| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||
Ludo poursuivi la route sur une bonne vingtaine de mètres, et finit par trouver une place, derrière une vieille camionnette beige. La carrosserie de celle ci était si sale que des plaisantins s’étaient amusés à dessiner du bout des doigts quelques tags et obscénités.
-« Sympa la décoration des véhicules dans le quartier ! », lança Nadine.
-« Ouai ! Ma Fiat est peut être pas toute jeune, mais au moins on a pas l’impression de regarder le mur des chiottes d’une gare quand on la voit ! », rétorqua Ludo.
-« Toujours aussi « pouêt » mon grand ! ».
-« Bon aller Nadine !, Allons y avant que ça ne ferme ».
Ils s’emmitouflèrent et sortirent de la Fiat. L’air glacial de la soirée les saisit encore plus rudement qu’ils ne l’auraient imaginé. L’habitacle de la voiture, avec le chauffage les avait enveloppé dans une douce chaleur. La température extérieure leur rappela immédiatement la rudesse de cet hiver particulièrement précoce.
-« Ouah ! » fit Nadine. « On était pas si mal à l’intérieur ! ». Sur ce, elle resserra un peu plus l’écharpe grise qu’elle avait noué autour de son cou.
La nuit s’était définitivement installée. Les flocons continuaient à tomber à un bon rythme, et les sols étaient désormais recouverts de quelques centimètres de neige.
Nadine saisit le bras de Ludo pour ne pas glisser, et ils se dirigèrent tous les deux vers la boutique de Deiss, guidés par les quelques néons rouges qui l’éclairaient .
Arrivés devant l’entrée, ils contemplèrent tous les deux la devanture.
-« C’est super engageant ! » dit Ludo.
-« Bon aller, rentrons ! », lui répondit elle.
Nadine rentra la première faisant tinter le pendant contre la porte vitrée. La pièce principale était particulièrement petite avec dans un coin, un comptoir, derrière lequel une autre pièce se dessinait, et face à eux, un petit couloir avec trois ou quatre petits boxs destinés aux clients désirant passer leurs appels vers l’étranger.
Les sols étaient gris de crasse et les rideaux sensés isoler les clients dans leur box n’étaient pas mieux. Il était clair que la propreté n’était pas la principale préoccupation du propriétaire des lieux..
Nadine et Ludo regardèrent autour d’eux en attendant que quelqu’un vienne à eux.
Ils n’eurent pas longtemps à attendre. Deiss émergea de la pièce située derrière le comptoir sur lequel était installé une vieille caisse enregistreuse, un sandwich grec entre ses mains trapues. Il avait vu les deux jeunes gens rentrer et avait immédiatement senti que leur présence ici était inhabituelle.
-« Salut les jeunes !! » leur dit il en postillonnant tout en essayant d’avaler sa bouchée.
Le premier réflexe de Nadine et Ludo fut de le dévisager.
Nadine le jaugea discrètement de la tête au pieds. Deiss ressemblait à une bête. Petit, trapu, les mains larges comme des battoirs. Si sa boutique ne respirait pas la propreté, il était clair que Deiss non plus. Son front était perlé, malgré le froid extérieur de gouttelettes de transpiration. Sa chemise bleu ciel, était auréolé de taches jaunâtres au niveau des aisselles. Nadine préféra ne pas se demander depuis combien de temps il la portait et cacha son dégoût.
Elle prit à son tour la parole.
-« Bonjour Monsieur ! . Nous souhaiterions parler à Mr Deiss s’il vous plaît ».
Deiss les observa. Ses petits yeux porcins étaient vifs et ses sens en alerte. Les deux gamins n’avaient pas l’allure de ses « clients » habituels, et ils étaient trop jeunes pour être des flics. Cette incapacité à les ranger dans une catégorie, le rendait d’autant plus méfiant.
-« Qu’est ce que vous lui voulez ? », rétorqua t-il avec un ton agacé.
-« C’est personnel » répondit Nadine.
-« C’est moi Deiss !… Rudolph Deiss. Qu’est ce que tu me veux ma poulette ? », dit il en la regardant des pieds à la tête avec un air libidineux. « Si c’est pour un rencart, j’suis libre dans une demi heure » ajouta t-il en découvrant une dentition mal entretenue et constellée de petits fragments du sandwich qu’il finissait d’engloutir.
Nadine cacha sa gène et son dégoût puis, enchaîna.
-« Désolé, monsieur Deiss, mais je n’ai pas de rendez vous à vous proposer. Je voudrai simplement que vous me parliez de Pierre Vasseur. »
L’espace d’une fraction de seconde, le visage de Deiss se crispa. Il se re-saisit aussitôt, mais Nadine avait perçu son trouble.
-« Connais pas ! » dit nonchalamment Rudolph Deiss, tout en finissant la dernière bouchée de son sandwich.
-« Vous êtes sur ?! » lui demanda Nadine.
-« Ecoutes moi bien espèce de petite fouineuse. Si je te dis que je ne le connais pas, c’est que je ne le connais pas !. Alors, maintenant, tu vas prendre ton petit copain sous le bras et tu vas rentrer dans ton château et arrêter de me casser les couilles !! ».
Nadine senti que la situation commençait à déraper. Ludo lui prit doucement le bras pour l’engager à arrêter les hostilités, mais il était déjà trop tard.
-« Qu’est ce que vous cacher Deiss ?. Pierre Vasseur est mort !!, et je suis sur que vous le connaissiez et que vous savez pourquoi il est mort !!! », cria t-elle.
Le visage de Rudolph Deiss se ferma soudainement. Il prit une barre de fer cachée sous le comptoir et s’avança, menaçant, vers les deux jeunes gens.
-« Maintenant petite pute, tu vas te barrer, sinon j’te fracasse ta belle petite gueule ! ».
-« Nadine… Je crois qu’il est temps de partir… On n’obtiendra rien de plus ce soir », lui dit doucement Ludo en la tirant par le bras.
-« J’en ai pas fini avec vous Deiss… je reviendrai », lança Nadine visiblement à cran.
-« Pas de problème ma belle !! quand tu veux où tu veux !!», rétorqua Deiss en portant sa main sur ses parties génitales.
Ludo tira Nadine au dehors. La porte fit tinter à nouveau le pendant et ils se retrouvèrent sur le trottoir.
Ludo continuait de l’entraîner vers la voiture de peur que Deiss ne change d’avis.
-« Putain, mais qu’est ce qui t’as pris Nadine ?. ce mec est barge et il aurait pu t’éclater la tête ! ».
-« Il ment Ludo… Il ment !. J’en suis sur. Ce connard connaît Pierre Vasseur. J’en suis certaine ! ».
Ils arrivèrent ensuite à hauteur de la voiture. Ludo ouvrit les portes de la Fiat en regardant préventivement derrière lui. La neige s’était arrêtée de tomber. Il fit tourner la clef de contact. La Fiat cala. Il recommença, et cette fois ci, la voiture démarra en grondant et en laissant échapper un nuage gris foncé par le pot d’échappement .
-« Bon sang ! j’ai eu peur de rester coincé ici ! », dit Ludo.
Nadine ne répondit pas. Outre la peur qu’elle avait eu, car elle avait vraiment eu peur, c’était surtout la colère qui dominait dans son esprit. La colère et l’envie de comprendre. Il fallait qu’elle en parle à Paul. Ou à Julie. C’était les deux personnes les plus à même de pouvoir lui donner un conseil. Surtout rien à ses parents. Ceux ci étaient à des années lumières de ce genre de situation et d’univers. Et puis, elle ne voulait pas les alarmer.
-« Bien ! maintenant, il va falloir réussir à quitter ce quartier pourri et retrouver le périph ! », lança Ludo.
Rudolph Deiss surveilla le départ de la Fiat. Son cœur battait rapidement . Un filet de sueur vint s’écraser sur le col jaunâtre de sa chemise. Il baissa le rideau de fer à moitié, éteignit les néons rouges et retourna dans l’arrière boutique. Il alluma la lumière et se dirigea vers le fond de la pièce. Sur le sol se trouvait une trappe menant à la cave où il rangeait des dossiers et du matériel. Il la souleva par l’anneau métallique et descendit les deux mètres qui le séparaient de la pièce inférieure par un petit escalier en bois.
Au sous sol se trouvait tout un bric à brac de paperasses, matériel téléphonique et informatique. Sur le sol, au fond à droite, se trouvait un coffre de taille moyenne. Deiss composa la combinaison et ouvrit ensuite la porte de celui ci. Des papiers, un peu d’argent et quelques dossiers étaient entreposés à l’intérieur. Il en retira un.
La pochette contenait les instructions qu’ « il » lui avait remit. Deiss ne connaissait pas l’identité de son employeur occasionnel. Tout ce qu’il savait, c’est que cet « employeur » lui faisait parvenir de la dope et que le job consistait à la fourguer à des toxicos dont l’identité et la photo étaient jointes. L’affaire sentait le pourri, mais l’homme, en admettant que cela en soit un, le payait grassement pour cette mission. Deiss avait donc fermé les yeux et empoché le fric…enfin, jusqu’ici.
La situation avait, ces dernières minutes, évoluée. Pierre Vasseur était mort, d’autres, qu’ils voyait jusqu’ici à la boutique ne venaient plus… et puis, cette fille, ce soir, qui visiblement savait des choses. Comment était elle arrivée jusqu’à lui ?
Il était temps d’utiliser l’adresse mail que lui avait fourni, pour les situations d’urgences, son employeur.
Deiss prit la feuille et referma la pochette qu’il rangea ensuite dans le coffre.
La minuterie s’éteignit.
-« Aaah putain de lumière !. Faut que je change ce foutu système », maugréa t-il à voix basse.
Il appuya une nouvelle fois sur l’interrupteur. Sans réponse.
-« Fait chier !! » dit il cette fois ci à voix haute.
L’obscurité était quasi absolue, et Deiss tâtonnait pour essayer de retrouver l’escalier. Une fois repéré, il gravit les quelques marches le ramenant dans la pièce faisant office d’arrière boutique.
Une odeur étrange planait dans la pièce. Une odeur chimique lui rappelant sa dernière visite au dispensaire du quartier, lorsqu’il y était allé pour se faire recoudre suite à une bagarre.
Deiss prit pieds dans la pièce.
La douleur fut immédiate. Fulgurante. Deiss s’écroula sur le sol. Un liquide chaud s’échappait de ses deux pieds. Ceux ci ne répondaient quasiment plus. Deiss hurla tout en portant ses mains sur ses chevilles. Il senti immédiatement le contact visqueux du sang sur ses mains. Ses deux talons d’Achille étaient sectionnés. Il gémit à nouveau. De douleur, mais aussi de peur. C’est alors qu’il perçu sa présence. Quelqu’un se tenait à environ trois mètres de lui, accroupi, sur la défensive. La silhouette lui sembla être de taille moyenne, mais c’était difficile à évaluer.
-« Aaaaah !, qui… qui êtes vous ?… Comment êtes vous rentré ?… Que me voulez vous ? ». le sang s’accumulait en une flaque grasse autour de ses jambes.
-« Cela fait beaucoup de questions Deiss ! », répondit la voix. Celle ci était calme, posée et semblait complètement détachée de la situation.
-« Aaah putain !, jouez pas au con avec moi ! ».
-« Je t’ai choisi Deiss… pour ta cupidité et ta personnalité. Seulement voilà ! tu n’as pas su rester dans l’ombre. Je vais donc t’y renvoyer…définitivement ». Sur ces paroles, l’homme se redressa. Il semblait grand et carré d’épaules.
-« Aargh ! fils de pute !! »lança Deiss en essayant de se redresser. Mais ses pieds ne purent exécuter le mouvement. La douleur se fit plus aigue, au point de lui faire monter les larmes aux yeux. Deiss s’essuya rapidement le visage du revers de la main. Il n’eut pas le temps de rouvrir les yeux. La douleur qui suivit fut d’une intensité très supérieure à la première. Sa mâchoire éclata. Le choc le projeta un mètre plus loin contre le mur. Sonné, il sentit son agresseur le saisir par les cheveux et lui redresser la tête. L’espace d’un instant, il eut la vision complète de son « employeur ». Le mouvement qui suivit fut rapide et précis. Un éclair, une douleur vive au cou, et puis plus rien.
Il se redressa. Ses mains et ses vêtements étaient couverts de sang. Il contempla le corps de Deiss, gisant tel un pantin désarticulé sur le sol. Son attaque avait été directe et efficace. Les deux carotides avaient été sectionnées nettes. Le corps de Deiss finissait de se vider sur le lino.
La prudence était son alliée. Il lui faudrait désormais en redoubler.
Il récupéra le papier que Deiss avait en sa possession au moment où il l’avait frappé. Il lu les coordonnées de la boite mail qu’il lui avait donné. Il enfouit aussitôt la feuille dans sa poche en la chiffonnant.
Les mains toujours protégées par les gants stériles qu’il avait utilisé, il se mit à fouiller le cadavre de Deiss. Celui ci s’était arrêté de saigner, vidé, ou presque.
-« Décidément ! même mort, tu restes répugnant ! » dit il doucement en tournant le corps sur le côté pour atteindre les poches du pantalon. Il se saisit du portefeuille de Deiss et l’examina attentivement. Il finit par trouver ce qu’il recherchait. Le code était à quatre chiffres, écrits sur un bout de papier au milieu de documents divers.
Il se dirigea ensuite vers la cave et fit, là aussi, le ménage.
En revenant dans la pièce où gisait Deiss, il eut un dernier regard vers sa victime. Deiss avait les yeux encore ouverts. Ceux ci fixaient l’entrée de la pièce dans une attitude grotesque de terreur.
Il regretta de ne pas avoir amener son appareil photo. L’évolution de la situation ne lui avait pas laissé le choix ni le temps. Il avait du agir vite.
Il était 22h… la nuit était noire, et la neige avait repris son ballet dans les airs.
Il s’éclipsa rapidement après avoir refermé la porte, baissé le rideau de fer et contrôlé qu’il n’y avait personne aux alentours.
18
Julie et Thomas avaient passé une bonne soirée. Thomas s’était mis aux fourneaux et avait préparer un des plats préférés de Julie. Tomates farcies, accompagnées d’un Lirac délicieux. Ils avaient discuté un peu de la situation de crise aux urgences, et, rapidement, Julie avait décidé de clore la conversation afin de profiter de la soirée en famille. Clara et Arthur s’étaient montrés particulièrement affamés ce qui avait ravi Thomas.
Ils avaient ensuite discuté tout en prenant un café sur le canapé lit du salon. La conversation avait surtout portée sur les enfants. Clara et Arthur grandissaient. Cet état de faits était palpable. Les années passaient vite.
Clara n’était plus une petite fille. Thomas la regardait évoluer. Ces longues jambes, son goût croissant pour la mode et son air de jeune ado lui rappelait que celle ci était loin aujourd’hui du bébé qu’il endormait tous les soirs en fredonnant l’air du film « Titanic ».
Arthur, bien que plus petit, se transformait lui aussi. Son visage et son corps s’étaient affinés. Les albums photos parcourus aux côtés de Julie en étaient le témoignage. Il avait de plus en plus un air de petit « mec ».
Vers 22h30, la fatigue commença à se faire sentir. Julie posa son livre de chevet embrassa Thomas et se coucha. Thomas, lui, n’était pas encore assez fatigué. Il décida d’aller travailler un peu sur l’ordinateur portable que Julie lui avait offert à Noël. Il descendit du lit, frissonna et se dépêcha d’enfiler un vieux sweat shirt qu’il gardait pour traîner à la maison.
La sonnerie stridente du téléphone rompit le silence.
Thomas jura à voix basse. Qui pouvait téléphoner à une heure aussi tardive ?. Il se dépêcha de décrocher pour éviter de réveiller les enfants. Peine perdu. A peine avait il saisi le combiné, que la petite voix criarde d’Arthur retentie.
-« Qui c’est ? ».
Thomas mis sa main contre le téléphone.
-« C’est rien ! c’est rien !, rendort toi !! », dit il doucement en essayant de ne pas réveiller Clara.
Julie qui s’était presque assoupie attendait maintenant de connaître l’identité de l’appelant.
-« Allo !? ».
-« Mr Bardaillan ? ».
-« Euh, oui ! c’est moi… », répondit machinalement Thomas en essayant d’identifier la voix qui appartenait visiblement à une jeune femme.
-« C’est Nadine Le Parc, Mr Bardaillan, je suis dans la promo de deuxième année… ».
-« Euh ! oui ! je vois qui vous êtes… Mais comment avez vous eu mon téléphone ? » dit il, pour le moins interloqué.
-« Je suis vraiment désolé de vous déranger aussi tardivement. C’est votre femme qui m’avait donné votre numéro pour programmer une soirée shopping. C’est comme ça que j’ai eu votre numéro. J’aurai besoin de parler à votre femme si c’est possible. C’est très important !… ».
Thomas fit un geste de la tête à Julie pour lui marquer sa désapprobation quant au fait que celle ci dévoile leur numéro de téléphone personnel.
-« Allo ? Mr Bardaillan ?”.
-« Oui ! oui ! Nadine… Je suis toujours là… Ne quittez pas, je vous la passe ».
-« Dis donc Juju, j’espère que tu ne vas pas donner notre numéro à tous les étudiants… sinon, on est pas couché !! », lança t-il discrètement à Julie.
Celle ci le regarda avec un grand sourire en tentant de l’amadouer. Son sourire lui faisait systématiquement rendre les armes. C’était comme ça, et cela faisait quinze années que cela durait. Une fois de plus, il ne pu résister. Il lui tendit ensuite l’appareil en lui envoyant un baiser.
-« Allo ?, Nadine ? » ;
-« Bonsoir Julie… je suis vraiment navrée de vous déranger à cette heure ci. J’ai essayé d’appeler Paul… enfin,… Mr Marchand, mais il n’était pas chez lui. J’ai des nouvelles sur les cas d’OD à la poudre de verre que nous avons eu aux urgences… je suis allée voir ce Deiss dont m’a parlé Angéla. Je suis sur que ce type sait ce qu’il se passe…Il s’est énervé dès lors que j’ai parlé de Pierre Vasseur… ».
Julie lui coupa la parole.
-« Bon sang !, mais qu’est ce que tu es allée faire !. Nadine… ce n’est pas notre rôle de chercher qui est coupable ou pas. En plus, ça pourrait être dangereux ! ».
Tout en lui faisant la morale, Julie sentie, elle aussi une irrépressible envie d’en savoir plus.
A suivre ...
Le visage d'Angela se figea en entendant les paroles de Nadine. Son regard s'obscurci
également.
-"D'où sort tu ce nom ?".
-"Pierre a parlé de lui lorsqu'il est arrivé aux urgences. Mais je ne sais pas trop ce qu'il voulait dire car il était déjà très mal...".
-Oublie ce nom mignonne. Deiss est de ces gens qui font que des meufs comme moi tapinent et courent les rues à la recherche d'une dose. Je les hait et malgré tout, je serai prête à baiser
avec pour un fix...".
-"Angela... je vous en prie... dites m'en un peu plus...".
15
Il
était environ 14h lorsque Thomas vit Julie debout devant la cafétéria de l'hôpital. Il s'approcha d'elle en vélo, en secouant la tête de gauche à droite.
-"Bon sang, t'es malade de rester comme ça dans le froid, t'aurais du m'attendre à l'intérieur. tu vas finir par attraper la crève !!".
Julie était en tenue, sans manteau, alors que la température était proche de zéro degré.
-"Mais non, t'inquiètes pas !, ça va !. Dis donc, j'ai failli attendre, tu es un peu en retard. Elle est brune, blonde ?" lui lança t elle avec un sourire.
-"Ah ! ça, c'est super drôle ! pour ta gouverne, j'ai été retenu par notre adjointe pour des problèmes de stage. Bon ! ça va sinon ?, vous n'avez pas de nouvelle catastrophe aux urgences
?".
-"Parles pas de malheur !. J'y pense encore régulièrement". Le regard de Julie avait un peu perdu de son éclat en évoquant la journée où elle s'était occupé de Pierre Vasseur.
-"Parlons d'autre chose" lui lança Thomas.
Ils s'installèrent après avoir commandé deux cappuccinos, au fond de la salle à moitié vide, le "coup de feu" du midi étant passé.
-"Et mon élève qui est chez toi, ça se passe bien ?".
-"Alors là, rien à dire. Si les deux dernières étaient un peu empotées, Nadine, elle, est vraiment faite pour notre service. Personnellement, je l'engagerai.... Aujourd'hui, elle est allé à
l'unité méthadone, pour visiter".
-"C'est Baur qui lui a proposé ?"
-"Non non !, c'est Paul Marchand, notre collègue infirmier".
Thomas rechercha dans sa mémoire, et vit soudain le visage de Paul.
-"Ah ! oui !, je vois qui c'est !".
-"D'ailleurs, je ne sais pas ce qu'il a bien pu faire de Nadine, car on ne l'a pas revue de la matinée !. Je
soupçonnerai bien un petit flirt, mais bon, je ne suis pas sur !".
-"Tu veux dire,... Nadine et Paul ?"
-"Hum hum !".
-"Ben écoutes ! Ce ne serait pas la première fois que la vie hospitalière s'improviserait "marieuse"", enchaîna-t-il en lui souriant.
Une demi heure plus tard, après s'être échangé quelques nouvelles du boulot et des enfants que Thomas avait déposé à l'école le matin, celui ci regarda sa montre, et pris la main de
Julie.
-"Bon ! Va falloir que j'y aille, j'ai deux élèves qui doivent se demander où je suis
passé".
-"T'es où déjà, cet après midi ?".
-"En cardio !".
Il se séparèrent et Thomas, après avoir passé ses deux sacs, disparu dans un bâtiment tandis que Julie regagnait les urgences.
Au moment où Julie franchissait le seuil elle entendit une voix l'appeler derrière elle. En se retournant, elle découvrit Nadine qui arrivait en courant.
-"Et ben alors, Nadine ! je me demandais si t'allais revenir où si tu étais partie avec Paul te marier dans une chapelle de Las Végas !".
Nadine devint rouge coquelicot, tout en bredouillant une pseudo excuse. Julie enchaîna en lui assénant un petit coup de coude.
Nadine prit ensuite un air des plus sérieux.
-"Julie... Toutes les deux, on s'entend plutôt bien... non ?".
-"Et bien écoute, c'est rare que je dise cela à une élève, mais oui.... Oh ! toi, tu as une question à me poser, et ce n'est pas professionnel !".
Nadine fut cette fois ci très directe.
-"Que penses tu de Paul ?".
-"Ah ! vaste sujet !. Non, je plaisante. C'est un mec bien, en tout cas, sur le plan professionnel."
-"Il m'a invité à dîner !... Ce soir !!".
-"Aïe aïe aïe !!!" lui lança Julie en riant. "J'espère que tu as accepté !".
-"Oui.... tu crois que j'ai tort ?".
-"Fais comme tu le sens, et ça ira...".
Gagnées par le froid, elles rentrèrent dans le service. Nadine lui parla également de la conversation qu'elle avait eu avec Angela et du fait que celle ci connaissait Deiss.
-"Ecoute Nadine, nous on est infirmières et pas flics. La dessus je suis assez d'accord avec ce dont on parlait avec Baur et Alexienko l'autre fois ».
Nadine préféra taire les informations que lui avait donné Angela, afin de ne pas paraître trop effrontée.
Le reste de la journée fut particulièrement calme si ce n'est une urgence pour le moins inattendue. Nadine eut en effet à prendre en charge un jeune étudiant, stressé, auquel les copains
avaient conseillé de manger du chocolat. Le problème était qu'il en avait ingurgité une dizaine de tablettes, et que désormais, il vomissait tripes et boyaux sous forme de chocolat fondu.
Manu, qui était au tri ce jour là, ne pu s'empêcher de comparer, les vomissements du jeune homme au nappage au chocolat qui agrémentait certains desserts de la cafétéria. Julie prit un air
dégoûté en regardant Manu et jura désormais ne plus jamais pouvoir en avaler.
16
La
sonnerie retentie dans l'appartement. Nadine, se précipita hors de la baignoire, attrapa sa culotte au passage et se rua sur le téléphone afin d'éviter que le répondeur ne se déclenche.
-"Allo !!".
-"Allo ?, Nadine, c'est Paul !".
Celui ci perçu un bruit en fond et puis plus rien.
-"Allo ?, Nadine !?".
-"Euh, oui, je suis toujours là, j'étais dans la baignoire et je viens de me "ruiner" le genou !!".
-"Comment t'as fait ton coup ?"
-"J'ai simplement essayer d'enfiler ma culotte et je me suis pris les pieds dedans !! Voilà, tu sais tout !".
Paul sourit. Outre le fait d'imaginer Nadine en tenue d'Eve, sa
spontanéité lui plaisait énormément.
-"Bon ça y est ?, tu es rétablie ?".
-"oui ! oui !, ça devrait aller !".
-"Dis moi, je t'appelais pour savoir une chose. Qu'est ce que tu préfère : chinois ou indien ?".
-"Humm ! et bien ma foi, je prendrais bien l'indien...".
-"Ok !, j'en connais un super bon , situé derrière la gare Saint Lazare !. Si je passe te prendre dans une heure, ça te va ?".
-"Pas de soucis !, je serai prête !".
Nadine retourna dans la salle de bain, après avoir raccroché afin de finir de se sécher.
les choses étaient allées très vite entre elle et Paul. La fin de matinée passée au centre méthadone avait été très agréable, si ce n'est la gène mêlé de curiosité qui l'avait assaillie suite à
sa conversation avec Angela. Paul et elle avait longuement discuté sur leur vie ainsi que sur leurs loisirs respectifs. Le courant était immédiatement passé. Paul s'était lancé, et elle
avait accepté l'invitation. Qui vivra verra s'était elle dit à cet instant précis.
Habillée d'un pantalon noir, d'un chemisier blanc, d'un pull "Comptoir des Cotonniers" qu'elle adorait, et légèrement maquillée, Nadine s'était ensuite enfoncée dans son petit canapé après
avoir glissé un CD de Jewel dans la platine de sa chaîne stéréo. Bercée par la mélodie, et dégustant le café qu'elle s'était préparé, elle se perdit dans ses pensées en attendant l'arrivée de
Paul.
L'interphone sonna vers 20h30, extirpant Nadine des brumes de ses rêveries.
Elle bondit et se dirigea vers l'interphone.
Paul gravi rapidement les étages. Lorsqu'elle ouvrit la porte, Nadine senti le rythme de son coeur s'accélérer.
Ils
gagnèrent ensuite rapidement les abords de la gare Saint Lazare à bord de la Mini noire de Paul. Après s’être garés dans une petite rue avoisinante, ils gagnèrent rapidement le
restaurant
La soirée fut exceptionnelle. Le cadre était très agréable. Les boiseries et les imitations de stucs donnaient une image chaleureuse et dépaysante au restaurant. Nadine et Paul était
installé sur le deuxième niveau de la salle, légèrement surélevé. La table était impeccable et joliment décorées Les mets servis étaient tout simplement les meilleurs qu'il ait été donné à
Nadine de goûter en terme de cuisine indienne. Le "chicken tikka massala" était tout simplement à tomber. la musique était discrète et apaisante, et paul s'était révélé prévenant et plein
d'humour.
Ils marchèrent environ une demi heure après être sortis de table,
mais le froid mordant les renvoya précipitamment vers la voiture.
Le trajet retour, fut tout aussi agréable. Paul descendit en même temps que Nadine pour la raccompagner jusqu'à son appartement.
Les plaisanteries et la discussion avaient fait place à un silence gêné et ému.
Paul posa doucement sa main sur la joue de Nadine. Celle ci lui sourit, lui prit le bras et l'entraîna à l'intérieur de l'appartement.
Les urgences reçurent cette nuit là, deux autres patients présentant les mêmes symptômes que Pierre Vasseur...
17
Lorsque Julie ouvrit les persiennes du salon, elle eut la surprise de découvrir le rebord du balcon recouvert de neige. Son regard s'étendit aux alentours, et le quartier tout entier apparut dans
son costume blanc cotonneux. Seules quelques traces de pas sur les trottoirs contrariaient l'uniformité du revêtement neigeux.
Il était 6h et le calme quasi total. Elle appela doucement Thomas pour lui montrer le spectacle.
-"Et bien ! il y en a deux qui vont faire des bonds de deux mètres quand ils vont voir çà !", dit il, en frissonnant.
-"Bon, ben j'y vais !", lança Julie, en attrapant son sac.
-"A ce soir, mon Amour !".
-"Bon courage, à ce soir, j'essaierai de t'appeler".
Julie descendit l'escalier et sorti de l'immeuble. Le froid était sec et vif. La neige s'était arrêtée de tomber. Seuls quelques rares flocons flottaient encore dans l'air.
Les pas de Julie dans la neige crissèrent doucement. cette sensation, inhabituelle pour des habitants de Paris, était très agréable, si ce n'est que l'on ne voyait pas vraiment sur quoi on
pouvait éventuellement mettre les pieds...
Le trajet, en voiture ne lui prit que quelques minutes. Elle pénétra dans l'hôpital face à la chapelle, bifurqua à droite et se dirigea vers les urgences. Elle aperçu Alexienko, Baur, et
deux autres personnes en train de discuter sur le palier de l'entrée du service.
Elle tourna devant eux pour se garer sur le parking. Que faisaient ils tous là à une heure aussi matinale ?. Alexienko ne prenait plus de gardes de nuit depuis longtemps, sauf en cas de grêves
des internes.
Julie descendit de la voiture et se dirigea vers l'entrée.
Alexienko lui adressa un sourire tendu .
-"Bonjour tout le monde !. Que faites vous aussi tôt aux urgences ?".
Baur prit la parole.
-"Nous avons eu cette nuit deux cas similaires à celui de Pierre Vasseur.
L'un des deux est mort dans le camion du SAMU, l'autre est dans le coma en réa".
-"Ooh ! merde ! ça commence à faire beaucoup !", dit elle, choquée.
C'est à ce moment là que Nadine et Marie arrivèrent dans le passage.
Au bout d'une heure, tout le monde était arrivé, et tous connaissaient les nouvelles du jour. L'équipe de nuit avait également été particulièrement éprouvée par la prise en charge des deux
nouvelles victimes. Un des infirmiers, Franck, pourtant expérimenté, était resté prostré un bon moment avant de pouvoir attaquer les transmissions.
Nadine repensa alors aux paroles d'Angela. Deiss était un dealer. Il était lié à priori à cette affaire, et il tenait une boutique de téléphone à l'adresse qu'elle lui avait indiqué.
N'importe qui de sensé aurait laissé tomber tout celà, ou, serait éventuellement aller à la police...
Nadine profita d'une pause dans sa journée pour appeler Ludo.
Elle lui expliqua succinctement la situation, et lui demanda s'il pouvait l'accompagner avec sa vieille fiat 500 à l'adresse indiquée, en sortant du travail.
Il lui avait répondu qu'elle était folle, mais Nadine était sa meilleure amie, et elle était aussi capable d'y aller seule. Il connaissait bien son caractère têtu, et obstiné.
La journée de travail fut pesante. Les évènements avaient jeté le trouble dans toute l'équipe. Alexienko et Baur n'arrêtaient pas de faire des aller retour entre les urgences et la réa.
Paul Marchand ne travaillait pas aujourd'hui. Leur première nuit avait été très agréable. La complicité dans l'intimité s'était installée tout aussi rapidement que leur relation au travail. Il
lui avait été très difficile de le quitter ce matin. Sa présence, son odeur, lui manquait déjà. Cependant, les évènements de la veille étaient venus ternir son impression de bonheur. Elle
l'appellerait en rentrant et elle le verrait le lendemain.
A la fin de la journée, Nadine fit ses trans à Maria, une des infirmière de nuit. Elle alla ensuite voir Julie qui finissait de prélever un patient dans le box n°1.
-«Bon, ben Julie, si tu n’as plus besoin de moi, je vais y aller !. J’ai fais mes trans. »
-« Ok ! Rentre bien et repose toi… Ah ! au fait couvre toi bien car la neige à repris. Il tombe une bonne averse ! ».
Nadine gagna son vestiaire situé dans un couloir derrière les boxs. Elles se changea et gagna l’extérieur du bâtiment. La neige s’était remise à tomber, en fins flocons mais à un rythme soutenu. Le revêtement neigeux du matin avait disparu, mais le froid était si intense qu’une nouvelle pellicule commençait à se former.
Son attention fut attirée par deux appels de phares non loin d’elle sur le parking situé entre le bâtiment des urgences et celui de la réanimation. Elle repéra immédiatement la Fiat 500 verte qu’elle nommait affectueusement le « kinder surprise ». Ludo et sa voiture était entourés de deux berlines ce qui donnait à celle ci une allure de modèle réduit.
Nadine resserra son col et son écharpe et se dirigea vers la voiture. Elle ouvrit la porte et s’engouffra, accompagnée d’une volée de flocons, dans l’habitacle dont la tiédeur la fit frissonner de bien être.
-« Salut ma grande ! Alors ? Pas trop gelée ?!! ».
-« Ouah !! C’est la Sibérie ce soir ! », lança t-elle.
-« Ah ! Ne me parle pas de Sibérie, avec mon stage en endocrino, c’est le "goulag" tous les jours !! ».
-« Bon aller ! Courage !, Encore quelques jours et c’est fini. Et puis, les vacances sont pour bientôt !! ».
-« Ouai !. Bon sinon !, t’es sur de vouloir aller voir ce Deiss ? Crois moi tu ferais mieux d’aller voir les flics ou de laisser tomber. Ca sent les embrouilles ton idée ! ».
-«Ecoutes ! Je ne sais pas si j’ai raison, mais j’ai envie de savoir si ce mec empoisonne vraiment des gens !. Je ne sais pas comment, mais j’ai envie d’en avoir le cœur net ! ».
-« Ok ! ok ! madame est servie ! on est parti ! ».
Ludo tourna la clef de contact. La Fiat se mit à gronder plus ou moins bruyamment. Il enclencha les essuis glaces pour chasser les flocons qui commençait à coller au pare brise et alluma les phares. Il était 19h30 lorsque celle ci s’élança sur l’allée principale de l’hôpital.
Ni Nadine, ni Ludo ne remarquèrent la voiture sombre garée non loin d’eux et dont les phares illuminaient désormais la petite aire de parking.
Ils gagnèrent rapidement le périphérique, malgré les chutes de neige. La nuit avait enveloppé Paris. La Fiat ronfla en doublant la berline allemande qui roulait sur le côté droit. Nadine ne pu s’empêcher de taquiner Ludo.
-« Dis donc mon Lulu ! tu lui as mis un turbo pendant le weekend à ton « kinder surprise » ou quoi ? ».
-« C’est ça ! c’est ça !! . Rigole !! ».
Pour une fois, le périph n’était pas trop embouteillé et les portes de sortie défilèrent rapidement devant les yeux de Nadine et Ludo. Au bout d’une vingtaine de minutes, ils aperçurent la pancarte indiquant la prochaine sortie : « Porte de Clignancourt ».
-« Au fait Nadine ! tu ne m’as pas raconté ta soirée avec l’infirmier du centre méthadone. Comment il s’appelle déjà ?? ».
-« Paul, c’est Paul ». Son visage s’illumina.
-« Il s’appelle Paul, et la soirée à été géniale… tout simplement géniale. Il a été adorable ». Nadine songea en même temps au fait qu’elle lui avait promis de l’appeler après le boulot. Tant pis se dit elle. Elle l’appellerait en rentrant de leur petite expédition. Peut être pourraient ils passer la soirée tous les deux…
-« Hey ma grande. Je ne t’ai jamais vu comme ça. T’as le même air béat que madame Nuche ! ».
-« Je te remercie de la comparaison !! ».
-« De nada !!! » lui lança t-il en riant.
-« Non, sérieusement, tu as raison… Je crois que je suis accro… Vraiment…. ».
-« C’est bien !. Je suis heureux pour toi. Bon ! y a pas a tortiller ? il va falloir que je me lance moi aussi ! ».
La Fiat prit une route sur la droite et s’engouffra dans une petite ruelle plus ou moins éclairée. Elle commençait au numéro soixante quatre. Les commerces étaient peu nombreux. Une banque dont le guichet en libre service était hors service et couvert de tags, et une boulangerie ressortaient grâce aux néons de leurs enseignes. Quarante deux… vingt huit…. Un peu plus loin, ils arrivèrent à la hauteur du numéro figurant sur l’adresse qu’Angéla avait donner à Nadine. Le numéro 7. La boutique à l’allure crasseuse était là : « Kingo téléphone ».
Derniers Commentaires