du café… tu peux y aller, il en reste pleins… ».

-« Humm… Ca tombe bien j’ai encore un petit creux ce matin… », lui répondit elle en lui rendant sa bise.

-« Qu’a-t-on comme cours aujourd’hui ?? », lui demanda t elle.

Manu leva son regard pensif puis ajouta :

-« c’est Langeon !...Le mec de l’ONG…Il va nous présenter les liaisons logistiques et politiques… ».

-« Ok… je vais me prendre un café, un croissant et je te rejoins », lui répondit elle avec un clin d’œil.

Sur ce, elle pénétra dans le hall d’accueil des urgences.

 

                                                                   28

 

                                           Samedi… 22h45…

                                           Yann Kérouec détaillait de ses yeux fatigués depuis un long moment déjà les allers et venues au zinc du « Physalis »… Quelques jeunes, des personnes seules, quelques étrangers se retrouvant pour jouer aux dames et échanger des nouvelles du « Bled », quelques couples s’enlaçant et échangeant de fougueux baisers, grisés par l’alcool…

Il songea à sa vie sentimentale…au départ de sa femme, usée…à sa fille qu’il voyait occasionnellement… depuis combien de temps n’avait il pas rencontré quelqu’un avec qui partager autre chose qu’une nuit de sexe, avec qui construire autre chose que mettre un pansement sur deux solitudes… Bien longtemps… Il songea à Claire… La jeune femme occupait de plus en plus ses pensées… Elle était bien plus jeune que lui… cela le dérangeait un peu. Il ne voulait pas qu’on le voit comme ces « vieux beaux » qui appâtent les minettes en mal de maturité… mais une chose était sure, Claire Samson n’était pas de celles là… Elle avait du caractère, une présence, et la tête bien sur les épaules. D’abord réticent à l’annonce de De Partel, Kérouec avait rapidement été conquis par la jeune femme… Il ne s’en rendit pas compte, mais son visage en pensant à elle avait changé d’expression…en mieux.

-« Si tu me voyais Jean Louis… Pitoyable !! » pensa t il… .. « Et…amoureux… comme un môme !!! », lui aurait rétorqué Poulard, en riant de bon coeur…

Ses pensées revinrent à l’enquête en cours en même temps que le troisième café se présentait sur le comptoir… ils avaient fait chou blanc… Les informations s’étaient révélées erronées. Jérome Vortec avait été laissé libre, avec obligation de rester à disposition des services de Police. Kérouec savait qu’il n’était pas coupable. Il ne pouvait tout simplement pas réaliser les actes qu’avait commis le tueur. Vortec était un pauvre type, malade et vicieux. Cependant, la vie lui avait fait payer ses turpitudes bien plus sévèrement que l’administration pénitentiaire. Son handicap physique était beaucoup trop important… cela faisait maintenant presque quarante huit heures que l’opération avait été réalisée… aucune nouvelle n’était venue faire progresser l’enquête.

Le bilan était de deux femmes mortes, violées et martyrisées par un même individu… le responsable était dans l’ombre. Peut être en train de préparer une nouvelle agression ou pire… de la réaliser. Si on ne pouvait pas véritablement encore parler de meurtres en séries, Kérouec ne se leurrait pas sur l’inéluctabilité d’une récidive de ce meurtrier… Son avis, une fois de plus, avait été conforté par les hypothèses de Claire…les victimes n’avaient pas de points communs… L’une, hôtesse d’accueil, l’autre, infirmière…des lieux d’habitation différents…pas de passé judiciaire pour l’une ou l’autre si ce n’était quelques procès verbaux pour infraction au stationnement… … En somme : nada !! Kérouec souffla doucement, agacé par la situation.

-« La caféine n’est pas bonne à forte dose Yann !!.. », entendit Kérouec alors qu’il portait la tasse à ses lèvres.

Tout d’abord interloqué, il se retourna sur son siège en manquant d’avaler sa gorgée de travers.

Elle se tenait là, devant lui… Ses cheveux d’un noir ébène tombaient sur ses épaules, renforcées par l’épaisseur du blouson de moto. Celui-ci était ouvert sur un chemisier blanc dont le décolleté laissait deviner la sensualité de ses formes.

Claire Samson déposa son casque jet sur le comptoir en lui souriant.

-« Claire !!?... » lui adressa t il en tentant de camoufler le trouble ressenti.

-« Mais que foutez vous là ??... Comment m’avez-vous trouvé ?... ».

Claire Samson sourit à nouveau.

-« J’étais au « 36 », avec les autres… Fuers est rentré chez lui et Stacchi tentait toujours, au moment où je suis partie, de retrouver une trace de matériel militaire volé qui pourrait expliquer la présence de lunettes de vision nocturne entre les mains de notre tueur. C’est Stacchi qui m’a dit que vous aviez vos habitudes ici avec votre ancien coéquipier… Alors, j’ai tenté ma chance !... Il s’appelait Poulard, c’est ça ? ».

-« Jean Louis Poulard, Claire… », répondit Kérouec, partagé entre la surprise de sa présence et les souvenirs surgissant à la simple évocation du nom de son ami disparu.

-« C’était un invétéré coureur de jupons… Un marseillais… Un flic comme on en fait plus… Mais il était avant tout mon ami… ».

-« Oui…Je sais », lui répondit elle, consciente d’avoir touché une faille chez son supérieur.

-« Je sais qu’il est mort il y a peu de temps, en service, à vos côtés…Fuers et Stacchi m’ont briefés…je sais que vous avez tous traversé de durs moments….. », ajouta t elle à voix basse.

-« Oui… », répondit kérouec, visiblement touché.

-« Mais bon !, Jean Louis n’aurait pas aimé que l’on parle de lui aussi tristement… Parlons d’autres choses Claire !! Plus gaies !!!...Vous avez un peu de temps ? ».

-« Je commence à adopter votre rythme Yann !! », lui dit elle en riant.

-« Alors venez !!... Allons nous installer dans les fauteuils, on sera mieux assis!... », lui dit il en lui prenant son casque.

-« René !!!... Deux cafés !, dont un Viennois !! », lança t il à l’adresse du patron après avoir demandé à Claire ce qu’elle souhaitait boire…

La conversation se fit sur un ton beaucoup plus léger. Yann Kérouec se sentait bien. La complicité de leurs échanges et les sourires de Claire renforçaient ce sentiment.

Ils parlèrent motos…voyages…. Musique… A aucun moment ils n’abordèrent l’affaire en cours et leur métier de policiers… comme pour faire une trêve dans un quotidien omniprésent.

Claire Samson, tout en discutant le détaillait… Yann Kérouec avait quarante sept ans, mais ne les paraissait pas. Ses cheveux courts, poivre et sel, se dégarnissait légèrement sur les tempes. Ses traits étaient marqués par des années de veilles et par la fatigue, mais son visage était harmonieux. Ses yeux gris pouvaient vous transpercer et vous mettre à nu avec une intensité qui la troublait. Sans être démesurément musclé, il avait une carrure agréable au regard…

Kérouec voulu allumer une cigarette… Un geste machinal qu’il réalisait depuis si longtemps qu’il aurait pu le considérer comme inné… Le regard de Claire, gentiment désapprobateur, le fit sourire.

-« Oui… Je sais… », lui dit il. Il se figea un instant, puis écrasa la cigarette dont le bout brillait d’incandescence…encore intacte…

Claire le regarda avec un air interrogateur.

-« Une bonne résolution Yann ???... ».

-« Oui Claire… J’ai pas envie ce soir… je crois qu’il est temps que je lâche un peu cette « maîtresse »… Enfin, que j’essaye en tout cas… ».

-« Oulahh !!! » lança Claire un grand sourire aux lèvres.

-« Je vous paye la prochaine conso : un Earl Grey sans modération !!... » ajouta t elle en riant.

Kérouec ne put se retenir et se mit à rire lui aussi… Il ne la quittait plus des yeux. Son sourire dévoilait des dents blanches rehaussées de lèvres fines, joliment dessinées… terriblement attirantes. Il la désirait. Pas de ce désir purement lié à l’acte sexuel. Il la désirait véritablement pour ce qu’elle était, pour les sentiments qu’elle éveillait en lui depuis qu’il l’avait rencontré.

Leurs genoux se frôlaient, leurs mains se rencontraient parfois. A chaque rencontre Kérouec ressentait comme une décharge électrique… Claire, de son côté, également…

Leur discussion s’éternisa jusqu’à ce que René, le patron, ne vienne les voir sur le coup des 1h00 pour leur signifier qu’il souhaitait aller se coucher…

-« Vous êtes en voiture ?! Yann », lui demanda Claire.

Kérouec la regarda… Elle avait posé la question avec un ait faussement distant. Il l’avait perçu. Et elle le savait. Kérouec leva les yeux au ciel comme s’il réfléchissait avec une attitude humoristique appuyée qui la fit sourire.

Il n’eut pas le temps de lui répondre. Son téléphone portable se mit à vibrer tout en sonnant. C’était le mode d’alerte tel qu’il l’avait paramétré.

Claire fut aussi surprise que lui.

-« Merde…. Qu’est ce que c’est que ça encore ??;… On ne peut jamais être tranquille deux minutes… », rugit Kérouec visiblement contrarié.

Claire Samson, lui saisit la main avec tendresse… Son geste la surprit presque plus encore que Kérouec. Le pourpre gagna ses joues.

-« C’est notre job Yann…Ce n’est pas grave… Ne t’inquiètes pas…. ».

Le tutoiement était venu spontanément.

Kérouec n’eut pas le loisir d’ajouter quoi que ce soit. Il venait de décrocher.

-« Kérouec…J’écoute…. », dit il tout en fixant Claire du regard.

-« Yann ?.... C’est Eric…Stacchi… », lui répondit le jeune officier avec une voix blanche.

-« Stacchi…Que se passe t il ???... », lança Kérouec avec appréhension. Il savait que ses hommes ne le dérangeraient pas à une heure aussi tardive s’ils n’avaient pas une information véritablement importante à lui transmettre.

-« On en a une autre Yann…. Une troisième… ».

Le visage de Kérouec s’était complètement fermé. Claire n’eut pas besoin d’explications. Elle venait de comprendre en le regardant.

-« Où ca ??... Dans un bois encore ??... », demanda t il ?.

-« Si on veut Yann… », lui rétorqua Stacchi.

-« Notre tueur s’enhardit Yann… Il l’a abandonné dans Paris… Au bois de Boulogne… ».

En quelques minutes, Kérouec avait noté les coordonnées de l’endroit où avait été découvert le corps. Il connaissait bien le Bois… Les années aux « Mœurs » l’avaient de nombreuses fois amené à y enquêter…

-« Claire…Je… Je suis désolé… C’était une soirée très agréable…Je… ».

Claire Samson ne lui laissa pas finir sa phrase.

-« Pour moi aussi Yann… Pour moi aussi… Je pense qu’il vaut mieux que l’on arrive séparément… je ne voudrais pas que l’on s’imagine quoi que ce soit… Tu…Tu comprends ?... », lui dit elle sur un ton gêné.

-« Ok…Je vais prendre un taxi et je file… On se retrouve sur place… », lui répondit il.

Ils échangèrent un dernier regard, mélange de regret et d’attente…

Kérouec suivit du regard la jeune femme enfourcher sa moto, enfiler son casque et ses gants, lancer le moteur… Puis il la vit disparaître dans les ténèbres tous justes troués par les lueurs des réverbères…

Cinq minutes plus tard, il grimpait dans un taxi, et suivait le même chemin que sa coéquipière.

A SUIVRE...

Jeudi 13 août 2009
Bonjour à tous !!
... Pour les fidèles, le temps a du être un peu long. Voilà en tout cas la suite des aventures de Thomas, Julie, Kérouec, et des autres. deux autres épisodes sont déjà écrits. le rythme s'accélère.
A+



Les préparatifs furent rondement menés… Claire Samson les avaient rejoint à peine quelques minutes après qu’ils aient commencé le briefing.

L’intervention devait être rapide et en même temps assurer un maximum de sécurité pour les intervenants. Langman avait mobilisé huit hommes. Ceux-ci avaient été mis en alerte dès que celui-ci avait reçu le coup de fil de Kérouec.

Il était 4h25 lorsque le groupe se mit en branle. Kérouec récupéra des gilets pare balles ainsi que des brassards. Tous avaient vérifié leur arme de poing. Stacchi et Fuers se chargèrent d’aller chercher une voiture banalisée.

Dans la cour d’honneur du « 36 », deux monospaces attendaient, moteurs en route. A bord, huit policiers vêtus de noir terminaient de se préparer en enfilant des cagoules, gilets et en ajustant leurs armes… Langman sortit du bâtiment principal suivi de Kérouec et Samson, les visages fermés. Au même instant, Fuers et Stacchi pénétraient dans l’enceinte…

A 4h32, les trois véhicules plongés dans l’obscurité quittaient sans un bruit le siège de la Police…

 

                                                                              22

 

                                               Il avait fallu une petite demi-heure à la camionnette pour récupérer l’autoroute et réaliser le trajet retour. Celle-ci s’était immobilisée ensuite dans le garage attenant au pavillon qu’il occupait depuis son retour d’Afghanistan… Il l’avait choisit selon ses critères. Il s’était bien évidemment gardé de les exposer au vendeur de l’agence immobilière. L’ensemble était agréable et confortable. L’agencement des pièces lui avait tout de suite plu. Et chose importante à ses yeux, le garage était clos, spacieux, et le cellier présent sous la maison permettait d’aménager une pièce supplémentaire. Enfin, le pavillon était relativement isolé des autres maisons du secteur tout en restant proche de la voie rapide…

François Langeon avait aisément porté le corps inerte de Véronique bazin, simplement recouvert d’une vieille couverture qu’il gardait dans la camionnette et avec laquelle il avait enveloppé ses autres victimes. Il avait prit soin de refermer le battant du garage afin d’éviter les regards indiscrets. Après avoir descendu les marches le menant au cellier, il avait installé la jeune femme au sol, sur le ventre et lui avait attaché les mains et les pieds avec des liens de plastique qu’il avait encore une fois récupéré lors de son séjour Afghan. Un second lien joignait les mains et les pieds de la jeune femme l’empêchant d’étendre ses membres.

Il était ensuite remonté au niveau de l’espace de vie de la maison, et était allé se préparer un café dans la cuisine en sifflotant le refrain d’une chanson de Téléphone…

Il s’était adossé près de la fenêtre de la cuisine et regardait les quelques lumières du voisinage qui transperçaient l’obscurité de la nuit. Il paraissait serein et détendu, humant les vapeurs du café qu’il tenait entre ses mains auxquelles les cicatrices donnaient un aspect parcheminé. Sa main droite le faisait souffrir. L’humidité ambiante de ses derniers jours n’arrangeait rien… Il regarda sa main tout en fermant et ouvrant le poing. Il repensa aux mains de la jeune femme ligoté un étage plus bas. Véronique Bazin était plutôt jolie, mais sans être un canon de beauté. L’assurance qu’elle avait affiché au cours des interventions lors de la première journée de formation, l’avaient agacé. En revanche elle possédait des mains magnifiques qui l’avaient troublé dès le premier regard. Sa prestance et son aplomb lui rappelaient ceux de sa mère lorsque celle-ci lui faisait la morale après l’avoir martyrisé. Celle-ci n’était plus…Il était devenu le maître de sa vie…et de celle de ses victimes…

Encore une fois, les mains de la jeune femme lui apparurent… La tension montait dans son corps…il se sentit en érection…Il la voulait…maintenant…Et il les prendrait ensuite…

Il avala la dernière gorgée de son café, récupéra le couteau de boucher dont il s’était plusieurs fois servi… il avait essayé d’autres ustensiles, mais ceux-ci n’avaient pas retenu son attention… Le hachoir ne lui permettait pas d’être précis et s’il ne tranchait pas la main du premier coup, il avait du mal ensuite à faire une plaie propre et risquait d’endommager son précieux butin. Certains couteaux s’étaient montrés également insuffisants pour faire céder les os de l’avant bras… Seul son couteau de cuisine, lui avait, à  l’heure actuelle, donné satisfaction…

François Langeon gagna le couloir et ouvrit la porte menant au cellier. Après avoir descendu les quelques marches, il découvrit à nouveau le corps de véronique Bazin étendu au sol, vêtue de son jean et du vieux pull troué qu’elle portait lorsqu’il l’avait attaqué… Son visage, bien qu’ensanglanté et tuméfié au niveau de l’arcade lui plaisait…Il se pencha près d’elle et la regarda, son visage à quelques centimètres du sien. Ses lèvres étaient fines, joliment dessinées… Il l’embrassa, tentant de forcer de sa langue les lèvres de la jeune femme… celle-ci se mit à gémir tout en s’étirant…Un gémissement de douleur s’échappa ensuite de sa gorge. Langeon était devenu un expert dans l’art d’attacher. Les quelques mouvements de Véronique avaient eu pour conséquence de resserrer le lien joignant ses mains et ses pieds.

Langeon sourit et se redressa. Il gagna l’opposée de la pièce et mis en route le vieux poêle à mazout. La chaleur gagna progressivement la pièce humide. Il glissa ensuite dans le poêle la plaque métallique munie d’un manche avec laquelle il cautérisait les poignets de ses victimes. Il se saisit d’une paire de ciseaux à plâtre et s’approcha de la jeune femme. Il découpa méticuleusement les vêtements de la jeune femme lui ôtant son pantalon, puis son pull, et enfin ses sous vêtements. Son excitation grandissait. Véronique Bazin revenait progressivement à elle… Elle ouvrit un œil en gémissant puis remua encore un peu…

-« Ttttt !!!...Chhhhht …Si tu bouges trop, les liens se resserrent !!...mais ne t’inquiètes pas je vais te soulager de certaines de tes entraves », lui dit il en coupant la corde qui reliait les mains et les pieds de Véronique. Il se déshabilla ensuite complètement et enfila un des préservatifs qu’il avait prévu pour l’occasion….

Si Véronique Bazin avait su ce qu’il allait lui faire subir, elle aurait probablement souhaité ne jamais reprendre connaissance… La douleur fut très vive…Langeon l’avait prise sans ménagement…Il la souilla ainsi plusieurs fois, n’arrachant à la jeune femme que des cris de désespoirs et de douleurs… Lui, était ailleurs… perdu entre ses souvenirs d’enfant en Bretagne et les montagnes afghanes…Là où il avait apprit à jouir de la souffrance qu’il pouvait imposer…

 

                                                                            23

 

                                                 Les trois véhicules avaient roulé sans s’arrêter, les gyrophares illuminant la nuit, la déchirant par instant à l’approche d’une intersection sensible. Kérouec avait durant le trajet joint le PC des pompiers pour obtenir un soutien sanitaire au cas où l’intervention tournerait mal. L’autoroute A4 était encore quasiment désert… Encore une ou deux heures et des cohortes de banlieusards dans leurs véhicules s’agglutineraient les uns contre les autres dans d’interminables embouteillages… La sortie Chelles leur apparue bientôt. L’ensemble du groupe se mit à clignoter et bifurqua. Après avoir quitté l’autoroute, le cortège récupéra l’artère principale menant à Chelles et poursuivit son chemin. Kérouec et Langman passèrent la consigne d’éteindre les gyrophares et de garder un silence total… Tous étaient tendus. Claire restait silencieuse, son index caressait machinalement l’étui attaché à sa ceinture. Kérouec, lui, fumait une cigarette tandis que Fuers et Stacchi regardaient au dehors avec un air concentré.

                                                    5h15… Yann Kérouec décrocha la radio et passa l’info à Langman situé dans le deuxième véhicule.

-« Langman… On y est…C’est un peu plus loin sur la voie qui va partir sur la droite…Une maison un peu isolée…Au numéro 34…

 

                                                   François Langeon était en sueurs, terriblement tendu… Véronique Bazin, elle était toujours au sol, dans une posture équivoque, semblable à celle dans laquelle avaient été retrouvées les autres victimes… Elle pleurait. Les larmes avaient tracé des sillons sur ses joues, se mélangeant au sang séché provenant de son arcade. Langeon se retira et arracha brutalement le préservatif qu’il jeta dans une poubelle.

-« Maintenant ma belle tu vas me faire le plus beau des cadeaux !!... », lui dit il avec un sourire…

Ses yeux n’exprimaient plus que de la folie. La jeune femme tenta difficilement de se redresser pour regarder son bourreau. L’incrédulité se lisait sur son visage meurtri.

-« Qu’est ce que vous allez faire ?... », supplia t elle.

-« Je vous en prie… Répondez moi !!!...Répondez moi putain !!! », cria t elle, moins fort qu’elle ne l’aurait souhaité.

Langeon fit volte face, et se précipita sur elle. Il la saisit par les cheveux, lui tordant le visage vers le haut.

-« Ca t’as pas suffit salope !!!???....Ca t’as pas suffit !!!!!!!!?????????? », hurla t il.

Véronique se mit à gémir à nouveau.

-« Alors écoutes moi bien…C’était plutôt pas mal….Mais maintenant, fini de jouer !...Te baiser était plutôt sympa, mais ce que je veux, ce sont tes mains…Et ensuite, je t’ouvrirai… comme une truie… », lui susurra t il la bouche tout contre sa joue, l’écume aux lèvres.

La jeune femme fut parcourue d’une vague de terreur, elle tenta de se détacher en s’agitant mais ne réussit qu’à cisailler un peu plus ses poignets et ses chevilles avec les liens en plastique. Un filet de sang s’écoula d’un de ses poignets blessés.

Langeon le regarda.

-« Pas comme ça, ma belle…Pas comme ça !...Sinon, le travail ne sera pas propre… », ajouta t il en lui montrant le couteau de cuisine qu’il avait emmener avec lui…

 

                                                      Les trois véhicules se garèrent à environ cent cinquante mètres de la maison. Les lumières du ré de chaussé et de l’étage, étaient éteintes…Kérouec et Langman passèrent chacun leur dernières consignes. L’instant d’après, toute l’équipe était dehors.

Langman distribua aisément les rôles avec son chef d’intervention. Deux groupes de quatre se répartirent en éventail autour de la maison.

Celle-ci était plutôt agréable avec un petit jardin et un garage attenant. Son isolement relatif attira l’attention de Kérouec.

-« Idéal pour faire tes saloperies, fumier !!!.... », pensa t il presque à haute voix.

Kéouec et ses collègues avaient revêtus leur gilet pare balles, ainsi que leur brassard rouge les identifiant. Claire se tenait tout contre lui, tendue à l’idée de réaliser sa première intervention sérieuse avec sa nouvelle équipe. Fuers et Stacchi avaient pour mission de passer par derrière et de verrouiller les possibilités de sortie. Tandis que ceux-ci prenaient leur position, Stacchi se retourna et jeta un coup d’œil à l’adresse de Kérouec. Celui-ci le perçu et comprit immédiatement ce à quoi son jeune collègue faisait allusion. La traque de Baur leur revenait en mémoire. Kérouec lui fit signe de garder les yeux bien ouvert. Stacchi acquiesça d’un mouvement de tête et s’enfonça avec Fuers dans l’obscurité…

 

                                                Langeon s’était redressé, en retenant la tête de la jeune femme par les cheveux. Il la tira derrière lui, lui arrachant à nouveau un cri de douleur pour l’emmener dans un coin du cellier. Le béton recouvrant le sol blessait encore un peu plus les jambes et le dos de celle-ci. Il la lâcha ensuite sans ménagement. Si Véronique Bazin avait représenté un quelconque objet de désir à un moment, elle n’était désormais qu’une masse inutile qu’il éliminerait après avoir prit ce qu’il désirait. Il installa une sorte de billot de bois, sur lequel étaient fixés deux systèmes d‘attaches. Il saisit ensuite les bras de Véronique. Celle-ci lorsqu’elle découvrit les deux fers fixés au socle de bois, sur lequel subsistaient des traces brunâtres comprit avec horreur les intentions de son ravisseur. Elle se mit à hurler en se débattant comme elle le pouvait. Cette rébellion déclencha la fureur de Langeon. Celui-ci lui asséna un violent coup de poing dans les côtes ce qui coupa cours le souffle de la jeune femme. Il en enchaîna d’autres sur son visage jusqu’à ce que celle-ci ne manque de s’évanouir, les lèvres éclatées, le nez cassé et la pommette ouverte… Véronique Bazin ne gémissait plus. Son état était proche de l’état de choc. Langeon lui fixa les mains sur le lourd billot et cisailla ensuite les liens de plastique désormais inutiles. Sa position était celle d’une suppliciée… Ses épaules, ses reins et ses fesses tremblaient de terreur… Langeon se mit à genou tout près d’elle et se mit à caresser les mains de la jeune femme avec une attitude proche de la béatitude.

-« Elles sont… belles…. », balbutia t il.

-« Tes mains sont magnifiques…. », ajouta t il en les comparant aux siennes déformées et couvertes de cicatrices.

Véronique Bazin, elle, n’était plus capable de réfléchir… Elle percevait à peine ce que faisait Langeon. Ces pommettes s’étaient rapidement transformées en monstrueux hématomes, obstruant quasiment sa vision…Son œil gauche était rempli de sang…

Langeon lui caressa encore un moment les mains, mais son attitude envieuse avait fait place à une colère montante et dévastatrice.

-« Tu ne les mérites pas… Tu ne mérites pas d’avoir des mains comme ça….Salope !!!!!!! », hurla t il, faisant trembler la jeune femme.

-« Je vais te punir….Je sais faire….Je connais !! », enchaîna t il en lui montrant les siennes.

Il se détourna pour attraper le tisonnier, en équilibre contre la paroi du poêle… Véronique suivit des yeux la trajectoire elliptique du tisonnier et le vit s’abattre sur ses mains sans pouvoir crier… Le bruit sourd emplit la pièce, une fois, puis deux…Peut être une dizaine de fois… Véronique ne savait plus. Ses phalanges avaient éclaté, la peau s’était ouverte en de multiples endroits. Des esquilles osseuses et sanglantes avaient été projetées jusque sur son visage. Les mains de Véronique tremblaient dans les fers… de longs sillons rougeâtres s’en échappaient, maculant le sol.     

Langeon se saisit ensuite du couteau dans une main tandis que l’autre maintenait l’avant bras de Véronique afin de limiter ses mouvements. Celle-ci vit la lame épaisse et brillante se poser sur son frêle poignet souillé. Ses yeux s’écarquillèrent. La douleur se mêlait à la montée d’adrénaline… Elle ferma ses yeux en serrant les dents, tout en sanglotant. Langeon s’apprêtait à entamer la peau lorsque la sonnerie de la porte d’entrée lui parvint… Un premier coup rapide, puis un deuxième…plus long…insistant.

-« Merde !!!! », cria t il en jetant de côté sur le sol le couteau. Il se redressa…Son regard croisa celui de la jeune femme toute aussi surprise bien que choquée…

-« Ne bouge pas…je reviens très vite… », lui chuchota t il avec un sourire.

 

                               Deux coups de sonnette… Rien.

-« Yann !... Que fait on ? », demanda Claire, la main crispée sur son arme.

Celle-ci venait de sonner deux fois, tandis que l’équipe d’intervention se tenait sur le côté prête à s’engouffrer dans le bâtiment.

Kérouec regarda Langman pour lui signifier qu’il allait pouvoir déclencher l’assaut. Deux hommes de l’équipe se mirent en position. L’un des deux tenait un « bélier » entre ses mains. Claire Samson s’écarta…

Soudain, une lumière envahit le ré de chaussé. L’équipe toute entière se figea. L’instant d’après, une clef tournait dans la serrure. Claire et Kérouec pointèrent leurs armes sur la porte…

 

                                Langeon s’était prestement habillé et était remonté tout aussi rapidement. Il avait récupéré au préalable l’arme de service qu’il avait ramené d’Afghanistan… Le chargeur était plein, une balle engagée dans la chambre. Il était 5h48… Il se demanda qui pouvait venir chez lui à une telle heure. Après un rapide coup d’œil par le judas, il fit tourner la clef et ouvrit la porte…

 

                                                                              24

 

                                Yann Kérouec et Claire Samson étaient assis sur le canapé du salon depuis quelques minutes. Fuers et Stacchi avaient entamé la fouille complète du pavillon. Langman, de son côté briefait son équipe et signalait par radio la fin de l’intervention. L’homme qu’ils étaient venus chercher leur faisait face. Ces mains, ravagées par de terribles cicatrices étaient crispées sur les montants du fauteuil. Il était encore dans un état semi léthargique, abruti par de trop fortes doses de médicaments.

Kérouec enchaînait les questions précises afin de compléter les renseignements déjà obtenus grâce aux fichiers nationaux. Claire étudiait leur hôte. L’homme était frêle, légèrement vouté en avant. Une barbe de plusieurs jours lui mangeait le visage… Ses yeux encore embués ne trahissaient que peu d’éclats. Le regard de Claire se porta ensuite sur le fauteuil. Un modèle électrique… avec la batterie sur l’arrière et un joystick pour commander la direction. La main déformée de Jérome Vortec tremblait, parcourue de spasmes, sur le manche du joystick…

Ils y avaient cru… Les informations obtenues par Stacchi étaient solides… tant de choses concordaient !... Peut être trop ?, pensa Kérouec en balayant la pièce du regard.

Jérome Vortec avait quarante deux ans et en avait passé quatre en prison pour agression sexuelle avec tentative de mutilation. Son dossier psychiatrique semblait long comme le bras et Kérouec ne doutait pas un instant que celui-ci n’aurait pas fini de les surprendre. Vortec était malade…Un malade. Cela avait probablement joué dans le peu d’année de prison effectuées. En dépression permanente il était passé à l’acte un an auparavant en se jetant sous une rame de métro. Si le sort avait épargné ses membres, son dos, lui, avait souffert irrémédiablement. Il vivait depuis en fauteuil roulant, maintenu dans un corset de plastique. Il était en perte progressive d’autonomie…

Ils apprirent au fil de l’entretien avec Vortec l’origine de ses blessures aux mains… Un jeu stupide d’enfants sur un terrain militaire… Vortec avait voulu percuté un fumigène oublié sur le sol. Celui-ci s’était enflammé entre ses mains le brulant gravement. Il y avait perdu deux doigts… son infirmité l’avait énormément complexé. Sa mise à l’écart à l’école, son isolement et les railleries des filles de son âge avaient forgé son psychisme et ses névroses…Aujourd’hui, il tentait de se reconstruire en travaillant dans une association d’aide aux handicapés. Il vivotait…

Claire et Kérouec, plusieurs fois avaient échangé des regards. Il y avait surement un peu de Vortec dans l’homme qu’ils pourchassaient… mais avec une bestialité et une intelligence largement supérieures.

 

                                                                                25

 

                               Langeon referma la porte en pestant.

-« Putain de gamins !!... », marmonna t il en rangeant l’arme.

Les trois adolescents, passablement éméchés qui venaient de sonner s’étaient tout simplement trompés de lieux de retour après une soirée arrosée en boîte… Le regard de Langeon les avait incités à passer au plus vite leur chemin. Guillaume, le plus jeune des trois et le moins abîmé par l’alcool avait bien remarqué les quelques gouttelettes de sang sur le visage de l’homme habitant la maison qu’ils avaient pris pour celle d’un ami, mais la fatigue et l’étonnement de la méprise avait annihilé toute velléités de questionnement.

 

                                 Véronique, dès lors que Langeon était remonté avait tenté de se libérer de ses entraves. Sa vision était brouillée par la tuméfaction de son visage. Son corps n’était plus à elle…souillé, douloureux. Elle avait essayé de bouger ses mains… Impossible… La douleur la vrillait jusque dans la tête…Elle avait cependant réussi à libérer sa main droite. L’éclatement des os lui avait permis de la faire glisser dans le fer… Elle tenta d’attraper le couteau abandonné par Langeon, deux mètres plus loin. Le billot était si lourd et elle, si affaiblie que l’effort finit de la vider de ses forces. Elle avait perçu les invectives de Langeon à l’égard des personnes qui l’avaient dérangé… Elle avait tenté de crier, mais elle avait plus gémi que hurlé… Personne ne l’avait entendu. Elle avait ensuite saisi, malgré la douleur insupportable le couteau et tentait maladroitement de forcer la serrure maintenant les fers en place…

A SUIVRE....

Jeudi 6 août 2009
Bonjour à tous et à toutes !!!

                        Il y a un an je publiais le dernier épisode d'"OD" que certains suivaient avec intérêt. A la rentrée, un nouvel opus des aventures de Thomas Bardaillan, "Réminiscences" avait commencé. Faute de temps et pris par d'autres préoccupations le récit s'était arrêté fin janvier avec l'épisode 7... je vous annonce donc le grand retour de Thomas Baillardan, Julie, Kérouec, et les autres avec la parution d'ici la fin Août de nouveaux épisodes (et là, plus de pause !!). le 8ème est écrit, le 9ème est en cours.... Alors, à très bientôt...
A+
Vendredi 23 janvier 2009

Sa moto mise sur béquille, Véronique remonta les quelques marches la menant à l’entrée. Le casque sous le bras, elle frictionnait ses cheveux pour leur redonner un peu de volume.

La maison qu’elle occupait était relativement petite, circonscrite par un petit jardin et une esplanade faisant face aux bois sur le derrière de la façade. Ses parents avaient bien tenté de la décourager d’habiter aussi loin d’eux, et dans un endroit aussi isolé, mais celle-ci avait ressenti le besoin de prendre un peu de distance avec la frénésie parisienne… Et la séparation douloureuse d’avec son ancien ami, avait laissé des traces.

Elle franchit le seuil de l’entrée alors que l’obscurité commençait à s’installer. Au loin, les bois étaient sombres, une sorte de brouillard, fruit de l’humidité qui y régnait enveloppait tout le secteur.

La caresse fut immédiate, tendre, accompagnée d’un ronronnement qui l’amusait à chaque fois.

-« Salut, ma jolie Citrouille !! », dit elle tout en prenant la chatte grise et blanche dans ses bras.

Citrouille avait maintenant environ six ans et partageait depuis toutes ces années la vie de Véronique. Elle tenait son nom du jour où ses parents la lui avait offert…Halloween…Véronique avait cherché un nom…L’idée lui était venue rapidement. Elle avait trouvé l’idée originale…le nom était resté.

Citrouille redoubla de ronronnements. Sa chaleur était dans l’immédiat la seule que Véronique avait envie de sentir contre elle. Après quelques caresses et câlins, elle se dégagea, sauta au sol, et se dirigea vers la cuisine tout en se retournant régulièrement vers sa maîtresse.

-« Oui oui !...J’ai bien compris ma grande…Laisses moi juste le temps de poser mes affaires, me mettre à l’aise et je m’occupe de ton repas », lui dit elle tout en se dirigeant vers la penderie au bout du petit corridor.

Quelques instants plus tard, Véronique pénétrait dans la cuisine, vêtue d’un vieux jean et d’un pull troué au coude, mais qu’elle adorait.

Dehors, l’obscurité était quasi-totale.

La lumière du plafonnier inonda la pièce. Plutôt spartiate, la cuisine était néanmoins aménagée avec goût et restait pratique. Citrouille, elle ne quittait pas Véronique d’une semelle, se lovant autour de ses jambes.

Après avoir servi sa « colocataire », Véronique se servit, après l’avoir réchauffée quelques instants au micro ondes, une soupe dans un grand bol qu’elle installa sur un plateau repas, accompagné de pain, et d’un verre de vin de Rioja que lui avait ramené son frère d’un de ses voyages en Espagne.

Après avoir installé son plateau dans le salon, elle alluma son ordinateur, et se blottit confortablement dans le canapé devant la table basse. Elle consulta ses mails tout en écoutant un album de Superbus qu’elle affectionnait particulièrement. Les nouvelles étaient banales. Un message de son frère pour lui demander conseil sur l’achat d’un cadeau d’anniversaire pour leur père, un message de deux copines pour lui proposer une sortie, et de la publicité…

 

                                                                          20

 

                                                        Il était 20h50…

                                                        Cela faisait maintenant une heure qu’il attendait…assis au volant de la camionnette. La nuit enveloppait tout désormais. Seules les lueurs des éclairages des maisons du lotissement troublaient l’obscurité.

Il avait observé les alentours, humé l’air ambiant. La fraîcheur se dégageant des bois dont la lisière était à moins de cent mètres le fit frissonner. Le secteur était calme, idéal pour « travailler » se dit il tout en affichant un rictus crispé par la tension qui gagnait son corps et son esprit. Il se saisit de ses gants en latex, ouvrit la portière et s’enfonça rapidement dans la pénombre en direction de la maison qu’il surveillait.

Il ouvrit rapidement la petite barrière qui fermait la clôture et remonta tout aussi rapidement la petite allée et les quelques marches. Les fenêtres du ré de chaussée donnant sur la voie étaient fermées de même que les volets d’où s’échappaient des rais de lumière. Il fit lentement le tour par la droite et se dirigea vers l’esplanade située derrière le bâtiment. Il se tint à distance près d’un grand arbre dont le tronc, massif, le camouflait. La vue était idéale. La baie vitrée donnant sur le salon de la jeune femme lui permettait aisément de la surveiller. Il était à une quinzaine de mètres….seulement… Il la vit se lever du canapé dans lequel elle s’était installée, et venir près de la vitre qu’elle ouvrit légèrement. Imperceptiblement, il recula.

La jeune femme se massa la nuque tout en sirotant se qu’il assimila à un café ou un thé. Elle était vêtue d’un jean et d’un pull tombant élégamment sur ses épaules les découvrant partiellement. Elle était pieds nus. Ses yeux semblaient perdus sur la ligne des bois… Elle resta ainsi un long moment tout en se détournant de temps en temps pour jeter un coup d’œil sur l’écran de télévision situé sur sa droite, derrière elle. Il remarqua l’animal. Le danger qu’il représentait était négligeable. Il ne pouvait dégager son regard des mains de la jeune femme. A cette distance, il les devinait plus qu’il ne les voyait vraiment, mais il se souvenait d’elle… Il l’avait longuement observé, lors du repas du midi…Il l’avait désiré…A tel point qu’il avait été contraint de quitter la table… cette dépendance naissante le rendait fou…

-« Tu ne prendras pas le dessus salope…. Je vais te prendre… tu seras moins sure de toi…et je te les prendrai… », murmura t il doucement, la salive au coin des lèvres et les mâchoires crispées.

Ses yeux avaient changé d’expression. Le chasseur qu’il était devenu prenait le dessus. Il repensa à la première…Une maîtrise imparfaite alors, mais aujourd’hui, il était aguerri. Ses gestes étaient précis…impitoyables.

Il se redressa après avoir vu la jeune femme faire demi-tour et s’éloigner de la baie vitrée. Il était temps. C’était maintenant…Il sortit sans un bruit de son abris, sans courir…Ses déplacements étaient surs…fluides…

 

                                             La sonnerie de la porte d’entrée alerta Véronique Bazin. Citrouille se précipita près de la porte et la gratta de ses griffes tout en miaulant.

Véronique arriva dans la foulée de l’animal.

-« Citrouille !...Laisses cette porte !...Tu ne crois pas que tu l’as déjà assez écaillée ?!!...Aller…Pousse toi… ».

Véronique réajusta son pull et jeta un coup d’œil par le judas de la porte. Après un instant de surprise, elle entrebâilla la porte tout en laissant la sécurité.

-« Bonsoir !... », lança t elle à l’adresse de l’homme qui se tenait devant elle.

Celui-ci, un grand blond aux yeux bleus, lui adressa un large sourire et enchaîna :

-« Bonsoir !!...je suis vraiment désolé de vous déranger…Je suis votre nouveau voisin au numéro six…Nous avons une panne d’électricité et je voulais savoir si vous aviez une lampe torche ou des bougies à nous prêter pour que je puisse aller voir l’armoire du disjoncteur ».

Véronique se souvint immédiatement du jeune couple avec une petite fille qui venait d’emménager dans la rue quelques jours auparavant.

Citrouille, elle, ronronnait tout en faisant le gros dos contre la jambe du jeune homme. Celui-ci la regarda d’un air amusé.

-« Salut toi », lui dit-il tout en la caressant.

-« Il n’est pas farouche ! », rajouta t il.

-« Elle ! », lui rétorqua Véronique avec un sourire.

-« Ah !...Pardon madame !... », répondit il en s’adressant à l’animal.

-« Si ma fille la voyait, elle nous ferait une comédie pour avoir un chat elle aussi ! ».

-« Bougez pas, je vais vous chercher ce qu’il faut !!...Ca m’est déjà arrivé à moi aussi… », lui dit elle tout en faisant volte face. Elle se dirigea vers le guéridon situé dans l’entrée, et sortit du tiroir une lampe de poche.

Citrouille se mis à miauler à nouveau tout en agrippant ses griffes sur le jean de Véronique.

-« Citrouille !!!...Stop !! », lui lança t elle, agacée. Celle-ci s’éloigna sans un bruit en direction du salon.

Véronique Bazin retourna sur le seuil et ouvrit la porte.

-« Voilà voilà !! », lui dit elle avec un grand sourire.

-« Bon, c’est pas Byzance !, mais ca devrait suffire pour remettre la lumière chez vous. La torche n’est pas grande, mais elle éclaire bien ! ».

-« Parfait !!...Ne vous inquiétez pas, c’est parfait !!...je vous la ramène dès que j’ai terminé !!....Merci beaucoup ».

-« Prenez votre temps, il n’y a pas d’urgence…Vous me la rendrez quand vous pourrez ».

-« Bon !... Demain au plus tard !...Promis…Merci encore ! », lui répondit il tout en redescendant les quelques marches.

La nuit était fraîche…Humide….

Véronique referma la porte qu’elle verrouilla après avoir remis la sécurité.

-« Merde Citrouille !...  Ce n’était pas le prince charmant !!!...Pourtant il était plutôt pas mal ! », lança t elle à l’adresse de l’animal en regardant à ses pieds, mais celle-ci avait disparu.

-« Citrouille !!...Aller ! Boude pas !!... », rajouta t elle avec une voix légèrement plus forte tout en se dirigeant vers le salon…

L’air était frais… Véronique referma la baie vitrée en maudissant l’humidité qui se dégageait des bois. Elle jeta un coup d’œil sur le programme diffusé à la télévision, puis sur l’horloge. La fatigue, associée à l’insipidité de l’émission qu’elle regardait, lui donnaient envie de se coucher avec un bon livre. Elle tira les rideaux du salon et éteignit le vieux téléviseur à tube cathodique que lui avaient donné ses parents lors de son installation.

-« Citrouille !...Je vais me coucher !!...Au lit !! », lança t elle tout en sifflant légèrement.

-« Citrouille !!?? ».

Véronique quitta le salon et se dirigea vers la cuisine dont la lumière était encore allumée. Ce n’est que quand elle se retrouva au milieu de la pièce qu’elle remarqua ce sur quoi elle venait de marcher… Du sang…

Elle regarda derrière elle et vit les traces de sang sur le sol. Sur l’instant, elle ne réalisa pas et regarda sous ses pieds, pensant s’être coupée sur un éclat de verre. Outre les souillures, elle ne remarqua pas de plaie. C’est alors que son regard s’assombrit…Elle se redressa…tendue….

-« Citrouille ?!!! », appela t elle, la voix chevrotante.

Son regard balaya la pièce et tomba sur le plan de travail situé près de l’évier.

Ses jambes se mirent à trembler et elle se retint pour ne pas tomber.

Du sang était répandu sur le meuble, un couteau de cuisine, ensanglanté, posé sur le côté. Elle s’approcha, le pas mal assuré. Ses oreilles bourdonnaient, le sang battait sur ses tempes, son corps tout entier était en sueurs…

Le hurlement qu’elle poussa en découvrant ce que contenait l’évier déchira le silence qui régnait dans la maison.

Une masse de poils ensanglantée, dans laquelle on pouvait encore discerner les yeux et la mâchoire gisait au fond de l’évier. Véronique comprit immédiatement que c’était la tête de sa chatte qui reposait ainsi. Elle porta horrifiée les mains à sa bouche et du se retenir à nouveau au bord de l’évier pour ne pas tomber. Elle inspecta à nouveau la pièce et vit l’animal dont le corps étêté et sans vie avait été jeté dans un angle de la pièce contre le bas du réfrigérateur….

Véronique fut prise d’un haut le cœur…Elle se pencha rapidement au dessus de l’évier les yeux emplis de larmes, pour découvrir à nouveau la tête de celle qui l’aidait à combler sa solitude…Elle fut prise d’un nouveau haut le cœur…Elle vomit…

Il lui fallut quelques instants pour récupérer…Elle s’essuya la bouche à l’aide d’un torchon et se rinça le visage avec un peu d’eau. C’est alors que la terreur la gagna vraiment.

Véronique Bazin venait de réaliser que Citrouille n’était pas morte par accident…Quelqu’un l’avait massacré…Quelqu’un !!!!...Quelqu’un présent dans sa maison !!!....

Son corps se mit à nouveau à trembler. Elle essuya ses larmes du revers de la main et saisit le couteau de cuisine présent sur le plan de travail. Ses mains tremblaient tellement que la lame ondulait de haut en bas. Véronique pensa l’espace d’un instant aux gestes tremblants des étudiants qu’elle encadrait parfois…Mais dans le cas présent la situation était toute autre…

Elle se mit à réfléchir, aussi vite que son cerveau, parasité par ses émotions, le lui permettait.

Il fallait qu’elle appelle à l’aide…Celui qui avait fait ça à Citrouille pouvait encore être là…

-« Le téléphone !!... », lâcha t elle, doucement dans un murmure quasi inaudible.

A cet instant, Véronique Bazin, craignait encore la présence d’un cambrioleur. Si elle avait connu la véritable nature et les intentions de son visiteur, son cœur se serait probablement arrêté dans l’instant…

Hormis la cuisine, le reste de la maison était plongé dans l’obscurité. L’horloge marqua la vingt troisième heure. Véronique gagna, apeurée le seuil qui la séparait du couloir menant au salon. Elle tenait le couteau devant elle, en protection…ses pieds, dont les plantes étaient couvertes de sang à moitié séché, collaient sur le parquet vitrifié…Aucun bruit ne troublait le silence… les yeux écarquillés, le cœur au bord de l’implosion, elle progressa sur les trois ou quatre mètres qui la séparaient du salon où se trouvait le téléphone. Celui ci était plongé dans la pénombre. Elle hésita à enclencher l’interrupteur puis se ravisa. Elle s’avança encore un peu plus jusqu’à la table basse sur laquelle était installée la base du téléphone. Elle tendit le bras dans l’obscurité, se fiant à sa connaissance des lieux. Un sourire de satisfaction se mit à poindre sur son visage lorsque ses doigts effleurèrent la base d’accueil… Mais celui-ci se crispa soudainement lorsqu’elle s’aperçu que l’appareil n’était plus en place…

Elle se redressa faisant face à l’entrée, tétanisée.

C’est alors que le choc survint.

Une violence inouïe.

Véronique Bazin se retrouva projetée contre le mur sur lequel elle s’écrasa douloureusement….Le couteau lui échappa… sa tête heurta le meuble de bibliothèque situé à proximité lui ouvrant l’arcade sourcilière. Le sang se mit à ruisseler sur son visage. Elle voulu crier, mais son hurlement s’étrangla dans sa gorge. C’est alors qu’elle le vit ou plutôt qu’elle le devina. Elle eu à peine le temps de le percevoir que celui-ci se jetait à nouveau sur elle.

Dans un mouvement désespéré, elle se cabra en arrière, évitant l’attaque. Elle tenta de ramasser le couteau tombé au sol, mais à peine l’eut elle touché que deux mains puissantes la saisirent par les épaules. L’homme la retourna sans ménagement…Il lui faisait face…

C’est alors qu’il décida de mettre fin à l’affrontement. Il croisa ses bras tout en saisissant la gorge de la jeune femme, comme le lui avait appris un légionnaire lors de son séjour afghan, et dans un mouvement d’enroulement, la compression exercée lui permit de clamper les carotides de la jeune femme. La réaction fut immédiate….véronique Bazin tenta de maintenir le couteau et de le lever pour se défendre, mais très rapidement sa vue se brouilla, ses forces l’abandonnèrent, ses bras retombèrent le long de son corps…le couteau lui échappa encore une fois…La dernière…Elle se sentit partir… Ses yeux se révulsèrent quelques secondes puis, le trou noir….

 

                                                                            21

 

                                                  00h40… Le verre de Martini blanc était vide depuis un moment. Trois tasses à café vides également étaient venues le rejoindre entre temps, sur le zinc. Kérouec se leva, fatigué…Il salua Rémi, le patron du troquet dans lequel il avait ses habitudes … et ses souvenirs. Le « Physalis », était le point de rendez vous où Poulard et lui se posaient de temps en temps et où ils parlaient de tout…souvent beaucoup plus sérieusement que d’accoutumée. Au fil des années, ils avaient appris à se connaître tels deux frères…

Kérouec pensa à nouveau en sortant du bar à son ami disparu. Jean Louis lui manquait toujours autant. Il ne s’était jamais pardonné de ne pas avoir pu neutraliser Philippe Baur avant que celui-ci ne tue son collègue et ami.

Il leva les yeux vers le ciel et senti à nouveau les gouttes de pluie s’écraser sur son visage. Cela faisait plusieurs jours maintenant que la météo était instable et pluvieuse. Kérouec remonta le col de son vieil imper et s’enfonça dans la nuit en allumant une cigarette. Il avait hésité à inviter Claire Samson à l’accompagner dans sa virée nocturne, mais il savait que ces soirs là, il n’était pas vraiment de bonne compagnie. Les souvenirs et la mélancolie l’assaillaient…

Pourtant, Claire l’avait touché…dès le premier jour…Et elle continuait de marquer des points. Outre ses qualités professionnelles, Kérouec sentait son attirance grandir pour la jeune femme…Ils étaient seuls tous les deux, mais pour l’instant, l’affaire en cours était trop importante pour projeter quoi que se soit….

Kérouec avait pris la décision de faire le trajet à pieds…malgré les intempéries. La pluie lui donnait le sentiment de se rincer quelque peu de toutes les choses difficiles qu’il avait pu voir ou vivre dans sa carrière. Il regagna, après avoir traversé le parvis de Notre Dame, le boulevard Saint Michel, et bifurqua ensuite dans une petite rue perpendiculaire dans laquelle il occupait un petit deux pièces, au dernier étage d’un immeuble ancien…

Malgré l’heure tardive, il y avait encore de nombreux petits groupes de jeunes gens qui déambulaient riant et parlant fort, l’alcool aidant. Kérouec savait que la grande majorité ne posait pas de problème si ce n’était quelques ivresses qui terminaient souvent la nuit en salle de dégrisement au poste après avoir fait un passage aux urgences de l’Hôtel Dieu…

Kérouec allait franchir le seuil de la porte d’entrée de l’immeuble lorsque la sonnerie de son téléphone portable retentit…

Kérouec marqua un temps d’arrêt dans le hall…et sortit promptement l’appareil.

-« Kérouec, j’écoute.. ! », dit il à voix basse.

-« C’est Eric Stacchi, Yann !!... je ne te réveille pas ??... ».

Kérouec sourit tout en reprenant son chemin.

-« Non…Il est trop tôt pour que je dorme», dit il sur le ton de la plaisanterie.

-« Alors ??...Qu’y a-t-il ?...Tu as des news ?? », ajouta t il en franchissant l’entrée de son appartement.

-« Tiens-toi bien !... Je crois qu’on l’a identifié !!!... On a cherché un bon moment, fait le tour des hôpitaux et des recensements judiciaires sur les vingt dernières années…et…. J’ai un homme qui colle !!. Fiché pour agression sexuelle à l’âge de vingt huit ans…quarante deux ans aujourd’hui…Il vit en banlieue parisienne dans un pavillon près de Chelles, et le plus intéressant, c’est que lors de l’agression, il avait tenté de trancher les mains de sa victime…Sur sa fiche, dans les signes distinctifs, il est également mentionné qu’il a de nombreuses cicatrices sur les deux mains. Et la cerise sur le gâteau, notre homme était ambulancier avant ses problèmes judiciaires ce qui pourrait être en faveur des hypothèses de Claire… Alors ??...Qu’en penses-tu ? ».

Kérouec venait de s’effondrer dans son canapé enveloppé dans son imper encore trempé. Tous ses sens étaient en éveil.

-« Ce salopard a sous estimé les fichiers judiciaires Eric….C’est du beau boulot…Du très bon boulot !!... Ecoutes…On ne va pas prendre de risque, ni attendre qu’il fasse une nouvelle victime. Je n’ai pas envie de revoir une scène de crime comme celles qu’on vient de voir cette semaine…Prépare le matos pour l’intervention et avertis Fuers et Samson…Moi de mon côté, je file au « 36 » vous retrouver. J’appelle dans la foulée Langman pour que le GIPN nous envoi une équipe en soutien… A tout de suite !.. ».

-« Ok Yann, j’ameute les collègues… A tout à l’heure… ».

Yann Kérouec tenait sur les nerfs… malgré la fatigue et la lassitude qu’il ressentait parfois… La décharge d’adrénaline qu’il ressenti à cet instant lui fit oublier ses pieds fatigués et les courbatures. Rapidement, il vérifia son arme de service, un Sig Sauer à quinze coups qu’il avait adopté depuis quelques années en échange de son vieux Manhurin… Il récupéra également une Mag Lite dans le tiroir du guéridon qui jouxtait la porte d’entrée. L’instant d’après, il était dehors les clefs à la main.

-« Merde… », jura t il.

Il rouvrit la porte d’entrée et récupéra également un paquet de cigarettes qu’il entama immédiatement…

Il dévala les escaliers deux par deux, déboucha dans le hall, puis disparu dans la nuit en direction de la Seine….

Quinze minutes plus tard, il franchissait l’entrée du temple de la Police française…

 

                                              Tous étaient déjà là à son arrivée sauf Claire qui venait d’appeler pour dire qu’elle serait sur place d’ici une dizaine de minutes. Kérouec avait joint sur le trajet son homologue au GIPN… La participation d’une équipe de soutien avait été validée, et Langman était également présent dans le bureau avec Fuers et Stacchi. Kérouec leur serra rapidement la main et ils s’installèrent afin de planifier l’intervention.

-« Bon ! allons-y ! », lança t il.

-« Patron, on a eu des infos supplémentaires, notre homme à fait un service militaire long dans les paras, à Pau, il est célibataire, et travaille aujourd’hui dans une association… ».

-« Ok Stacchi…Bon boulot !! ».

Vendredi 23 janvier 2009
Bonjour à tous !!

Oui je sais !!
Pour les amateurs de "Réminiscences", il n'y a pas eu de nouvel épisode depuis un moment...Trop de choses à gérer !...Mais promis, le prochain arrive dans deux-trois jours...
A+
Jeudi 4 décembre 2008
Bonjour à tous !

La machine (moi en l'occurence) fonctionne un peu à 200% en ce moment avec 3 mois et demi dans les pattes...Alors, je me traîne un peu !!
Mais rassurez vous (pour les adeptes), la suite des aventures de Thomas Bardaillan devrait être diffusée d'ici la fin de semaine prochaine...
A+
 
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