Réminiscences. Episode 13.

Publié le par Cyril Poujoulat

Langeon quitta enfin le sous sol. Après un bref temps d’hésitation, il se dirigea sur le boulevard Rochechouart en direction du carrefour Barbès. Au dehors, il y avait foule. Les communautés nord africaines et africaines se mélangeaient dans un kaléidoscope de couleurs et de dialectes. Quelques vendeurs à la sauvette jouaient au chat et à la souris avec les flics en civils tout en tentant de refiler contre dix ou vingt euros, une casquette Dior, un sac Hermès ou des lunettes de chez Dolce et Gabana. Les prix, bien évidemment étaient imbattables…. Preuve de la contrefaçon, instaurée en argument de vente. Un peu plus loin, le grand magasin Tati était déjà surpeuplé. Sur le sol, aux alentours, gisaient une quantité considérable de détritus… Comme si le quartier, plutôt pauvre, ne méritait pas le même entretien qu’ailleurs…

Langeon s’arrêta. Après s’être mis sur le côté, il sortit son téléphone portable… Thomas eut tout juste le temps de rentrer discrètement dans un magasin de chaussures. Tout en faisant mine de regarder les prix, il surveillait Langeon. Celui ci manifestait à nouveau une grande nervosité. Thomas tenta de capter le sujet de la conversation mais Langeon était trop loin. De plus, celui-ci utilisait de nombreux mots de ce qui semblait être de l’arabe, rendant peu compréhensibles les bribes interceptées. 

Au bout de quelques minutes, Langeon reprit sa route. Il arriva au carrefour entre le boulevard Rochechouart et le boulevard Barbès. La concentration humaine était à son comble. Un peu plus bas, en partant sur la droite se trouvait l’hôpital Lariboisière que connaissait bien Thomas pour y être allé plusieurs fois du temps où il était, lui aussi, infirmier aux urgences. Le bassin de vie avait évolué. Les populations immigrées étaient toujours très présentes, mais la faune des junkies en mal d’un « fix » semblait s’être progressivement dissoute. Cela bien évidemment était faux. Ceux-ci s’étaient tout simplement déplacés vers d’autres endroits. Thomas repensa aux récits de collègues qui racontaient que les cafetiers allaient jusqu’à percer les petites cuillères pour éviter que celles-ci ne servent à diluer « la blanche », avant qu’elle ne dévore le corps d’un pauvre type  ou d’une pauvre fille, partagé entre errances, larcins et tapinage sur les maréchaux… cette pensée le ramena encore une fois aux évènements passés et à la funeste entreprise de Philippe Baur…

Tout en étant absorbé par ses pensées, Thomas poursuivait, aussi discrètement que possible sa filature…

Langeon s’enfonça bientôt dans des rues adjacentes. La foule avait considérablement diminuée. A l’angle d’une rue, Il pénétra dans un bar pmu dont l’état de délabrement n’avait rien à envier à celui du quartier. La bâche sensée protéger la terrasse était d’une crasse qui interdisait l’identification de la couleur d’origine, et elle était de plus parsemée de déchirures. Les montants en acier du système de déroulement étaient rongés par la rouille. Dehors, quelques chaises de jardin en plastique et un parasol, tentaient d’égayer quelque peu les abords. Quatre vieux jouaient aux dames… Deux jeunes originaires d’Afrique du nord, portant des vêtements traditionnels qui couvraient leur pantalon de jogging et baskets parlaient à voix basse tout en tirant, chacun leur tour, une bouffée du narguilé qui était contre leur table. L’atmosphère du quartier était pesante, les regards appuyés. Thomas ne se sentait guère à l’aise avec le sentiment d’être perçu comme un intrus. L’espace d’un instant, il pensa à sa décision de suivre Langeon…

Fallait-il le suivre ?

Etait ce vraiment l’homme dont lui avait parlé Julie ?....

François Langeon réapparut accompagné d’un homme portant la barbe et les cheveux ras, le visage dur, et dont les yeux se promenaient tout autour de lui, le regard soupçonneux. L’homme lui donna un paquet. Il lui remit en échange une enveloppe…Thomas était posté à environ vingt mètres du café et il ne pouvait entendre les mots échangés entre Langeon et son interlocuteur.

François Langeon s’assis à la terrasse et commanda un thé à la menthe. Ses sens étaient aux aguets. Il repensa aux flics devant les urgences de Fortin. Pourquoi étaient ils venus encore une fois ? Ils étaient plus nombreux, visiblement tendus. Ils semblaient chercher quelque chose. Se pouvait il qu’ils soient sur sa trace ?. Son esprit s’envola vers Claire Samson. Elle lui avait échappé… il avait vu le flic plonger tandis que les passants criaient… Puis, il avait vu les pompiers… Il avait du rentrer chez lui…insatisfait… frustré. Il s’était déjà imaginé en train de la prendre puis de lui ravir ses mains… il se sentait perdre le contrôle…. Il le savait depuis qu’il s’était laissé aller à frapper une deuxième fois sur Fortin. Il se savait traqué désormais ou près de l’être… il ne retournerait pas chez lui… il n’y retournerait plus. La perte de son butin le souciait, mais il sourit en imaginant les yeux du premier flic qui rentrerait dans son antre… sa peur… son dégoût…

Il était en manque… Il se rappela une phrase que lui avait dite un vieil afghan… :

-« Le goût du sang appelle le sang… », lui avait il dit en désignant les corps de trois talibans que des rangers américains avaient débusqués dans une grotte voisine de son village.

Le vieil homme avait raison… François Langeon avait apprit à tuer… Il savait le faire… et il aimait le faire…

Il avait payé Yassine…Il lui avait commandé une fille… une jeune…pour faire ce qu’il voulait. Yassine lui avait donné une adresse à proximité…où la « rencontre » aurait lieu. Langeon le connaissait depuis l’Afghanistan… ils s’étaient rendu de nombreux services. Langeon couvrait notamment  les activités de prosélytisme de Yassine au sein de son ONG et il passait de la documentation de propagande en échange d’argent ou de femmes.

Yassine se pencha vers Langeon, la main sur son épaule…

-« Elle sera à toi dans une heure mon frère… Ne l’abîme pas trop !! », lui dit il avec un rire gras mettant en avant les éclats dorés de ses plombages et les yeux brillants.

Thomas, à l’abri des regards, et dissimulé, sous un porche, resta ainsi un long moment, n’osant pas bouger… Environ une heure plus tard, Il vit Langeon saisir son téléphone et se lever…

En pleine discussion, celui-ci se dirigeait rapidement dans le quartier et emprunta sur la droite une ruelle délabrée. Thomas fut obligé de se découvrir et lui emboita le pas à bonne distance…

Langeon se faufilait le long du trottoir entre les poubelles et les détritus. Les immeubles étaient tous d’un gris décrépit et sans âme. Les fenêtres aux vitres sales étaient pour la plupart fermées, voire condamnées. Quelques hommes aux traits fatigués déambulaient…visiblement sans but…pour tuer le temps d’un quotidien maussade où ils n’avaient pas réussi à dégoter de job à la journée.

Thomas, tout en s’enfonçant dans ce quartier à la suite de Langeon se sentait de moins en moins à l’aise….Le temps radieux en début de matinée, était à nouveau en train de s’obscurcir… les nuages s’amoncelaient de plus en plus nombreux, ne laissant que peu de place aux rayons lumineux. Les rues, déjà étroites, n’en paraissaient que plus sombres.

Langeon s’arrêta enfin devant une porte dont la peinture verte n’était qu’un lointain souvenir. Il contrôla le numéro puis lança furtivement un coup d’œil de chaque côté.

Thomas n’avait pas d’autre endroit pour se soustraire à la surveillance de Langeon. Il fit donc mine de continuer son chemin tout en prenant un air absorbé et pensif…

Langeon composa un numéro de code puis ouvrit la porte et s’engouffra dans la courette intérieure…

 

                                                                39

 

                                             -« Madame Bardaillan… je suis heureux de vous revoir… même si j’aurais préféré que ce soit dans d’autres circonstances… Cela fait longtemps….Presque un an et demi, non ?…. », dit Kérouec à Julie avec une lueur de tristesse dans le regard.

-« Oui monsieur Kérouec… je vois que vous non plus vous n’avez rien oublié de tout ça… », lui répondit elle.

Yann Kérouec sourit. Il avait déjà entendu une partie des personnes présentes à la formation. Celle-ci avait été d’ailleurs largement perturbée par les évènements.

-« Oh ca oui, je dois avoir une sale tête aujourd’hui, mais la nuit a été dure… Mon équipière a été agressée cette nuit…Elle a eu chaud…Elle devrait s’en sortir mais ca n’est pas passé loin… ».

Fuers et Stacchi étaient là eux aussi. Tous unis par le drame qu’ils avaient vécu.

-« Kérouec…Dites moi… c’est en lien avec le meurtre de l’infirmière ? », demanda t elle…

-« je ne devrais pas vous le dire madame Bardaillan ou si vous me permettez de vous appeler Julie, car l’enquête est en cours…Mais oui… Claire a été attaquée vraisemblablement par celui qui a tué votre collègue… ».

-« Claire ?... la jeune femme qui est venue hier ? ».

-« Oui !!... Pourquoi ? ».

-« Et bien écoutez…Je…je crois que je connais celui qui a fait ça… ».

Yann Kérouec se figea, la regardant, incrédule.

-« Pardon ??...Comment ?... ».

Julie ne lui laissa pas finir sa question.

« Votre collègue Claire m’a posé une question hier à laquelle je n’avais pas vraiment de réponse, mais la lumière m’est apparue hier soir… Elle m’a demandé à la fin de notre entretien si quelqu’un travaillant à Fortin avait des cicatrices sur les mains… je n’ai pas vu sur le coup mais j’ai compris hier soir… », enchaîna t elle.

-« Qui ??!!.... ».

-« Langeon… Monsieur Langeon… un des intervenants. Il a les mains couvertes de cicatrices…plutôt moches…. Il devait nous faire cours ce matin, mais il n’est pas venu… ».

Les yeux de Kérouec brillaient d’une intensité guerrière. Claire avait eu du nez. Un sixième sens même !. Elle avait lancé la question comme un hameçon, espérant que cela puisse parler à quelqu’un ou lui évoquer des souvenirs... Elle était passée très près de Langeon…

Kérouec se détourna et héla Stacchi.

-« Eric….Tu vas voir tout de suite le chef de service. Tu vérifie l’identité de ce François Langeon, son adresse, tout… puis tu vérifie au fichier central… cette fois ci je crois qu’on le tient notre « tueur aux suppliciées »… », lâcha t il, rageur.

 

                                          Une heure plus tard, Kérouec et son équipe quittaient les urgences.

Le domicile de François Langeon était identifié.

Kérouec avait contacté Langman pour avoir une équipe. La certitude était de mise cette fois ci. Les informations arrivaient petit à petit sur l’ordinateur portable que tenait Fuers sur ses genoux, assis à l’arrière du véhicule.

Stacchi, lui, conduisait, nerveux.

Yann Kérouec, assis comme passager, pensa à Claire…

-« On le tiens Claire…. », songea t il.

                                                                     40

 

                                          13h40… Julie Bardaillan était circonspecte. Elle avait essayé de joindre Thomas pour avoir de ses nouvelles et des nouvelles des enfants, mais n’avait pas réussit à le joindre. Elle venait d’essayer chez ses parents, puis chez ceux de Thomas, et là, elle avait apprit que Thomas avait confié les Clara et Arthur à ses parents. La mère de Thomas, quelque peu embarrassée et inquiète avait dit à Julie la raison de son absence. Depuis, personne n’avait de nouvelles de lui.

La sonnerie de son iphone retentit soudain, tout en affichant sur l’écran le portrait de Thomas qu’elle avait téléchargé. Elle décrocha fébrilement.

-« Thomas ???!! ».

-« Julie !... C’est moi… Ecoutes, je ne peux pas beaucoup parler car je suis dans la rue… », répondit il.

-« Bon sang Thomas, t’es où ???!!!.... Tout le monde s’inquiète !!... C’est quoi cette histoire ??... J’ai eu tes parents…. », lâcha t elle désemparée.

-« Je suis désolé mon cœur… Je voulais simplement surveiller les abords des urgences pour être sur que tu ne cours aucun danger… Seulement, voilà, j’ai trouvé le type dont tu m’as parlé… ce Langeon. Je l’ai croisé dans un couloir de l’hôpital. Il a vu les flics devant les urgences et il a fait demi-tour… Je suis sur que c’est lui Julie… Des yeux bleus, des cicatrices sur les mains…et un air sans une once d’humanité !!... Je n’avais pas trop le choix… C’était le suivre ou le perdre…. ».

-« Mais tu es où là ???... Thomas…. », rajouta t elle tout en soupirant.

-« Je suis dans le secteur de Barbès… Ton Langeon est pas net… Il vient d’entrer dans un immeuble là…. Je surveille… ».

-« Putain Thomas !!!.... Mais qu’est ce qui t’a prit ?.... Tu crois que ce que l’on a vécu y a un an n’étais pas assez risqué ???!!.... Tu as failli y rester !!... », explosa t elle tandis que les larmes coulaient sur son visage.

Thomas s’aperçu alors des risques qu’il était en train de prendre. Il regretta son choix. Mais il était trop tard pour regretter.

-« Thomas… J’ai vu Kérouec dans la matinée… Il était avec les flics qui sont venus dans le service ce matin. Je lui ai donné les infos que j’avais sur Langeon. Ils sont restés un moment, puis ils sont tous partis très rapidement. Je crois qu’ils vont le coincer Thomas…. ».

-« Je vois pas comment Julie !... Ce mec ne me semble pas habiter ce quartier…. Tu as un numéro pour joindre Kérouec ?? ».

-« Euh… Non………Mais j’ai les coordonnées de Claire Samson, sa collègue ».

-« Ok mon cœur… Donne moi son numéro que je la prévienne. ».

-« Le soucis Thomas, c’est que cette fille a été attaquée hier soir par Langeon. Elle est à l’hôpital, plutôt mal en point si j’ai bien compris ce que m’a dit Kérouec ».

-« Merde…. ».

-« Bon écoute Julie…Je suis désolé pour tout ça… J’aurai pas du y aller seul…Je te donne l’adresse où Langeon est rentré… Appelle les flics… Demande leurs les coordonnées de Kérouec, et passe lui le message… Je t’aime mon cœur…. Je reste là en attendant… je te rappelle s’il y a du nouveau…. ».

Julie prit immédiatement son agenda et griffonna à la hâte l’adresse sur une des pages de notes…

-« Bon sang Thomas… Ne prends pas de risques… C’est le boulot des flics tout ça… ».

-« T’inquiète mon cœur…Je reste à distance… Bisous », répondit il juste avant de couper son portable.

Julie raccrocha, puis composa, dans l’instant qui suivi le numéro des renseignements. Une bonne vingtaine de minutes plus tard, après avoir eu le commissariat de quartier, puis la préfecture de police, puis le Quai des Orfèvres, le poste de Kérouec sonna enfin…

 

                                                                        41

 

                                                     Thomas venait de raccrocher… Il était mal à l’aise. Il culpabilisait d’avoir inquiété Julie.

-« Quel con !!! », songea t il presque à voix haute.

Cela faisait déjà une demi-heure que François Langeon avait disparu derrière la porte massive à double battant. Thomas s’était posté une vingtaine de mètres plus loin, sur le trottoir opposé, assis sur un banc. Trois personnes étaient sorties de l’immeuble depuis qu’il était là. Une vieille dame, armée de son « york » et de son caddy, et deux hommes, dont un, trapu, au visage fermé… peu engageants. Ceux-ci étaient déjà montés quelques instants plus tôt…

Thomas s’impatientait. Il venait de promettre à Julie de faire attention. D’un autre côté, la curiosité qu’il éprouvait le titillait. Il était allé jusqu’ici…. Alors, un peu plus ou un peu moins…. Et puis, il ne prenait pas de risques…

Il inspecta à nouveau les alentours…déserts… puis son regard se dirigea vers l’entrée de l’immeuble…

Il se mordilla les lèvres, les toucha machinalement du bout des doigts…. Puis se leva…

-« Let’s roll… », lâcha t il entre ses dents…

 

                                                                      42

 

                                                      Cela faisait déjà deux jours que Nadia était enfermée dans une cave. Elle avait pu communiquer avec deux autres filles, elles aussi séquestrées dans des caves voisines. Elle avait comprit au travers des échanges avec ses codétenues que d’autres filles, comme elles avaient transité au même endroit.

Nadia avait seize ans… des cheveux noirs comme l’ébène et des yeux bleus…héritage de ses ancêtres kabyles. Tout avait commencé en rentrant du lycée, alors qu’elle se dirigeait vers le bloc D de la barre hlm où elle vivait avec ses parents et ses deux petites sœurs. Elle n’avait pas vu la fourgonnette blanche, parsemée de rouille et de tags, garée aux abords de l’école. Elle n’avait pas non plus remarqué l’homme, vêtu d’un bleu de travail, qui s’était mis à la suivre sur le trajet du retour.

Le reste avait été très rapide. A un feu tricolore, la camionnette s’était arrêtée au bord du trottoir… elle, arrivait à la hauteur de celle-ci. L’homme qui la suivait s’était rapproché. Lorsque Nadia était arrivée à la hauteur de la porte coulissante, celle-ci s’était brusquement ouverte. Elle avait à peine eut le temps de tourner son visage que déjà elle se sentait comme soulevé et poussée à l’intérieur. La suite était plus flou…. Un chiffon sur la bouche et le nez….des bras qui l’emprisonnent… Une odeur étrange…désagréable…. La sensation d’avoir chaud, des vertiges….Puis plus rien… Elle n’avait même pas eu le temps de résister…

Elle s’était réveillée en début de soirée, la tête lourde. Après avoir passé une bonne demi-heure à reprendre ses esprits, elle avait commencé à sonder l’endroit où elle se trouvait. Elle avait ainsi repéré les deux autres filles, prisonnières dans les caves voisines. Il y avait Yasmina, dix sept ans et Roselyne, quinze ans. Toutes étaient apeurées et frigorifiées. Yasmina leur avait expliqué qu’elle avait déjà entendu parler de filles qui avaient été enlevées… Là où elles s’étaient misent toutes les trois à avoir vraiment peur, c’est qu’aucune d’entre elles n’avaient été retrouvées….

                                                           Il devait être environ midi lorsque deux hommes étaient descendus dans le couloir menant aux caves. Nadia avait tendu l’oreille pour percevoir le moindre échange verbal entre eux.

Leur pas était lourd…Lent…trainant… Comme si une certaine monotonie enveloppait leur venue. Son cœur avait faillit sortir de sa poitrine lorsque le cadenas fermant sa geôle s’était ouvert. Les deux hommes dans la pénombre s’étaient dirigés sans un mot vers elle. Elle avait tenté de les questionner tout en se débattant. Le plus petit des deux, trapu, lui avait tordu le bras jusqu’à une position proche de la rupture. Elle avait crié tout en pleurant. L’autre homme lui avait fermé la bouche de sa main tout en promenant l’autre sur ses seins. Celui-ci s’était immédiatement fait rabroué par le plus petit, dans un arabe qui n’était pas celui de la littérature.

Nadia, qui comprenait plus ou moins sa langue maternelle avait saisit que le plus petit des deux ne voulait pas qu’on la touche car il fallait qu’elle soit « intacte ». Ce simple mot avait renforcé le sentiment de terreur qui l’animait.

Les deux hommes lui avaient mit une cagoule sur le visage et l’avaient trainé sans ménagement jusqu’à ce qu’elle avait identifié comme étant une fourgonnette. Elle avait voulu résister, se débattre, mais rapidement les coups avaient plu et l’avaient incité au silence. Secouée de part et d’autre des parois de la camionnette, les mains liées derrière le dos, elle avait ainsi attendu une bonne heure avant d’être débarquée sur la chaussée.

On l’avait porté… dans un hall, …dans des escaliers… Puis on l’avait posé au sol… brutalement, lui arrachant un gémissement de douleurs… Des pas….des échanges verbaux furtifs…des pas à nouveau… une main venait de se poser sur elle. Elle frémit. La main empoigna la cagoule lui interdisant toute vision. D’un geste brusque on la lui ôta. La luminosité lui fit plisser les yeux. Gênée, elle grimaça tout en essayant de distinguer l’univers qui l’entourait.

La première chose qu’elle vit fut ses yeux…. Des yeux d’un bleu hors du commun….

 

                                                                    43

 

                                                    Le pavillon était en vue…

Yann Kérouec et ses hommes se faufilaient depuis quelques minutes le long de la route guidant jusqu’au domicile d’un certain François Langeon, membre dirigeant d’une association non gouvernementale s’affichant sur des terrains comme l’Irak, l’Afghanistan ou encore, le Myanmar. Kérouec n’aimait pas la situation. Une maison isolée, une route unique pour y accéder, peu de moyens de camouflage… Si Langeon était chez lui à surveiller, il y avait de fortes probabilités qu’il les repère.

L’équipe de Langman, elle progressait de l’autre côté en coupant à travers champs… Six hommes… Six hommes habitués aux séquestrations, aux forcenés retranchés… Six hommes disposant de moyens techniques et d’armement hors du commun… Kérouec savait que cette fois ci serait la bonne… Restait à espérer surprendre « l’objectif » avant de lui permettre de réagir.

Les autres maisons du voisinage se trouvaient à environ cent mètres. Un voisin, sortant son chien vit les trois policiers se faufiler le long d’une haie. Fuers le remarqua aussitôt et lui fit signe de rentrer chez lui. La demande ne tolérait que son exécution. L’homme tira brusquement sur la laisse, trainant son chien dans son sillage et disparu à l’intérieur de sa maison.

                                                 Le ciel s’était progressivement obscurci…

Des nuages sombres et menaçants couraient dans le ciel. L’air s’était rafraîchit… le vent se levait… Kérouec était en position aux abords de la maison, aux côté de Fuers. Stacchi, lui, était de l’autre côté du portail. La tension se lisait dans leurs yeux. Gilets pare balles… brassards… chargeur plein…une balle dans la chambre…cran de sûreté relevé… Stacchi le « Sig » coincé dans la ceinture, était de plus armé d’un fusil à pompe.

Un léger grésillement dans l’oreillette de Kérouec…

-« Langman… Mes hommes sont en place… C’est quand vous voulez… », lâcha d’une voix monocorde le chef de l’équipe du GIPN.

-« Kérouec… J’avance… je sonne… Cinq secondes et vous entrez par derrière… ».

-« Ok… ».

-« Top départ… », enchaîna Kérouec d’une voix déterminée.

A SUIVRE !!!

Publié dans Roman

Commenter cet article